Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés - La Révolution en Charentaises

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Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés

mardi 12 décembre 2006, par Onno Maxada / 11561 visites

Un documentaire efficace sur la souffrance au travail.

Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés est un documentaire tout en sobriété qui semble réalisé avec trois bouts de ficelle, dans la plus pure tradition du cinéma militant. Le principe du film est simple : les réalisateurs sont allés planter leur caméra dans trois hôpitaux publics de la région parisienne où des cliniciens reçoivent des hommes et des femmes malades de leur travail.

Au fil des entretiens, le film révèle la souffrance - habituellement silencieuse - des travailleurs, et apporte un éclairage cru sur le monde de l’entreprise. Il met à jour un univers extrêmement violent et arbitraire, dans lequel les vexations et les humiliations ne sont pas rares, et où les individus sont tellement mis sous pression qu’ils développent toutes sortes de pathologies (dépression, hyperactivité, insomnies, etc.).

Dans ce jardin où fleurissent les névroses, les individus sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont de plus en plus seuls face à leur patron. La disparition progressive des luttes collectives et des solidarités entre travailleurs coïncide avec la mise en place de techniques managériales de plus en plus oppressives (évaluation à 360° dans la plus pure tradition de l’autocritique chinoise, logiciels de gestion du temps, augmentation des cadences des ouvriers à la chaîne, etc.). Les résultats sont dévastateurs.

On ne peut que rendre hommage à l’action des médecins suivis dans le documentaire. Cependant, ils font immanquablement penser à ces infirmiers qui ramassent les morts et les blessés sur les champs de bataille alors que les belligérants affûtent leurs armes pour un nouvel assaut. A l’heure où la guerre économique bat son plein et où la course à la productivité laisse de plus en plus d’individus sur le carreau, le travail de ces médecins est tout à la fois essentiel et dérisoire.

Au final, Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés n’est certainement pas le documentaire le plus divertissant de l’année mais il apporte une contribution constructive à la réflexion sur le travail et fait découvrir des personnages d’une très grande humanité. Ce n’est déjà pas mal.

BRUNEAU, Sophie et ROUDIL, Marc-Antoine, Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés, 2005.

Pour approfondir le sujet, on peut lire l’ouvrage qui a inspiré ce documentaire : "Souffrance en France", de Christophe DEJOURS.


Voir en ligne : Une fiche de lecture de "Souffrance en France", de Christophe DEJOURS


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1 Message

  • Des études sur le chômage et l’emploi 3 janvier 2007 21:25, par Laure

    Quelques études bien venues pour alimenter les débats sur le chômage et l’emploi.

    * Chômage officiel et chômage réel en 2005 http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel2005.htm

    * En neuf ans le nombre réel de chômeurs n’a pas baissé en France http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel_1996_2005.htm

    * Gains de productivité du travail, durée du travail, chômage http://travail-chomage.site.voila.fr/produc/gain_productiv.htm

    En France, la productivité du travail a augmenté de 17,22 % en sept ans, pour l’ensemble de l’activité nationale. Sans rien changer à la production de richesses du pays, le nombre d’emplois aurait pu être augmenté de 17,22 % en réduisant de 14,69 % la durée réelle du travail. En moyenne, avec des transferts d’emplois entre secteurs d’activité, le nombre d’emplois aurait augmenté de 4 284 500. Le chômage réel aurait beaucoup baissé.

    * Plus d’emplois créés en France qu’en Angleterre en 15 ans http://travail-chomage.site.voila.fr/britan/emploi_15ans.htm

    En quinze ans, de 1990 à 2005, la France a créé davantage d’emplois (2 520 000 : +11,25%) que l’Angleterre (1 520 000 : +5,82%). Le modèle libéral britannique n’est donc pas supérieur au modèle social français.

    * Manipulation des chiffres du chômage dans un pays du nord http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm

    En 2004, le Danemark a plus de préretraités (187 200) que la France (139 700) pour une population active dix fois plus faible. Avec les autres mesures de marché du travail, le nombre réel de chômeurs est 2,52 fois le nombre officiel. Le taux de chômage réel devient 14,65 % au lieu d’un taux officiel de 6,38 %.

    Avec une évolution de sa population active identique à celle du Danemark depuis quinze ans, non seulement la France n’aurait plus aucun chômeur officiel, mais le chômage réel serait résorbé pour l’essentiel. Et cela sans introduire une plus grande flexibilité des contrats de travail.

    * Durée du travail : apparences et réalité, France et autres pays http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/duree_travail.htm

    Si l’on fait la moyenne de tous les emplois, à temps partiel et à temps complet, la durée de la semaine de travail est :
    - 36,3 h en France
    - 36,2 h en Italie
    - 35,1 h au Danemark
    - 33,6 h en Allemagne
    - 33,2 h en Espagne
    - 31,7 h en Grande-Bretagne
    - 30,1 h en Suède (36,1 h pour ceux "au travail")
    - 29,2 h aux Pays-Bas
    - 33,8 h aux Etats-Unis

    * La gauche crée plus d’emplois du secteur privé, à croissance égale http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/5ans_emploi_prive.htm

    Un site bien documenté, à consulter.