Cours accéléré d'athéisme - La Révolution en Charentaises

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Cours accéléré d’athéisme

dimanche 14 octobre 2007, par Onno Maxada / 18045 visites

Le catholicisme a la peau dure et le bras long. C’est particulièrement vrai en Espagne où l’« Opus Dei » ne manque ni de soutien ni d’influence. Pour preuve, la décision de José Maria Aznar, au printemps 2003, d’imposer aux élèves des écoles primaires et secondaires un cours de religion placé sur un pied d’égalité avec l’enseignement des mathématiques ou de l’espagnol. Magnanime (de toutes façons, la Constitution l’y obligeait), le chef du gouvernement a proposé un enseignement alternatif aux enfants de parents non-croyants : un cours de l’histoire de la religion catholique !

Face à ces provocations, deux athées - Antonio López Campillo (Docteur en Physique de la Sorbonne) et Juan Ignacio Ferreras (professeur de philosophie) - ont décidé de répondre avec humour, humilité et intelligence. « Vu l’urgence, il pourrait être d’utilité, pédagogique au moins, provisoirement, d’éditer un Cours accéléré d’athéisme, en attendant des « textes meilleurs », écrivent ils. Et d’ajouter : « Nous n’espérons convertir personne, puisque personne ne nous a convertis, mais bien inciter à une réflexion critique sur les croyances. Le texte ne va pas et ne peut pas aller au-delà. Aux lecteurs de décider, ils sont libres (optimistes, hein, les athées) ».

Cours accéléré d'athéismeLe Cours accéléré d’athéisme est un texte très court (64 pages en comptant la bibliographie) organisé en sept leçons qui développent chacune l’une des facettes de la pensée athée (la morale, le matérialisme, la place de la science, etc.). L’ensemble, synthétique et efficace, ne manque pas de piquant : chaque leçon est suivie d’un « exercice pratique de conversation » simulant un dialogue entre un croyant et un athée, le second prenant naturellement le dessus, de façon plus ou moins comique, sur le premier.

Pour les auteurs, « l’athée n’est ni un impie, ni un blasphémateur (comment médire de l’inexistant), mais un homme qui désire continuer à penser ». Si la lecture du Cours accéléré d’athéisme est si stimulante, c’est parce que ses auteurs font preuve d’un optimisme extraordinaire. A l’opposé du discours combatif d’un Bakounine, qui affirmait que « si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître », ils estiment que les religions et les valeurs qu’elles défendent sont irrémédiablement dépassées : « cela ne sert à rien d’attaquer certaines valeurs, alors que ces valeurs s’effondrent seules, d’elles mêmes... autrement dit, ces valeurs ne sont plus nécessaires ». Les religions perdent peu à peu toute légitimité, ne serait-ce que parce que leurs explications de l’origine du monde sont battues en brèche par les siences ou parce que la morale et les règles sociales se développent indépendamment des dogmes religieux. Pour les auteurs, « la science et la pensée moderne ne luttent pas contre dieu, tout simplement, elles se passent de lui ».

Les religions sont bien conscientes de ce recul et luttent désormais pour leur propre survie. D’où une montée des fondamentalismes, qui constituent un repli sur l’irrationnel (la foi, les dogmes), et une défense sans concessions de la morale religieuse. Or, « lorsqu’une religion (...) défend sa morale, elle défend avant tout son autorité, son pouvoir ».

Sans surprise, la conclusion d’Antonio López Campillo et de Juan Ignacio Ferreras est marquée par une solide confiance en l’avenir et confère à la science un rôle moteur dans le développement de notre civilisation.

On pourrait discuter de certains éléments de ce Cours accéléré d’athéisme et tempérer l’optimisme des auteurs. Par exemple, Antonio López Campillo et de Juan Ignacio Ferreras notent que la religion apporte aux hommes une forme d’appaisement car « l’incertitude de l’existence est une source d’angoisse et de peur » (on retrouve ici l’idée, chère à Marx, de la religion comme « opium du peuple »), mais on a l’impression qu’ils ne vont pas jusqu’au bout du raisonnement. On pourrait par exemple ajouter que toutes les politiques néo-libérales et néo-coloniales visant à précariser les travailleurs à travers le monde ont pour effet d’accroître leurs angoisses et leurs incertitudes, et donc de les faire (re)tomber dans les filets des prêtres, mollahs et autres rabbins. Au rythme où vont les choses, les religions pourraient encore nous emmerder pendant quelques bons siècles...Raison de plus pour lier luttes sociales et combat athée, d’autant que, c’est bien connu, les vertus d’obéissance et de soumission prêchées par les religions ne sont pas pour déplaire aux puissants.

Ces remarques étant faites, ne boudons pas notre plaisir d’avoir lu ce Cours accéléré d’athéisme dont cet article ne rend compte que de façon très incomplète.

CAMPILLO, Antonio López et FERRERAS, Juan Ignacio, Cours accéléré d’athéisme, Editions Tribord, 2005.

Pour poursuivre la réflexion sur la Révolution en Charentaises, voir les autres articles disponibles dans la rubrique "Athéisme"



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9 Messages de forum

  • Cours accéléré d’athéisme 10 mars 2008 18:39

    La prochaine fois, une petit mot pour le traducteur (adaptateur-militant). Merci. José Ortega Morales

    • Cours accéléré d’athéisme 10 mars 2008 23:44, par Onno Maxada

      Un GRAND MERCI au traducteur, dont je ne savais pas qu’il était aussi militant et qui mérite à ce tire toute ma sympathie !

