La gauche radicale néerlandaise revendique le droit de blasphémer en paix - La Révolution en Charentaises

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La gauche radicale néerlandaise revendique le droit de blasphémer en paix

samedi 23 février 2008, par Onno Maxada / 14806 visites

Amsterdam est un fantasme, un OVNI posé à la surface de l’eau dont on n’aperçoit d’abord que de petits halos rougeâtres se dilatant au rythme des volutes de fumée s’échappant des coffeeshops. Champignons hallucinogènes en vente libre, prostituées en vitrine, boutiques sado-masochistes ayant pignon sur rue... Les magasins de souvenirs de la ville ont beau jeu de proposer, à côté des accessoires pour sniffer des rails de coke et des sabots en plastique orange fluo, des t-shirts arborant un « Good boys go to Heaven, Bad boys go to Amsterdam » provocateur.

Depuis plus de 600 ans, la capitale est le lieu de toutes les transgressions. Heureusement, pas toujours pour le pire. Pionnière lorsqu’il s’agit de reconnaître le mariage homosexuel ou le droit de mourir dans de bonnes conditions, la ville n’hésite pas non plus à reconvertir ses églises désertées en lieux d’exposition, en bureaux ou mêmes en discothèques ! Amsterdam est une ville en mouvement dans laquelle les forces progressistes parviennent plus souvent qu’ailleurs à prendre le dessus sur la réaction conservatrice.

Amsterdam est tout sauf religieuse. Pourtant, ses habitants sont harcelés à longueur d’année par des organisations confessionnelles assez riches pour s’offrir de gigantesques campagnes d’affichage à travers toute la ville (voire tout le pays) et se payer des articles bienveillants dans des torchons gratuits comme Metro. Parmi les thèmes de prédilection de ces nouveaux croisés, on trouve la désespérément-banale-et-toujours-en-dessous-de-la-ceinture lutte contre l’avortement, la glorification de la foi (!) et, plus étonnant, la lutte contre le juron... de préférence blasphématoire ! (J’allais écrire, « jubilatoire ») Il faut dire qu’en néerlandais, « merde ! » et « putain ! » se disent « Jesus ! », et « putain de merde ! » se dit « godverdomme ! » (littéralement, « maudit soit Dieu ! »). On imagine l’immense chagrin des dévots...

Tout autant surpris qu’atterré de voir tous les espaces publicitaires de la Gare Centrale couverts d’affiches sur le sujet, j’ai décidé d’accorder au blasphème un peu plus d’attention que l’Amstellodamois moyen, qui s’en moque comme de son dernier cornet de frites-mayonnaise. Une petite heure de recherche a suffit pour donner des résultats assez ahurissants.

D’abord, j’apprends que la Ligue contre le juron ne se limite pas à la pollution publicitaire : elle intervient aussi dans les écoles publiques pour diffuser la bonne parole au nom du « respect ». Ensuite, je découvre l’existence de l’article 147 du code pénal néerlandais, qui érige en infraction pénale le blasphème « méprisant ». Curieusement, il n’y a infraction que lorsque l’outrage est dirigé contre le dieu des chrétiens. Visiblement, le respect est une valeur toute relative...

L’article de loi date de 1932 et aurait été adopté dans le but de museler un journal communiste préconisant la suppression de la fête de Noël. Par un de ces retours de bâton dont l’Histoire a le secret, l’extrême-gauche néerlandaise s’est lancée ce mois-ci en guerre contre l’article 147, qu’elle propose de supprimer. Chez les Bataves, la gauche radicale a compris que la meilleure défense contre l’obscurantisme religieux, c’est l’attaque. Une approche qui n’est peut être pas étrangère à ses succès électoraux répétés ces dernières années...

Il n’est peut être pas inutile de rappeler qu’en France aussi, le blasphème est sanctionné par la loi. Les articles 166 et 167 du code pénal local d’Alsace-Moselle punissent de trois ans d’emprisonnement maximum le « blasphème public contre Dieu » et les atteintes au libre exercice du culte [1] [2]. On aurait tort de croire que ces lois d’un autre âge sont tombées en désuétude : en 1999, elles ont encore servi à condamner des militants d’Act Up, d’EGALES (association des étudiants gays et lesbiennes de Strasbourg) et de Ras l’front [3].

Vu de France comme d’Amsterdam, il semble loin le temps où le chevalier de La Barre était supplicié et décapité pour avoir refusé de se prosterner devant une procession, mais l’intégrisme religieux est toujours plus proche qu’on ne le croît et profite d’une laïcité un peu trop compréhensive (donc sur le recul). Le moment est venu d’en finir avec tous les textes de lois qui donnent aux Églises un pouvoir de nuisance. Où que nous soyons, le combat athée commence ici, et maintenant.

Pour poursuivre la réflexion sur la Révolution en Charentaises, voir les autres articles disponibles dans la rubrique "Athéisme"


Voir en ligne : Lien vers rationalisme.org

Notes

[1] Article 166 : « Celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse [...], ou les institutions ou cérémonies de ces cultes ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses, aura commis des actes injurieux et scandaleux, sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus. »

[2] Article 167 : « Celui qui, par voie de fait ou menaces, aura empêché une personne d’exercer le culte d’une communauté religieuse établie dans l’Etat [...], ou qui, dans une église, aura par tapage ou désordre volontairement empêché ou troublé le culte ou certaines cérémonies du culte [...] sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus. »

[3] Pour plus de détails, cliquez ici.


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