Le vent se lève - La Révolution en Charentaises

Le vent se lève

vendredi 8 septembre 2006, par Onno Maxada / 8836 visites

Une balade irlandaise au souffle épique.

Après les tranchées arides de l’Espagne républicaine [1] et la jungle du Nicaragua sandiniste [2], Ken Loach choisit les collines verdoyantes de l’Irlande pour filmer une nouvelle fois des élans révolutionnaires stoppés dans leur envol et des espoirs trahis.

Le vent se lève, une balade irlandaise au souffle épique...Irlande, 1920. L’Angleterre peine à maintenir son emprise sur sa colonie et envoie des milices pour mater une rébellion qui prend une ampleur croissante. Révolté par leurs exactions, Damien - un jeune médecin irlandais au destin prometteur - décide de rejoindre les rangs de l’Armée Républicaine Irlandaise, organisation secrète dans laquelle lutte déjà son frère aîné, Teddy. Le film retrace le parcours de ces deux hommes unis contre la domination britannique mais qui se déchirent dans des luttes fratricides sur le visage de l’Irlande qu’ils cherchent à construire.

Une fois de plus, Ken Loach délaisse les grands noms pour s’intéresser à deux hommes du peuple et focalise toute son attention sur le moment où l’histoire de ces héros presque ordinaires rejoint l’Histoire. Celle-ci les marque d’une empreinte indélébile. A première vue, Damien et Teddy ont tout de personnages tragiques ballottés par un destin dont ils sont prisonniers. Par moments, on se prend à penser à Quatre-vingt-treize, de Victor Hugo, et on en trouverait presque à l’Irlande de petits airs de Vendée. Cependant, sachant Ken Loach marxiste, on préfèrera voir dans les deux frères non pas des victimes impuissantes de leur destin, mais des personnages conscients de leurs rôle historique et convaincus de la justesse de leur opinions. Si pour Damien et Teddy aucun retour en arrière n’est possible, c’est parce qu’ils l’ont choisi... pour le meilleur et pour le pire.

Le vent se lève soulève une question qui taraude les révolutionnaires depuis des siècles : comment éviter qu’une authentique révolution populaire ne soit récupérée par des élites plus soucieuses de protéger les intérêts des classes dominantes que ceux des gens ordinaires ? Le film apporte une réponse : en continuant la lutte jusqu’au bout, même si celle-ci est vouée à l’échec. Pour Ken Loach, réalisateur anglais plus préoccupé par la solidarité de classe que le patriotisme, l’objectif n’est pas de remplacer les maîtres anglais par des maîtres irlandais, mais de se débarrasser des maîtres pour inventer un mode de fonctionnement plus juste de la société.

Le film donne également matière à réfléchir sur le rôle de l’Eglise catholique et la responsabilité de la Grande-Bretagne dans les problèmes de l’Irlande contemporaine. Il rappelle également à qui veut bien l’entendre les inévitables violences d’une armée d’occupation en milieu hostile. A l’heure où les troupes britanniques et américaines enchaînent "bavure" après "bavure" dans le bourbier irakien, cela ne peut pas faire de mal de le souligner.

Le vent se lève, Ken LOACH, 2006.


Notes

[1] Land and freedom, 1995

[2] Carla’s song, 1996


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1 Message

  • Le vent se lève 21 septembre 2006 20:46, par Camille D.

    Je voulais juste signaler une des répliques du film qui dit (en substance) : "Il est plus facile de savoir contre quoi on se bat que de savoir en quoi l’on croit". Je reformule mal, mais l’idée me paraît importante. La révolution telle que je l’imagine ce n’est pas de dire que tout est nul, comme peuvent le faire bon nombre d’anarchistes, mais de se rassembler autour de valeurs communes que l’on veut défendre.