"La mère" de Bertolt Brecht - La Révolution en Charentaises

"La mère" de Bertolt Brecht

mardi 28 novembre 2006, par Camille D. / 11108 visites

Mis en scène par Jean-Louis Benoit, du 17 au 26 novembre 2006 au théâtre de la Commune à Aubervilliers.

L'affiche de la pièce "La mère" de Bertolt BrechtVoici une pièce où l’on ne parle pas de maternité, mais d’accouchement. Comme on accouche d’une idée. Pélagie Vlassova est la mère du titre. Elle est russe, veuve d’ouvrier et mère d’un fils, ouvrier lui aussi.

La pièce s’ouvre sur l’inutilité de cette femme. Du moins celle qu’elle ressent. Elle ne sert plus à rien, ni pour elle, ni pour son fils (à qui elle ne peut même plus cuisiner une bonne soupe), ni même pour les autres. Et puis c’est son fils qui va l’éveiller, l’instruire, l’embarquer dans sa lutte contre le kopeck perdu, et c’est l’engrenage... Petit à petit Pélagie ouvre les yeux sur le monde qui l’entoure, prend conscience de sa condition sociale, des ravages du capitalisme puis ceux de la guerre. Elle se bat et lutte pour sauver son fils d’abord, puis son âme, et enfin son peuple, le peuple russe.

Elle s’attaque à toute forme de domination et d’exploitation. La main mise de l’église sur le bien pensant, l’enrichissement démesuré des patrons et les mensonges du tsar pour entretenir l’esprit belliqueux et piller le peuple de ses dernières richesses. La pièce s’arrête en 1917. Nous préservant du passage à l’acte des idéaux communistes avec ce que l’on connaît de meurtres perpétrés. Car, une fois encore, ce n’est pas le propos. L’histoire, ici, n’est celle que d’une femme, éveillée, grandie, apaisée dans sa lutte. D’inutile, elle est devenue indispensable. Le maillon d’une grande chaîne en mouvement.

La belle idée de la mise en scène de Jean-Louis Benoit c’est d’avoir confié le rôle de la mère, non pas à une seule comédienne, mais à dix. Dix jeunes femmes, accompagnés de cinq jeunes comédiens, tous issus de la Manufacture, haute école de théâtre de Suisse romande. A eux tous ils forment une troupe vive et dynamique qui rend perceptible cet engouement révolutionnaire. Et puis ils jouent comme si ils jouaient... Elèves dissipés et chahuteurs d’une classe où le maître s’est enfui... Laissant derrière lui, le tableau et les craies, qui font et défont les éléments d’un décor simple et efficace.

Et puis il y a un piano quelque part, dans un coin, pas trop loin. Et c’est la deuxième bonne idée de cette mise en scène : ponctuer le récit de chansons. Des chansons en allemand (pour rappeler la langue originale de l’auteur), au contenu souvent pesant, mais dit sur les notes légères du piano. Et la pièce défile sans que les 2h10 qu’elle dure ne pèsent.

Malheureusement, à l’heure où nous publions ces lignes, les représentations du théâtre de la Commune sont achevées. Il n’est de toute façon pas trop tard pour (re)lire le texte, traduit par Maurice Regnaut et André Steiger aux éditions de l’Arche Editeur. Car ce texte, écrit en 1931 (librement inspiré du roman de Gorki) et monté pour la première fois à Berlin en 1932, nous rappelle l’enthousiasme des luttes ouvrières et l’impact du militantisme sur le destin d’une femme. Une femme dont les ambitions n’étaient autres, au départ, que d’être une bonne épouse et une bonne mère.

Voir en ligne : Le site du théâtre de la Commune d’Aubervilliers


Partager

1 Message

  • "La mère" de Bertolt Brecht 4 décembre 2006 21:20

    Chère Camille,

    Tout d’abord, félicitations pour ton article ! En le lisant, j’ai eu l’impression que tu décrivais mes propres émotions. Peut-être même avons-nous vu la pièce le même soir ?

    Ensuite, je voulais te faire part d’informations supplémentaires. J’ai appris pourquoi le metteur en scène avait choisi de faire jouer le rôle de "La Mère" par les différentes comédiennes. En effet, elles étaient au nombre de dix sur la scène et toutes comédiennes débutantes. Or, il ne voulait pas en privilégier une parmi les autres (quelle belle leçon de respect et d’égalité !). Alors, en leur confiant ce merveilleux rôle, elles ont chacune eu le plaisir d’obtenir le rôle principal.

    Apparemment, le plus difficile pour les comédiens a été de chanter en Allemand.

    A bientôt, au T.C.A. ou ailleurs... Violette