De la Françafrique à la Mafiafrique - La Révolution en Charentaises

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De la Françafrique à la Mafiafrique

mercredi 31 janvier 2007, par Montag / 12868 visites

Les rouages de la politique Française en Afrique depuis l’indépendance des Colonies : de la « Francafrique », ou comment la France a pu continuer à tirer les rênes de façon occulte en Afrique, à la « Mafiafrique », c’est à dire la mondialisation des relations criminelles.

Retranscription d’une conférence donnée en 2003, ce texte présente la politique franco-africaine, domaine réservé de l’Elysée, donc peu connu et propice à la désinformation.

L’auteur de ce texte

François-Xavier Verschave n’est pas un illuminé de plus criant au complot. Aujourd’hui décédé, il a présidé l’association Survie, créée à la suite du manifeste-appel de 53 Prix Nobel demandant que des actions politiques soient menées par les citoyens pour lutter contre l’extermination par la faim et militant entre autres, sur les questions de relations franco-africaines et de biens publics mondiaux.

L’impossibilité de parvenir à mettre à l’ordre du jour une loi visant à réformer en profondeur l’aide publique au développement, en dépit du soutien des parlementaires mais aussi de personnalités médiatisées, lui a fait prendre conscience que la corruption, dont il connaissait l’existence, jouait un rôle majeur. Ses publications « Noir Silence » (600 pages avec 10000 faits pour lequel il a été débouté du seul procès pour « offense à chef d’état » , autrement dit « crime de lèse majesté », intenté par trois dictateurs africains) , « Noir Chirac » et « La Françafrique » explorent les responsabilités françaises, les responsabilités africaines étant déjà connues.

Les mécanismes "proprement" dits

Au lendemain de l’indépendance accordée de proche en proche aux Colonies, la France a besoin de maintenir de façon occulte la dépendance de l’Afrique au sein de la nouvelle légalité internationale : pour renforcer sa position à l’ONU, accéder à des matières premières stratégiques, et financer sa vie politique.

La méthode consiste à placer des chefs d’Etat, de couleur noire, mais « amis » à la têtes de ces pays, en recourrant si nécessaire à la répression, à l’assassinat politique, ainsi qu’à la fraude électorale massive. Mais elle s’appuie aussi sur de multiples réseaux : politico-affairistes comme le réseau Foccart (créé par De Gaulle et repris par Chirac, Pasqua puis Mitterand), militaires, Services Secrets, Grandes Entreprises , Initiés, ministères ...

Ces réseaux sont les leviers de la politique française :

Financiers, comme le franc CFA permettant l’ évasion des capitaux (en rapatriant les “aides” accordées en Suisse, pour les partager entre le chef d’Etat et le décideur politique français désireux de financer la campagne électorale de son parti), augmentant au passage démesurément la dette du tiers monde.

Policiers : « on a recyclé les anciens de l’OAS dans les polices politiques » aux mêmes méthodes tortionnaires, et en mettant à disposition des officiers des Services Secrets auprès des chefs d’Etat, permettant aussi de les “relever” s’ils entendent changer la donne.

Militaires en recourrant à des mercenaires de la République (parfois recrutés dans les milieux de l’extrême droite), mais présentés comme des électrons libres.

Economiques, comme ces entreprises « faux-nez » noyautées par les Services Secrets et dont « une partie des ressources alimente des fonds parallèles ».

La conséquence de cette politique, c’est la disparition des biens publics, et l’absence de développement économique dans ces pays, car le développement productif par des entrepreneurs non corrompus réduirait la dépendance des populations envers l’Etat.

Cette situation va s’aggraver avec l’augmentation démographique, et la Dette va enfler par le détournement des prêts accordés, jusqu’à pouvoir être supérieure à la production annuelle en ressources ! Et quand, comme c’est parfois le cas, « c’est la même personne qui gère à la fois la dette, achète les armes, et vend le pétrole », la boucle est bouclée.

Apres la chute du mur de Berlin, accompagnée d’un nouvel élan démocratique, les dictateurs, sous les feux des critiques, en allument un autre pour faire diversion : ils désignent l’autre ethnie comme bouc émissaire. Ou alors ils sont légitimés démocratiquement ... en truquant les élections, sauf les rares fois où la population veille au grain. Enfin il reste la solution du coup d’Etat ...

Suivant la mondialisation, la Mafiafrique se développe alors, car « le pétrole et les armes sont les secteurs de plus grande corruption », et génèrent des flux financiers opaques, transitant dans les diverses chambres de compensation comme Clearstream, dont beaucoup comptes se trouvent dans des paradis fiscaux, ces trous noirs où tous les mécanismes légaux mis en place s’effondrent, en particulier l’impôt.

Une perspective plus positive

Dans ce contexte où le légal est mis en péril par l’illégal, la seule perspective plus positive selon Verschave, c’est la conquête de biens publics à l’échelle mondiale, arrachés à la logique marchande, entretenant un jeu à somme positive : tout le monde pourrait y gagner en partageant un gâteau plus gros.

De la Françafrique à la Mafiafrique, François-Xavier Verschave, Editions Flibuste



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