Pourquoi se plaignent-ils autant des grèves ? - La Révolution en Charentaises

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Pourquoi se plaignent-ils autant des grèves ?

jeudi 29 novembre 2007, par Thibo / 13839 visites

De ma petite province, ces dernières semaines, on pouvait entendre sur France Inter des milliers de « on est pris en otage », « c’est pas notre problème », « à cause des grèves, je passe 6 heures par jour dans les transports »... le tout accompagné de la belle voix de Michel Bergat de Rosny-sous-bois et des 600 ou 800 kilomètres de bouchons cumulés chaque matin. Et je ne me sentais vraiment pas concerné. En dehors des considérations du pourquoi de la grève et des raisons politique, je me suis cependant demandé pourquoi l’arrêt des transports en commun foutait tant la merde ? Ce qui m’amène d’une part à poser la question de la distance travail-habitat et d’autre part, à relayer une petite idée d’Albert Jacquart.

La distance moyenne travail-logement grandit depuis des années (j’ai entendu parler de 25 kilomètres, ce qui me paraît énorme... à vérifier) mais toujours est-il qu’elle augmente : parce qu’on a la voiture, que celle-ci est de plus en plus confortable et qu’il y a de plus en plus de transports en commun en zones urbaines. L’homme moderne doit être mobile. N’étant pas toujours très moderne, j’ai toujours essayé d’habiter au plus près de mon travail... en particulier pour sortir de mon lit le plus tard possible le matin. Mais j’en conviens bien que c’est un luxe de célibataire et que je ne travaille pas à l’Arche de la défense, en tant que balayeur, par exemple. On parle de consommer moins d’énergie, il y a eu un joli Grenelle de l’environnement et je n’ai jamais entendu parler de cette solution : réduire la distance travail-logement. Alors que c’est bien ce que fait le cadre en temps de grève quand il dort dans son bureau. Mais pour cela, peut-être devrait-il y avoir une vraie démarche politique de construction de logement en fonction des lieux de travail, et à l’inverse : apporter du travail dans les zones de logement : quartiers H.L.M. comme zones pavillonnaires, car à 5 kilomètres en moyenne de son lieu de travail, tout le monde pourrait y aller en 15 minutes de vélo...

L’autre remarque vient d’Albert Jacquart, qui était invité au zapping de France Inter samedi 24 novembre de 15 à 17 heures. En temps de grève de la RATP et de la SNCF, chacun prend sa voiture pour se rendre à son travail (ou pas) et le réseau routier est très vite saturé. Tout le monde se trouve alors dans les bouchons... dans la joie et la bonne humeur (ou presque). Depuis que les grèves sont finies, une bonne partie des parisiens se redéplace sous terre et ça roule mieux en surface. Les automobilistes peuvent donc remercier tous ceux qui ont repris les transports en commun, puisqu’ils ne bloquent plus les avenues. Donc les transports en commun profitent aux automobilistes, alors que ceux-ci sont bien plus néfastes pour l’atmosphère. L’idée d’Albert Jacquart serait donc de faire payer le métro et le R.E.R. non pas aux usagers, mais aux automobilistes, par une taxe sur l’essence, et ainsi de rendre enfin les transports en commun gratuits. A méditer.

PS : à lire d’Albert Jacquart, le fameux "j’accuse l’économie triomphante" ,de 1994 mais toujours d’actualité. Je lui consacrerai une fiche de lecture un jour...


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1 Message

  • Pourquoi se plaignent-ils autant des grèves ? 1er décembre 2007 13:39, par berrick

    Excellent article.

    Pour les disfonctionnements générés par les grèves il faut relativiser.

    Premièrement il y a la façon de traiter le sujet. Quant un journaliste vous demande, alors que vous poireautez sur un quai bondé depuis plus d’une heure :
    - "Alors que pensez vous de cette galère et du fait d’être pris en otage vous l’honnête usager, c’est l’enfer n’est ce pas ?" Si vous répondez "Non, cool, tout va bien !!" votre place est à côté du Dalaï au niveau du "lacher-prise". Deuxièmement, bon sang, un peu d’humilité, même si pour quelques trés rares personnes (Dont je fais d’ailleur partie en tant que chef d’entreprise)les conséquences peuvent être graves. Pourquoi notre système social et notre sécurité de travailleur en est elle à ce niveau (Congés payés, salaire minimum, syndicats etc..) c’est bien parceque des milliers de nos ancêtres se sont battus et ont fait grève avec des conséquences qui allaient souvent jusqu’à la mort, la mort de leurs enfants, la misère ou la folie. Autre chose que d’attendre une heure sur un quai, et nous bénificions tous les jours de ces acquis.. Et puis un peu de pudeur quant au terme "pris en otage" regardez les photos de Bétancourt et des autres qui nous arrivent. On peut s’étendre sur les raisons de cette grève, et l’impossibilité pour toute une couche de la population de ce faire entendre par la grève, mais c’est un autre débat.