« Enculé ! » - La Révolution en Charentaises

« Enculé ! »

jeudi 15 novembre 2007, par Anatole Ibsen / 12320 visites

En voyant les images de notre omni-président Sarkozy au Guilvinec, le spectateur s’est nécessairement posé une question. Les médias n’ayant en effet jugé bon de ne nous montrer que la réaction de Sarkozy. Qu’a bien pu dire le marin pêcheur à Sarkozy pour le décontenancer et le faire bégayer à ce point ?

Eh bien la réponse tient en un mot : il l’a traité ni plus ni moins d’enculé. Suite à quoi Sarkozy lui a demandé de descendre, et l’autre, aussi énervé, a répondu : « si je descends, je te mets un coup de boule ». On vous laisse le temps de regarder la vidéo...

S’en est suivit l’énervement de Sarkozy que les chaînes de télévision nous ont passé en boucle. Et cela soulève plusieurs questions : il semble tout d’abord qu’au poste suprême, Sarko soit plus clément avec les gens qui l’insultent. Quand il n’était que Ministre de l’intérieur, un passant d’Aubagne, en novembre 2006, qui l’avait traité de « fils de pute » avait pris quatre mois ferme. Ca n’avait pas ému plus que ça l’opinion publique, et pourtant, condamner un justiciable à quatre mois fermes pour une insulte, voilà qui aurait pu alimenter un scandale... Aujourd’hui, les propos de Sarkozy « ben viens, descends », ne semblent pas plus émouvoir l’opinion. Et pourtant, on peut légitimement se demander si de tels propos peuvent être tenus par un président de la République et s’ils ne manquent pas quelque peu d’élégance. On pourrait attendre d’un chef d’état un peu plus d’à-propos et de finesse : Nicolas Sarkozy se croit-il encore en campagne électorale au point de se sentir obligé de jouer ainsi les (petits) caïds ? Ses prédécesseurs, De Gaulle en tête, maniaient autrement la langue et, en ayant une attitude plus humble et plus posée, donnaient de la France une image de grandeur. Avec Sarkozy, voici venu le temps de l’agitation, d’une France qui remue plus qu’elle ne bouge. Et surtout, aucun président, depuis 1945, n’a semblé être capable, comme Sarkozy, de cristalliser autant d’amertume, quand ce n’est pas de la haine.

Tandis que la majorité des média, elle, continue de relayer les faits d’armes du président dans une bonhommie qui réduit à néant l’esprit critique d’un téléspectateur le plus zélé. Car, curieusement, l’omniprésence médiatique de Sarkozy efface d’autant ce sur quoi on devrait le juger. C’est-à-dire sur ses vrais projets pour la France et non sur ses invectives vulgaires et déplacées. Non, un président de la République, tout Sarkozy qu’il est, ne doit pas répondre avec la même goujaterie à des propos véhéments. Même si c’est son fonds de commerce...

Alors, voilà ce que nous disent ces images navrantes. Que la politique de Sarkozy se réduit à un spectacle de clown : le spectacle navrant d’un marin pêcheur traitant le président d’homosexuel passif, lequel répond avec la hargne d’une « racaille ». Depuis 1734, date à laquelle le terme d’enculer est attesté, la politique a engendré de belles choses : la Révolution française, l’avènement du suffrage universel, les lois Veil. La politique, aujourd’hui, est descendue dans le caniveau au point de prendre forme en un échange musclé entre un marin et un président de la république, bien décidé, du haut de son mètre soixante, à nous montrer qu’il est sévèrement burné. Remballe, Nicolas, on te croit sur parole [1].

Car ce n’est pas en faisant des déclarations hargneuses ou en appelant les caméras qu’on est un fin politique. C’est en faisant de la politique. Et non pas du spectacle...

Voir en ligne : Ce que nous ont montré les médias...

Notes

[1] Et on ne demandera même pas à Cécilia...


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