Le Tiers-Monde endetté, les causes et les conséquences (désastreuses) - La Révolution en Charentaises

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Le Tiers-Monde endetté, les causes et les conséquences (désastreuses)

jeudi 2 novembre 2006, par Camille D. / 42687 visites

Si comme moi, vous êtes allés voir le très beau film BAMAKO d’Abderrahmane Sissako, vous avez été touchés par les témoignages de ces africains victimes de la plus grande supercherie mondiale : la Dette (avec un D majuscule, signe de l’ampleur du Désastre). Voici quelques dates et quelques chiffres qui nous en disent plus.

La Banque Mondiale et le FMI (Fond Monétaire International) ont été créés en 1944. Leur mission était de réguler le système monétaire international de l’après seconde guerre mondiale.

Mais dès le départ la Banque Mondiale apparaît comme antidémocratique puisque le système adopté pour les états membres est « 1 dollar, 1 voix ». Autrement dit, chacun d’eux dispose d’un droit de vote en rapport avec son niveau économique. Ainsi les Etats-Unis se retrouvent en position de force puisqu’ils possèdent 17% des droits de vote contre 2% pour 24 pays d’Afrique subsaharienne. Le déséquilibre est établi comme règle du jeu.

La Banque Mondiale incite les pays du Sud à emprunter dans le but d’augmenter l’exportation à l’échelle internationale en ralliant ces pays au marché mondial. Au départ, et jusque dans les années 1980, l’endettement est plus ou moins favorable aux pays en développement puisque ces prêts leur permettent malgré tout de produire davantage, donc d’exporter plus et de récupérer des devises pour les remboursements et de nouveaux investissements.

Mais à partir de 1979, les Etats-Unis frappés par la crise, vont augmenter les taux d’intérêt des emprunts accordés : de 4-5 % dans les années 1970, ils passent à 16-18 %, voire plus. Les pays endettés ne sont pas en position de refuser puisque les prêts sont déjà engagés. Les règles changent en cours de partie... A cela s’ajoute la baisse des cours des matières premières. Les pays du Sud se retrouvent dans une impasse financière. En août 1982, le Mexique est le premier à annoncer qu’il n’est plus en mesure de rembourser. L’étau s’est refermé.

Le FMI prend alors le devant de la scène puisqu’il est chargé de combler les manques lorsqu’un pays est contraint de stopper ses remboursements. Mais en contrepartie, il s’octroie le contrôle de la politique économique de l’état endetté. Ce sont les « Plans d’Ajustements Structurels ». De ces règles fixées par quelques experts libéraux, dépendent le sort de millions de personnes. Les politiques imposées peuvent se résumer par une baisse vertigineuse des budgets sociaux considérés comme « non productifs » : la santé, l’éducation, les subventions aux produits de base..., et par une production agricole toute entière tournée vers l’exportation. Les sociétés nationales qui géraient notamment les richesses naturelles, l’eau, l’électricité, les moyens de communication et de télécommunication sont privatisées, et ce, presque toujours au profit des multinationales des pays riches. Enfin, il est à noter que les réformes imposées aux pays du Sud sont loin d’être appliquées dans les pays du Nord !

Quelques chiffres parlants, concernant, pour la période 1992-1997, la part du budget allouée aux services sociaux de base et au service de la Dette. (Chiffres cités dans le film BAMAKO) :

- Cameroun, 4% aux services sociaux contre 36% au remboursement de la Dette ;
- Côte d’Ivoire, 11,4% aux services sociaux contre 35% au remboursement de la Dette ;
- Kenya, 12,6% aux services sociaux contre 40% au remboursement de la Dette ;
- Zambie, 6,7% aux services sociaux contre 40% au remboursement de la Dette ;
- Niger, 20,4% aux services sociaux contre 33% au remboursement de la Dette ;
- Tanzanie, 15% aux services sociaux contre 46% au remboursement de la Dette ;
- Nicaragua, 9,2% aux services sociaux contre 14,1% au remboursement de la Dette.

Mais qu’est devenu l’argent prêté ? Là encore les réponses apportées ne sont guère réconfortantes.

Tout d’abord une partie importante des sommes empruntées a été détournée par les régimes en place, souvent dictatoriaux et largement corrompus. Ils ont d’autant plus facilement accepté d’endetter leur pays qu’ils ont prélevé au passage de larges commissions, faisant là leur fortune. Tout cela avec le soutien des banques et des autres acteurs de l’endettement qui voyaient là une garantie très utile. En effet si soudain le gouvernement d’un pays endetté montrait de la mauvaise volonté à rembourser les prêts, la banque pouvait menacer de geler, voire de confisquer les avoirs personnels des dirigeants.

Une partie de l’argent prêté a servi à la construction d’infrastructures, c’est vrai, mais celles-ci étaient imposées par les multinationales du Nord, pour en faire leur profit. Ainsi on a construit des barrages, des centrales thermiques, des oléoducs dans l’unique but d’extraire les richesses naturelles du Sud et de les transporter plus facilement vers le marché mondial ; et non d’améliorer la vie quotidienne des populations sur place.

Enfin, et c’est le plus dramatique, cet argent a servi à l’achat d’armes et de matériel militaire dans le but d’opprimer et de contrôler les peuples. Les populations des pays endettés remboursent aujourd’hui une dette qui a permis d’acheter les armes responsables de la disparition des leurs ! On pense notamment à l’Argentine, à l’Afrique du Sud ou encore au Rwanda.

En 1996, le sommet du G7 à Lyon décide, pour se donner bonne conscience et/ou pour faire une opération médiatique (réussie) de lancer une initiative pour alléger quelque peu la dette des pays les plus pauvres. Initiative appelée Pays Pauvres Très Endettés (PPTE, soit 42 sur 165 pays en développement), renforcée au sommet du G7 de Cologne en 1999 et qui profite surtout à la Banque Mondiale et au FMI, puisqu’elle leur permet d’accentuer l’ajustement structurel des pays concernés. Parallèlement, les populations de ces pays n’ont cessé de s’appauvrir. De nombreux rapports indiquent que les Pays Pauvres Très Endettés sont plus pauvres aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Avec les conséquences que l’on connaît : baisse du taux d’alphabétisation, augmentation du taux de mortalité infantile et diminution de l’espérance de vie.

Quand on sait que les pays en développement ont remboursé l’équivalent de 10 fois ce qu’ils devaient en 1980, mais qu’ils sont aujourd’hui 5 fois plus endettés ; l’annulation (éventuelle) de la Dette apparaît nécessaire mais insuffisante pour combler les ravages de tant d’années d’appauvrissement de l’homme par l’homme.

A lire aussi sur la REC : la critique du film Bamako

Rédigé à partir de l’article très complet de Damien Millet sur le site www.cadtm.org (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde) et des propos d’Abderrahmane Sissako, réalisateur du film BAMAKO.


Voir en ligne : Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde


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