      Onno

  • Cours accéléré d’athéisme 19 avril 2008 17:32, par bernard de aldecoa

    Il est vrai que nous n’avons jamais reçu de cours d’athéisme. On devient athée tout seul. Du moins le croyons nous, car notre divinité secrète est la sélection naturelle. Nous avons donc le choix, en réalité, entre l’Inquisition religieuse des prêtres et l’Inquisition sanitaire des médecins, les drogués jouant le rôle des sorcières au moyen-âge (aujourd’hui les fumeurs). La science a cédé la place au scientisme, et la religion au positivisme.

    Il existe des façons d’être athée ignorées de l’Occident, comme le taoïsme, par exemple. D’accord pour être athée, pas pour être scientiste !

  • Cours accéléré d’athéisme 24 avril 2008 16:18, par José Ortega Morales

    Et le "Dialogue de l’athée", toujours des mêmes auteurs et traduit et anoté par José Ortega Morales sera édité, aux éditions tribord, à la rentrée de septembre. Truculence et dérision au programme. A Bientôt, le traducteur : José

    • Cours accéléré d’athéisme 25 avril 2008 00:47, par Onno Maxada

      Merci de nous faire signe au moment de la parution. Si le bouquin est dans la même veine que celui dont on parle plus haut, il méritera sans doute le détour.

      Onno

  • Cours accéléré d’athéisme 6 mai 2008 13:32, par Zvidrigaylov

    On peut lire aussi "L’art de ne croire en rien" et le "Livre des trois imposteurs" datant du 15-16e siècle (préfacé par Raoul Vaneigem, Payot, Petite bibliothèque, 7,95 euros) ;

    "Le dictionnaire du diable" d’Ambrose Bierce (Librio, 2 euros) ;

    "La foi : une histoire culturelle du mal. En danger de croire", de Jean-Paul Gouteux (L’Haramthan, 11 euros) ;

    "Dieu, l’Europe et les politiques" de René Andrau (Bruno Leprince éditeur, 15 euros) ;

    "La foi qui tue" de Bernard Oudin (Robert Laffont, 13 euros) ;

    "La peste monothéiste" de Cyril Gallion (Editions libertaires, 35 allée de l’Angle Chaucre 17190 st-Georges d’Oléron, 12 euros + 10% de port) ;

    "La gloire des athées" Anthologie. textes rationalistes et antireligieux de l’Antiquité à nos jours (Editions Les nuits rouges, 23 euros) ;

    "Pour en finir avec dieu" de Richard Dawkins (Robert Laffont, 22 euros).

    Liste non exhaustive...

    • Cours accéléré d’athéisme 10 mai 2008 09:34, par nostalgie1789

      3 ouvrages excellents sur l’historique de la construction idéologique du christianisme : "la fable de Jésus Christ" et "le Christ sans jésus" de Guy Fau et "les origines sociales du christianisme" de Prosper Alfaric

      • Cours accéléré d’athéisme 13 mars 2010 23:21, par DELAVANT

        POURQUOI UNE ASSOCIATION DES ATHÉES ? Pour
        - Appartenir à une même famille de pensée.
        - Avoir une identité.
        - Avoir une existence sociale reconnue.
        - Ne plus être considérés commes des croyants non - pratiquants.
        - Promouvoir un certain vivre ensemble.
        - Connaître d’autres personnes de même sensibilité.
        - Cultiver avec elles les mêmes valeurs.
        - Se tenir informés.
        - Partager notre savoir et notre expérience.
        - Développer entre nous l’entraide et la solidarité.
        - Afin d’être plus forts dans la vie.
        - Défendre la laïcité.
        - Résister à l’hégémonie des religions.
        - Et contribuer à l’édification d’un monde meilleur. Si vous ne voyez pas l’intérêt pour les athées de se regrouper en association, les religions, elles, voient très bien l’intérêt qu’elles ont à ce qu’ils ne le fassent pas http://associations.midiblogs.com

  • N’idiot ni Maître ! 3 juin 2010 02:07, par David X

    Je comprends fort bien que beaucoup soient remontés dontre les religions instituée, leurs méfaits et leurs abus, mais perso, je suis croâillant (!), et pas de naissance, ni de tradition familiale, ce qui ne m’empèche nullement de me considérer comme un révolutionnaire et un esprit libre.

    Tout comme comme ce monsieur :

    "Jacques Ellul : anarchiste mais chrétien !"

    http://1libertaire.free.fr/JEllul01.html

    J’aime bien cette dame aussi :

    http://www.keny-arkana.com/videos/i...

    Alors, la laïcité, oui, l’athéisme pour tous : non !

    Capisce ? ^__^

    « J’ai le malheur de ne pas croire en Dieu. J’espère quand même, s’il existe, qu’il ne va pas tarder à me faire signe, parce que c’est long... Je le cherche dans mes chansons. Mon poète préféré, c’est tout de même le Christ ; les Evangiles, c’est mon poème préféré. » Georges Brassens (1921-1981)