Réflexions sur une paire de jambes sud-américaines - La Révolution en Charentaises

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Réflexions sur une paire de jambes sud-américaines

lundi 22 janvier 2007, par Onno Maxada / 12293 visites

Des jambes longues pour lutter contre les idées courtes

Elle avait des jambes interminables. De celles qu’on imagine bien fermes, toniques, sculptées par des exercices physiques réguliers. De celles qui vous enveloppent les hanches et vous happent vigoureusement quand s’annoncent les premiers frissons de l’orgasme. De celles qui ne poussent que dans des chaussures à talons et fleurissent en fesses généreuses exhalant tous les parfums de la sensualité.

Cachées sous la jupe d’un uniforme tout en raideur, ces rondeurs paradisiaques restaient désespérément invisibles. En revanche, impossible de manquer sa main armée d’un pistolet. Partant du calibre, l’œil n’avait qu’à se laisser glisser le long des jambes pour atterrir sur un corps sans vie, face contre terre, à hauteur des chaussures à talons. Du cadavre, on voyait surtout la chevelure rebelle de ceux qu’on appelait alors les "subversivos". Dans ce pays d’Amérique Latine tout en longueur, tenu d’une main de fer par un général félon, les opposants avaient la vie dure... et courte.

Immortalisée par un photographe dont je cherche encore le nom [1], cette scène du Chili des années sombres est un avertissement à tous ceux qui prennent Aragon au pied de la lettre et voient dans la femme l’avenir de l’homme.

Il est tentant de croire que les femmes pourraient donner un visage plus humain à la société dans laquelle nous vivons si elles accédaient à des postes de pouvoir. L’idée semble même progressiste compte tenu des inégalités choquantes qui persistent à tous les niveaux et font de la femme l’inférieure de l’homme.

Ceci dit, considérer que par nature, les femmes font preuve de plus d’humanité dans l’exercice du pouvoir que leurs homologues masculins, c’est oublier un peu vite les gardiennes des camps d’extermination nazis et les femmes tortionnaires de la prison d’Abu Ghraïb. A un autre niveau, c’est oublier la violence d’une Margaret Thatcher ou d’une Condoleezza Rice, les exploits sanglants des "toreras", les stérilisations forcées d’Indira Gandhi et le sale boulot des négrières en charge de la traite des femmes africaines. C’est oublier qu’on peut être femme et à la tête du MEDEF ou d’organisations d’extrême droite, comme c’est le cas au Danemark ou en Australie (et peut-être bientôt en France).

La femme est l’égal de l’homme jusque dans ses monstruosités. Si le bilan macabre de 5 000 ans d’histoire humaine leur est sans doute plus favorable qu’aux hommes, c’est assurément parce qu’elles ont été exclues du pouvoir, pas parce que leur nature est plus humaine.

Pour ma part, je suis hostile à toutes les inégalités qui ne peuvent être corrigées et je suis donc prêt à me battre pour que les femmes prennent toute la place qui leur revient dans la société. Au fond, cette tendance est déjà amorcée et dépasse le traditionnel clivage droite - gauche, même si la droite française est assez stupide pour donner l’impression du contraire [2]. En revanche, je ne supporte pas qu’on considère que parce qu’une femme brigue un poste - par exemple la présidence de la République - sa candidature est progressiste. Le progrès social est une affaire de luttes et de convictions politiques, qu’on porte un soutien-gorge ou un slip kangourou.

Notes

[1] Je serais infiniment reconnaissant à quiconque pourra me donner les références de cette photo, sur laquelle je suis tombé sur l’édition en ligne du Monde autour de la mort de Pinochet et que je n’arrive pas à retrouver depuis.

[2] Je pense par exemple à sa lutte contre les lois sur la parité.


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