Chiper 5 milliards à une banque - La Révolution en Charentaises

Chiper 5 milliards à une banque

vendredi 1er février 2008, par Marvin Flynn / 12100 visites

J’aurais pu commencer par "Jérôme Kerviel m’a bluffé" mais "chiper", ça me plaisait bien, même si ce terme ne décrit pas l’exacte réalité. N’empêche. Faire perdre 5 milliards d’euros à une banque, dans le cadre d’une opération boursière sans but lucratif [1], ça mérite de faire partie des articles à 5 charentaises…

Soyons fous, et saluons ironiquement celui qui a cru pouvoir s’en sortir après cette « fraude » historique (présumée). D’un bout à l’autre de la grande chaîne hiérarchique qui nous lie les uns aux autres, il fallait être gonflé pour tenter une telle arnaque (présumée) et penser s’en sortir. Le plus drôle, c’est que ce genre d’affaire révèle tous les dysfonctionnements de notre société capitaliste. Florilège de questionnements personnels, irrationnels et certainement totalement infondés…

Chiper 5 milliards à une banque

Un parfum de justice sociale…

Les louves

En France, où le système de retraites par répartition est encore effectif, seuls ceux qui ont placé de l’argent dans des actions boursières en ont perdu… Des petits épargnants épargnés, ça sent presque la justice sociale ! Evidemment, il y a bien les salariés à qui on a refourgué des actions de la Société Générale (il faut bien (s’)investir dans sa boîte), les travailleurs européens dont les retraites étaient basées sur des fonds de pension et qui pensaient pouvoir partir bientôt – ceux-là vont devoir travailler quelques années de plus, les gens qui avaient placé leurs économies à la Société Générale… Ben oui : avec quel argent les banques jouent-elles, d’après vous ?

Le renard (présumé)

Gageons que notre trader présumé, lui – ah, excusez-moi, on me glisse dans l’oreillette que le terme « trader » ne désigne pas une infraction dans le code pénal français, et qu’il ne mérite donc pas le sempiternel « présumé » salvateur, celui qui permet de dire tout et n’importe quoi en n’importe quelle circonstance... Notre trader-tout-court donc, n’a certainement pas placé de bas de laine dans des fonds de pension. Quant aux années de prison qui lui pendent au nez, si elles ne font pas rentrer espèces sonnantes et trébuchantes dans la poche de la Société Générale, elles ne feront pas non plus revenir Joe Dassin. C’est toujours ça.

Et la be(let)te

Celui qui ne rigolait pas la semaine dernière, mais dont le moral a repris du poil de la bête depuis, c’est le patron de la Société Générale, Daniel Bouton, qui a été rapidement blanchi de toute relation avec l’arnaque – présumée – du siècle... Penser qu’on aurait pu le soupçonner d’être au courant de – présumées – malversations au sein de sa propre entreprise ?? C’est un peu tiré par les cheveux, vous en conviendrez ! En cas de coup dur, il préférera sûrement, à l’instar d’Arnaud Lagardère, passer pour plus incompétent que réellement malhonnête [2]…

Tu nous auras bien fait marrer !

Pour conclure, n’oublions pas que loin d’avoir fait quelque chose d’extraordinaire, Jérôme Kerviel n’a fait que ce pour quoi son employeur l’avait engagé ! C’est le principe même de ces produits boursiers qui permettent de jouer 10 alors qu’on ne possède qu’1 qui est en cause. Ne nous étonnons pas, dès lors, que de pareilles dérives finissent par arriver, et demandons-nous si cette pratique n’est pas plus courante qu’il n’y paraît. Après tout, la seule contrainte de l’histoire, c’est de ne pas perdre… Allez, Jérôme, la rédaction de la REC te remercie : tu nous as fourni notre première technique de lutte à 5 charentaises, et surtout… tu nous auras bien fait marrer !

Bien évidemment, il s’agit d’un texte qu’il convient de prendre au degré adéquat et qui n’engage que son auteur, et encore, pas entièrement. La Révolution en Charentaises, elle, soutient de tout cœur la Société Générale (surtout ses salariés), qui a tout de même été sacrée « Meilleure banque française » par Euromoney en 2007 et qui lui rend bien : ne porte-t-elle pas haut les couleurs [3] de la REC ?


Notes

[1] Sans but lucratif, faut pas se foutre de la gueule du monde : s’il était parvenu à gagner plutôt que perdre, il serait passé pour un héros auprès de ses pairs… et aurait certainement touché des primes monstrueuses. Aujourd’hui, il est juste célèbre...

[2] « J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ses usines, j’assume cette deuxième version », Arnaud Lagardère, source .

[3] La croissance en rouge et noir


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