Jesus Camp, La liberté de penser suicidée - La Révolution en Charentaises

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Jesus Camp, La liberté de penser suicidée

lundi 28 janvier 2008, par Camille D. / 16000 visites

Le documentaire américain de Heidi Ewing et Rachel Grady sur l’endoctrinement évangélique d’enfants de moins de dix ans, a de quoi faire peur. Cependant de par sa réalisation intelligente, le film ne prend aucun parti, et vous laisse vous-même juge de ce lavage de cerveaux pré-pubères, au nom de Jésus.

Pour comprendre le contexte de ce documentaire, il faut rappeler que sur 300 millions d’américains, il y a 224 millions de chrétiens, dont 80 à 100 millions d’évangéliques. Et qu’aux élections présidentielles de 2004, cela représentait 53% des suffrages exprimés. Bush, lui-même chrétien évangélique, a bénéficié de leur soutien. Ainsi l’affirme Ted Haggard, prêcheur évangélique et conseiller du président : « Si les évangéliques votent, ils déterminent l’élection ».

Jesus Camp, l'affiche Mais il ne s’agit pas que de ça. Ce film parle d’enfants, jeunes, intelligents mais manipulés. Ils crient être prêts à donner leur vie pour Jésus, se prosternent devant une effigie en carton de Bush en l’implorant de redonner l’Amérique au Christ, s’engagent contre l’avortement, rient de la théorie de l’évolution, et n’ont pas plus de dix ou douze ans. Ça pourrait être drôle si cela n’était pas si triste. Le pire c’est qu’ils sont en âge de croire aux fantômes, de rêver d’être Harry Potter ou de chanter comme Britney Spears. Mais c’est sans compter Becky Fischer, pasteur pour enfants et personnage principal du film, mélange de gourou sincère et de mère poule sans enfant, qui taxe de péché mortel toute dérive non estampillée « Jésus Christ ».

« Nous avons cherché à comprendre en quoi toute cette génération d’enfants endoctrinée par l’idéologie évangélique va peser sur l’avenir des Etats-Unis lorsqu’elle aura atteint l’âge adulte » déclarent les deux réalisatrices. Certes le film ne donne pas la réponse, mais il a le mérite d’être objectif, et ne porter aucun jugement. En effet, aucun commentaire en voix off, et une liberté totale d’expression pour les enfants comme pour Becky Fisher, dont les propos ne sont jamais trahis, y compris quand elle déclare vouloir faire de ces enfants une armée de Dieu ; au même titre qu’au Pakistan, ils enrôlent les enfants à partir de cinq ans « parce que, pardon, mais c’est nous qui avons la vérité ».

Reste Mike Papantonio, chrétien progressiste, avocat et chroniqueur radio, pour s’inquiéter de la montée en puissance de ces groupes radicaux. Il tente d’alerter la population américaine chrétienne [1] des dérives et de l’impact des évangéliques. Un des meilleurs moments du film est le débat radiophonique qu’il entretient avec Becky Ficher sur ce que l’on peut « apprendre » à des enfants. Il insiste aussi sur le fait que la séparation de l’Eglise et de l’Etat est, et doit rester, en vigueur aux Etats-Unis, ce qui n’est pas toujours le cas à la vue de certaines nominations aux plus hautes fonctions judiciaires.

Nous voyons ce documentaire avec effroi, mais aussi vigilance, car n’oublions pas que notre cher Mister Président à nous, n’a pas hésité à déclarer : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » [2] Je vous laisse juge.

Jesus Camp, documentaire américain de Heidi Ewing et Rachel Grady (2006) - 1h25.

Pour poursuivre la réflexion sur la Révolution en Charentaises, voir les autres articles disponibles dans la rubrique "Athéisme"


Notes

[1] 1/3 des américains écoutent des radios chrétiennes

[2] Allocution de M. le Président de la République, Rome, le jeudi 20 décembre 2007


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4 Messages de forum

  • Pensez-vous vraiment que ce documentaire soit un juste reflet du protestantisme évangélique aux Etats-Unis ? Pour avoir vécu aux Etats-Unis, puis pour avoir vu le film, je peux vous confirmer qu’il ne l’est pas ...

