Pointeuse - La Révolution en Charentaises

Pointeuse

jeudi 4 janvier 2007, par Onno Maxada / 12196 visites

Mouchard servant à enregistrer les heures d’entrée et de sortie des employés.

Pendant longtemps, la pointeuse a été un élément caractéristique du monde ouvrier. La seule sonorité du mot faisait penser à un aiguillon enfoncé dans le cul du prolétaire pour lui donner plus d’ardeur au travail.

A l’heure du politiquement correct, on préfère parler de badgeuse. On ménage ainsi la susceptibilité des employés de bureau et des cadres qui ont dû commencer à pointer lors de la mise en place des 35 heures, une révolution vécue par certains comme un véritable déclassement. Pour ceux là, les entreprises sont allées jusqu’à inventer des badgeuses virtuelles permettant de pointer depuis son ordinateur et de se démarquer ainsi de la gestuelle ouvrière.

Pour d’autres, l’installation d’un instrument de mesure du temps a été perçue comme une avancée sociale dans la mesure où elle a permis de mettre en évidence les abus (généralement le décalage entre les 35 heures théoriques du salarié et le temps qu’il passe réellement dans l’entreprise) et de fournir des preuves en cas de litige.

Bien qu’on puisse la qualifier de profondément inintéressante, la pointeuse ne laisse donc pas indifférent et alimente régulièrement les discussions dans les cantines des entreprises. Il y a ceux qui sont contre et verraient d’un bon œil un bon gros coup de batte de baseball anonyme sur l’engin, ceux qui sont pour (y compris les patrons et les cadres dirigeants qui se distinguent du menu fretin en ne pointant pas) et ceux qui cherchent toutes les façons de frauder.

A tant se focaliser sur la machine, on en oublierait presque que les débats autour des pointeuses sont absolument indissociables d’une réflexion sur la place du travail dans nos vies. Vu sous cet angle, on pourrait définir la pointeuse comme un accessoire mesurant le temps perdu à faire autre chose que ce dont on aurait vraiment envie.


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