Pour une république à poils ! - La Révolution en Charentaises

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Pour une république à poils !

lundi 17 avril 2006, par Onno Maxada / 14577 visites

Un article sur la pilosité qui défrise !

NE LAISSONS PAS FAIRE LA PEAU AU POIL ! Ce compagnon de nos virées néolithiques et de notre éveil sexuel est victime d’une tentative d’extermination à l’échelle mondiale sans précédent. Partout on l’arrache, on le rase, on le brûle, avec l’objectif à peine voilé de l’éradiquer pour toujours de la face de l’humanité. Gillett, Mennen et consort ont bien compris tout l’intérêt financier qu’elles avaient à tirer d’une croisade planétaire contre la pilosité. Promotrices d’un monde imberbe, elles font tomber les tabous et s’attaquent désormais aux poils de la tête (pudiquement appelés cheveux), qui ont été pendant longtemps la chasse gardée des marchands de shampoing. Elles exhibent donc aux quatre coins d’un globe qui ne tourne plus rond les têtes bien lisses de leurs bêtes de foire attitrées (Agassi, Barthez et j’en passe) et cherchent à faire oublier que le poil est avant tout ce qui permet à notre corps d’être à l’écoute du monde qui nous entoure, d’en avoir une sensation physique. Supprimer le poil, c’est donc nous éloigner encore un peu plus de la réalité pour vivre dans un monde fictif où nous avons toutes les chances d’être malheureux. Comme j’en entends déjà qui ricanent et trouvent ma théorie un peu tirée par les cheveux, faisons un petit test hautement révélateur.

Bienvenus dans un monde sans poils !

Quand avez-vous vu pour la dernière fois une publicité montrant ostensiblement un(e) poilu(e) ou un(e) barbu(e) ? Pour les petits malins qui ont tout de suite pensé aux pubs Whiskas ou Royal Canin, précisons tout de suite que ça ne compte pas. Alors, pas facile hein ? Vous essayez de vous rassurer en vous disant que vous n’étiez pas chaud ou que avez été pris par surprise ? OK, on va faire plus simple.

Quand avez-vous croisé pour la dernière fois un barbu dans la rue ? Sauf si vous habitez le Marais ou à côté d’une mosquée, vous avez sans doute eu du mal à vous en rappeler. Alors, convaincu ? Si vous doutez encore, vous pouvez toujours vous faire quelques parties de tennis - barbe et vous vous rendrez bien vite compte de l’ampleur du phénomène. Les règles sont simples : vous vous asseyez avec un ou plusieurs amis à la terrasse d’un café, et celui qui voit le premier un barbu marque à chaque fois un point. Les points se comptent comme au tennis. Vous devriez vite réaliser qu’il est de plus en plus difficile de finir une partie. Si vous avez peu de temps, faites vous plutôt une partie de tennis - flic, ça va beaucoup plus vite !

Derrière les Attila en costard - cravate, les poils ne repoussent pas

Mais revenons à nos moutons, car la docilité avec laquelle ils se laissent tondre à de quoi hérisser le poil. Progressivement, ce - dernier disparaît de notre champ de vision et intègre la longue liste des ennemis à abattre pour atteindre un Nirvana hygiéniste vanté à grands coups de campagnes publicitaires, de magasines people et de séries télévisées. Dans le monde des Attila en costard - cravate prêts à dépenser des millions pour nous imposer leurs rêves et leurs illusions, le poil ne repousse pas. Lorsqu’on veut bien en parler, c’est pour promouvoir une méthode encore plus efficace pour l’exterminer. Cire, laser ou aiguilles, tous les moyens sont bons pour hâter l’avènement d’un monde sans poil. De là à faire un rapprochement avec la démarche d’un petit brun bigleux et colérique qui rêvait d’un monde peuplé de surhommes grands, blonds et musclés, il n’y a qu’un pas... que nous hésitons néanmoins à franchir.

