Lobbying - La Révolution en Charentaises

Lobbying

mardi 1er août 2006, par Onno Maxada / 7751 visites

Le lobbying est à la corruption ce que le porno chic est au porno : un art subtile de la confusion des genres doublé d’une franche hypocrisie.

Pour être efficace, le lobbying a besoin de vraies bêtes de cirque : des équilibristes juchés sur le fil séparant la légalité de l’illégalité pour divertir les juges ; des clowns capables de jouer à la fois Pipo et Mollo pour amuser les médias ; des contorsionnistes pour s’extraire des situations délicates ; des dompteurs pour mater les ONG récalcitrantes et les citoyens suspicieux ; et surtout, des spécialistes des numéros de charme qui disposent de suffisamment d’argent et d’entregent pour convaincre les décideurs, quitte parfois à leur flatter l’entre-jambe.

On peut rire des lobbyistes et de leurs bassesses comme Molière de celles des bourgeois mais on devrait hurler devant la complaisance des représentants du Peuple qui font passer la défense de l’intérêt général derrière la satisfaction minable de leurs plaisirs égoïstes. Suivant une logique que ne renieraient pas les dirigeants des républiques bananières et les travailleurs du Bois de Boulogne, ils vendent leur voix (et donc celles de leurs électeurs) au plus offrant. Encanaillé par la juteuse perspective d’une fusion avec GDF, le groupe Suez s’est d’ailleurs récemment offert quelques parlementaires en les acheminant à Berlin par avions privés pour qu’ils puissent assister gracieusement à la finale de la Coupe du Monde [1]. Nous verrons à la rentrée si les largesses de Suez ont eu les effets escomptés.

Dans la guerre économique que se livrent les entreprises, les lobbyistes jouent le rôle de diplomates dont la mission est d’assurer un avantage décisif à leur organisation. Tous les moyens sont bons pour décrocher une autorisation, déterminer une norme ou enterrer un projet concurrent. Il est des beaux esprits (grassement rémunérés ?) qui militent pour une reconnaissance officielle du lobbying, à l’échelle nationale comme au niveau européen, en mettant en avant la "réussite" du système dans les pays anglo-saxons. Du point de vue de l’intérêt général, les bénéfices du lobbying restent à prouver alors que ses zones d’ombres constituent clairement un travail de sape pour des démocraties déjà bien mal en point. Donner un rôle légal au lobbying, ce serait reconnaître que le poids d’une voix se mesure au nombre de zéro qui figurent sur son compte en banque : un véritable hold-up démocratique. A l’inverse, on devrait surveiller plus étroitement le processus de prise de décision des élus et des fonctionnaires pour distinguer - dans les décisions politiques, juridiques et administratives - le rôle joué par les lobbies. Comme les décideurs, la démocratie a un prix, mais c’est celui de la transparence.

Notes

[1] Voir Le Canard Enchaîné du 12 juillet 2006.


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