Une saison de machettes - La Révolution en Charentaises

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Une saison de machettes

samedi 27 janvier 2007, par Montag / 10058 visites

Des mots sur l’indicible.

En 1994, entre le lundi 11 avril à 11 heures et le samedi 14 mai à 14 heures, environ 50000 Tutsis sur une population d’environ 59000, ont été massacrés à la machette, tous les jours de la semaine, de 9h30 à 16 heures, par des miliciens et voisins Hutus, sur les collines de la commune de Nyamata, au Rwanda. Voilà le point de départ de ce livre. »

Après avoir recueilli la parole des quelques Tutsis rescapés lors de cette extermination dans « Le nu de la vie [1] », Jean Hatzfeld a été contaminé par les questions récurrentes des lecteurs de ce livre. Ceci l’a conduit à s’intéresser également à la parole des bourreaux, jusqu’à devenir un projet, empli toutefois de doutes et de scepticisme tout au long de sa réalisation, à l’image des entretiens emplis d’une méfiance qui ne se dissipera jamais complètement.

De la même façon que pour accomplir les massacres, lorsqu’il s’agit de les relater même en « zigzagant avec la vérité », l’ancien tueur ne prend pas seul sa décision, il a besoin de se sentir protégé collectivement. C’est pourquoi, pour obtenir des bribes de vérité sur leurs motivations, Hatzfeld a choisi le cadre d’un groupe d’individus se connaissant bien, qui attendent le jugement de leur procès déjà instruit (cf extrait). Ils ne peuvent donc pas rencontrer leurs accusateurs potentiels, et ce qu’ils peuvent dire ne peut plus être retenu contre eux.

On sait depuis l’expérience de Milgram que tout individu a tendance, face à une autorité qu’il perçoit comme légitime (ici la propagande anti-Tutsi de la part d’un régime totalitaire, et une vieille jalousie) à obéir, jusqu’à aliéner tout sens critique, et devenir un monstre.

Ce livre raconte ce quotidien monstrueux, empli de massacres et de pillages. L’absence de remords réels de la part des bourreaux, et la description qu’ils font de leurs actes, comme s’ils étaient banaux, rappelle aussi froidement que douloureusement la part d’inhumanité qui existe en chaque homme.

Une saison de machettes, Jean Hatzfeld, Editions du Seuil


Notes

[1] A partir des deux derniers textes de ce livre, la comédienne et metteur en scène Isabelle Lafon a créé un spectacle, « Igishanga », joué du 11 au 16 décembre 2006 au theâtre Paris Villette.


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1 Message

  • Une saison de machettes 28 décembre 2007 14:40, par Manoela Vasconcelos

    Je cherche un livre sur le même thème : Sacrifice as terror, de J Taylor. Ici au Brésil, ce n’est pas évident de le trouver... J’aimerais bien nouer des contacts avec des chercheurs africanistes. Je m’apelle Manoela Vasconcelos. Je donne des cours de français et je suis interprete. Bonnes fêtes à tous