Tout comme le racisme est le fond de commerce des marchands de haine, l’extermination du poil est un marché extrêmement rentable. Un poil brûlé, arraché ou rasé est un poil qui rapporte. Les marchands de rasoirs, de mousses et de crèmes épilatoires de tout poil savent tantôt se montrer doux ou tantôt à la pointe du progrès technologique pour revendre leur camelote désuète. Franchement, Mesdames, n’avez-vous jamais fait le rapprochement entre l’argumentaire du marchand de cire et celui de l’arracheur de dents ? Et vous, Messieurs, si vous avez saisi le lien entre la plongée sous marine et la mousse à raser expliquez moi, j’aimerais comprendre.

Le Père Noël et le Capitaine Haddock contre les mastodontes du Tour

Tout commerce a besoin d’une vitrine, et celui de la mort du poil ne fait pas exception. Chez nous, c’est le Tour de France, gigantesque opération de propagande pour faire la promotion d’un homme nouveau aux guiboles fraîchement épilées. Comment expliquer autrement le tapage médiatique autour de ces athlètes dopés jusqu’aux narines ayant autant de matière grise entre les oreilles que de poil aux pattes ? A côté de ces mastodontes, les rares "poilus de service" tolérés dans les médias (dans l’ordre, le Père Noël, le Capitaine Haddock et le Palestinien de l’an O) font pâle figure.

Notre société a choisi ses héros (ou plutôt, le grand capital les lui a fortement suggérés) : ils sont imberbes, fades et apolitiques. Ils s’affichent nus sur les murs de nos villes, mais sans poils et sans tétons. Ils ne savent pas chanter, mais passent en prime-time et arrivent en tête des ventes de disques. Ils ne vont pas voter, mais ça arrange la droite, le Front National et les patrons.

Le seul poil que nous voulons supprimer, c’est celui qui se trouve dans la main des masses

Bien sûr, il n’est pas interdit de se laisser pousser les poils ou d’aller voter (c’est même fortement recommandé). L’époque où le Tsar Pierre Ier pouvait ordonner à tous ses sujets de se couper la barbe [1] est révolue (encore que, avec les déclarations de Luc Ferry, on peut se le demander) mais aujourd’hui, les rapports de domination sont beaucoup plus sournois. Il est par exemple exclu de se présenter à un entretien d’embauche avec la barbe ou les jambes velues et pourtant, théoriquement, c’est permis. Au mieux, le poil est jugé disgracieux. Au pire, il est perçu comme une menace, les barbes des islamistes contemporains faisant écho à celles des communistes (Marx, Engels) et des anarchistes (Bakounine, Proudhon) d’autrefois. Tout nous pousse à nous distancier des poilu(e)s et à tendre vers des modèles figés dans un état pré - pubères (avec des seins ou des pectoraux siliconés en plus), omniprésents bien que totalement fictifs. Parce que tout est faux, nos tentatives sont condamnées à l’échec avec, au bout du chemin, des frustrations et des névroses qui rempliront encore un peu plus les poches déjà pleines à craquer des marchands de cauchemars. Si les femmes ont déjà arpenté depuis longtemps ces voies sans issue, les hommes les découvrent à peine. Les insatisfactions croissantes des uns et des autres sont un marché juteux - un "progrès économique" - que le bon sens libéral suppose de consolider et d’étendre.

Il est donc plus qu’urgent de reprendre du poil de la bête pour construire - ensemble - une société pileuse, libre et fraternelle. Le seul poil que nous voulons supprimer, c’est celui qui se trouve dans la main de tous les citoyens qui sont trop fainéants ou trop aveugles pour remettre en cause un système qui les enferme dans les carcans de l’idéologie néolibérale et consumériste. Liberté, égalité, pilosité !

Notes

[1] En 1722, le tsar Pierre Ier interdit par oukase le port de la barbe sous prétexte de moderniser le pays et des barbiers professionnels furent postés aux portes de Moscou pour raser tous les arrivants.


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