Wolfgang Master et les grèves - La Révolution en Charentaises

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Wolfgang Master et les grèves

samedi 17 novembre 2007, par Anatole Ibsen / 10070 visites

Comme plusieurs milliers de parisiens et de banlieusards, Wolgang Master a pris, ce matin, les transports en commun pour se rendre au boulot. Il faut bien manger et, grève ou pas, le patron attend de Wolgang et de ses autres employés qu’ils arrivent à l’heure. Alors Wolgang s’est levé tôt, très tôt, trop tôt. Un café bouillant, une douche à la vitesse grand V. Et vogue la galère...

Arrivé à sa station habituelle, il s’est faufilé dans la foule. Après une demi-heure d’attente, un métro a pointé le bout de son nez. Bondé jusqu’à la gueule, boîte de sardine puissance dix. Alors il a poussé, poussé, et il est entré. Des gens ont gueulé, une femme a crié, la sonnerie a retenti et le métro, cahin-caha, est parti. Arrivé au RER, il a vécu la même galère. Même grève, mêmes maux. C’est en sortant de la bouche devant son travail, pas trop en retard, que l’aubaine s’est présentée. Une caméra de TF1 ou de France 2, en position pour recueillir les avis des passagers sur le mouvement. On allait l’entendre, au vingt heures, voir sa tronche des mauvais jours. Il allait leur rentrer dans le lard, à ces privilégiés de fonctionnaires ! Peu ou prou, c’est ce qu’il a dit à la journaliste souriante et pimpante. Les studios de Boulogne-Billancourt sont à deux pas...

Ce soir, il a appelé sa belle-famille pour qu’aucun ne loupe le gendre dans la lucarne. Pour l’entendre, on l’a entendu. Accusé les privilégiés. Gueulé contre le service public. Le téléphone a même sonné plusieurs fois. « Alors, la star, on passe à la télé ? ». Wolfgang a eu le triomphe modeste. Tout au plaisir de voir un ami dans la lumière, personne ne lui a mentionné que la chaine de télévision avait consacré de nombreuses minutes aux réactions des passagers sans passer plus de quelques secondes à évoquer les revendications et les enjeux de la mobilisation. L’information, de nos jours, c’est ça. Celle des vrais gens. Du café du commerce en barre.

Aucun journaliste n’a non plus mentionné que les grognards des transports en commun oublient souvent un peu vite que toutes les avancées sociales, de 1936 jusqu’à nos jours, ont été acquises par les mobilisations du service public... Trop réactionnaire, trop front populaire, trop politiquement incorrect... Oubliés les congés payés, oublié le CPE, oubliée la réduction du temps du travail. Alors, il ne fallait pas non plus compter sur l’impertinence d’un journaliste pour mentionner, par exemple, que si certains personnels ont des régimes spéciaux, c’est aussi parce qu’ils cotisent individuellement, depuis bien longtemps, beaucoup plus que les salariés du privé. 12% en moyenne contre 8. Mais ça, ça ne va pas dans le sens de la réforme, ni de la rupture, et encore moins de l’individualisme ambiant, qui perdra tout le monde, Wolgang Master et ses clones compris.


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