L'Avocat de la terreur - La Révolution en Charentaises

L’Avocat de la terreur

samedi 23 juin 2007, par Anatole Ibsen / 9303 visites

Le regard de Barbet Schroeder sur l’avocat Jacques Vergès.

Il est peu de dire que le film de Barbet Schroeder est un film remarquable.

Agé de 66 ans, Barbet Schroeder a déjà une longue carrière cinématographique derrière lui. A ses débuts, il collabore aux Cahiers du Cinéma et à L’Air de Paris. Il est l’assistant stagiaire de Jean-Luc Godard sur Les Carabiniers et crée, en 1963 la société de production Les Films du Losange. Puis il devient de producteur d’Eric Rohmer, Jacques Rivette et Wim Wender. Enfin, il est nominé à l’Oscar et au Golden Globe pour Le mystère von Bülow.

Il présente aujourd’hui L’avocat de la terreur, un film qui se propose de revisiter le parcours de l’avocat Jaques Vergès. Partant du postulat que Vergès est un « colonisé » (son père est réunionnais, sa mère vietnamienne), un des protagonistes du film incline à penser que Vergès voit dans sa vocation d’avocat une tribune. Tribune qui l’amène à défendre des nationalistes anti-colonialistes d’Indochine et d’Afrique. Plus tard, au barreau de Paris, il plaide pour des criminels de guerre comme Klaus Barbie ou pour des terroristes nationalistes anticolonialistes emblématiques.

Ce parcours, en soit, est déjà une raison d’aller voir le film.

Mais Barbet Schroeder va plus loin dans l’interrogation de celui qu’il appelle ironiquement le « monstre » dans l’entretien accordé à Régine pour le site du film. Il tente de montrer les relations sombres que Vergès aurait eu avec certains terroristes, et avec Carlos en particulier. Il épie chaque détail, apporte des documents, formule des hypothèses et revient évidemment sur l’emblématique disparition de l’avocat entre le 7 mars 1970 et le 12 mars 1979.

Dernier point remarquable, la construction du film. Prenant le parti de ne jamais se mettre en scène, le réalisateur, qui eu carte blanche de la part de Vergès pour le montage final du film, nous offre un film haletant, à la mesure des meilleurs films de détective. En nous racontant une partie de l’histoire de Vergès, il revient sur cinquante années de politique internationale teintée de terrorisme.

Un très grand film, dense, complexe, qui questionne le personnage Vergès sans préjugés. Outre de se précipiter au cinéma, le Révolutionnaire en Charentaises ne manquera pas d’aller sur le site et le blog du film, bourrés à craquer de documents, de réactions vidéos des principaux intéressés et d’autres éléments d’un indéniable d’intérêt.

L’Avocat de la terreur, de Barbet Schroeder, 2007.


Voir en ligne : Site officiel du film


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2 Messages de forum

  • Une lecture différente du film 26 juin 2007 22:24, par Onno Maxada

    Cher camarade Anatole,

    Comme toi, je suis allé voir ce film que j’ai trouvé excellent. Ceci dit, ce ne sont visiblement pas les mêmes éléments qui nous ont le plus marqués.

    En ce qui me concerne, si je trouve ce film exemplaire pour les révolutionnaires en charentaises, c’est parce qu’il retrace l’itinéraire d’un révolté qui débute sa carrière avec un combat juste et qui, tout en restant relativement cohérent avec son engagement premier, va partir sérieusement en sucette.

    Au début du film, il est difficile (lorsqu’on est profondément de gauche), de ne pas être séduit par la posture anticolonialiste radicale de Vergès. Je comprends les raisons qui l’amènent, après avoir lutté aux côtés des indépendantistes algériens, à défendre la cause des Palestiniens. Là où je suis plus, c’est lorsqu’il se rapproche des milieux nazis pour lutter contre Israël. Il me semble qu’à ce moment précis (qui arrive très tôt), il franchit la ligne rouge et bascule irrémédiablement dans le camp des francs salauds. Pas étonnant ensuite qu’il en vienne à défendre des criminels de guerre de tous bords, de Milosevic à Klaus Barbie.

    D’une certaine manière, les histoires secondaires du film (Carlos et les soldats de la Fraction Armée Rouge) sont autant de déclinaisons du parcours de Vergès. Des hommes et des femmes qui ont choisi de s’engager dans une lutte à mort contre le capitalisme et qui sombrent progressivement dans le banditisme ordinaire. J’ai été estomaqué de voir tous ces combattants qui se revendiquaient comme marxistes se mettre au service du terrorisme islamiste.

    Le documentaire donne réellement matière à réfléchir. En ce qui me concerne, j’en suis ressorti avec deux idées fortes : la première, c’est qu’un révolutionnaire en lutte ne doit jamais perdre de vue ses engagements premiers pour ne pas se renier et devenir une crapule ordinaire ; la seconde, c’est qu’il ne faut jamais transiger avec les religions. Si elles ont bouffé les révolutionnaires marxistes, elles boufferont n’importe quel autre mouvement.

  • L’Avocat de la terreur 9 juillet 2007 22:34, par Angora

    Moi je suis plus perdue que ça avec ce film. J’suis d’accord avec vous. Mais ce qui me surprend surtout c’est que toutes les crapules de grande envergure vivent sereins et visiblement hors de toute question financière aujourd’hui. ça ça m’épate... ça m’épate que personne n’ait jamais remis en cause l’idée que Vergès puisse continuer à exercer son activité d’avocat après 8 ans de disparition. ça m’épate tous ces gens qui peuvent raconter les choses paisiblement aujourd’hui, sans regret, sans autre conscience que la continuation de celle de l’époque... ça m’étonne, excusez-moi qu’on puisse poser des bombes aveugles pour ses idées. Le camarade Anatole parle de tribune, ça me scotche qu’on donne effectivement des tribunes à quelques personnes pour qu’elles se foutent ouvertement de notre gueule, merci les médias, merci pour Carlos au téléphone et Vergès à la télé... Et tant d’autres choses encore non rassurantes sur nous autres humains... Allez voir ce film, pour la colère nécessaire et l’attention portée à notre histoire contemporaine qu’il est toujours utile de revisiter, distancier, questionner...