  • C’est intéressant que vous reveniez sur un sujet qui date déjà de nombreux mois. Pour ma part je pense aussi que le christianisme décrit dans le film est plutôt dangereux. Il ne reflète pas, en fait, la réalité du mouvement évangélique aux US ni ailleurs dans le monde. Il reflète plutôt la réalité pentecôtiste-charismatique poussée à l’extrême. Il est dommageable d’identifier, comme vous le faites, tout le mouvement évangélique à celui décrit dans ce documentaire.

    Reynald Kozycki, pasteur, membre du comité national de la Fédération Evangélique de France.

    • Jesus Camp, La liberté de penser suicidée 21 août 2008 23:45, par Pascal

      J’ai été moi-même abusé spirituellement par une église d’origine américaine implantée en Belgique dont je tairai le nom par respect à d’autres croyants qui fréquentent des églises du même nom mais qui ne pratiquent pas du tout la même chose. Ce n’étaient pas des charismatiques mais ils voyaient en Bush un véritable homme de Dieu et leurs prédications étaient très tendancieuses tant en politique que dans d’autres domaines. Les caractéristiques qui m’ont fait réfléchir est le jugement porté à autrui ainsi que le bourrage de crâne dogmatique et le fait de forcer la main aux gens à accepter Jésus de manière très particulière. Le nombre recensé de baptisés est très important car ces églises doivent rendre des comptes sur les nouveaux membres. De plus, l’église est au-dessus de la famille et de tout le monde extérieur. Le dimanche est sacré et si vous le manquez et ne donnez pas votre dîme, vous êtes taxés de non spirituels. Malheureusement, je puis dire que c’est bien plus courant qu’on ne le pense : les abus spirituels dans les mouvements chrétiens en Belgique sont monnaie courante. Je suis un chrétien et j’ai renoncé aux dénominations car elles donnent une mauvaise image du message évangélique et elles se réfèrent souvent à leurs docteurs et à leur théologie et laissent peu de place en réalité à la réflexion profonde. D’ailleurs, si vous ne pensez pas comme eux, vous n’êtes pas un vrai croyant. J’ai découvert le message de la liberté en Jésus-Christ et il est révolutionnaire : plus de temple ni de culte comme dans l’ancien testament mais une vie quotidienne vécue comme un culte rendu à Dieu, plus de dîme mais des offrandes libres aux gens nécessiteux car le temple de la nouvelle alliance est l’homme et non plus le bâtiment, plus de jours spéciaux car le sabbat de la foi est permanent et le sabbat a été fait pour l’homme = le repos intérieur dans la paix et la joie de vivre qui diffère de la paresse, la liberté de s’assembler et de louer Dieu quand et où l’on veut en communion avec des croyants qui recherchent Dieu : bref plus de gourou ni de système ecclésiastique car tous les croyants sont égaux en Jésus-Christ mais chacun a ses dons, ses talents et sa personnalité, pas de clonage au programme mais une réelle individuation, une responsabilité et une autonomie en âme et conscience devant Dieu et les hommes. Je suis devenu anti pharisianisme (légalisme) et anti clérical, c’est vrai mais je respecte chaque individu dans son cheminement personnel. Alors libre ou esclave, à chacun de choisir ! Moi, j’ai choisi de vivre en liberté mais pas dans le laxisme. Car Paul a dit : Tout m’est permis mais tout n’est pas utile. Je suis libre de faire ce que je veux mais ne me laisserai asservir par aucune chose. Accepter la miséricorde et la grâce divines nous entraînent dans un chemin étroit par amour envers Dieu et non pour se faire valoir de peur de ne pas plaire et donc de vivre dans une angoisse permanente comme beaucoup de croyants asservis par le mensonge. Bien à vous.