Enseignants, fainéants ! Instituteurs, profiteurs ! - La Révolution en Charentaises

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Enseignants, fainéants ! Instituteurs, profiteurs !

mardi 27 mai 2008, par Camille D. / 15280 visites

Voilà ce qu’on pouvait entendre ces derniers jours dans les manifs pour la défense du service public, et en particulier de l’Education Nationale. Un pied de nez à nos dirigeants, une mauvaise blague ou une vraie revendication ?

Banderole pour la défense du service public Tout d’abord il faut savoir que ces quinze derniers jours, les enseignants se sont mobilisés par quatre fois pour défiler dans la capitale et faire entendre leurs revendications. La défense du pouvoir d’achat, des retraites, du service public mais aussi et surtout de leurs conditions de travail, et celles des élèves. A la rentrée prochaine, tout le monde le sait, le nombre de profs n’y sera pas, cela veut dire des ouvertures de classes qui ne se feront pas, malgré le nombre d’élèves en hausse dans les écoles primaires [1], et des remplaçants qui se feront de plus en plus rares.

Et puis il y a la suppression du samedi matin, ce qui correspond à pas moins de deux heures d’enseignement par semaine pour les élèves ! A cela le gouvernement répond que ceci correspond aux heures d’enseignement dispensées chez la plupart de nos voisins européens. On appelle ça aussi le nivellement par le bas. Et puis ça permettra surtout aux parents de partir en week-end, enfin pour ceux qui ont les moyens de le faire…

Donc les enfants n’auront plus que 24 heures d’enseignement hebdomadaire, soit. Qu’apprendront-ils pendant cette semaine d’école amputée ? Rassurez-vous chers parents, tout, sinon l’essentiel. Lecture, écriture, calcul : encore et toujours ; mais aussi du sport [2], de l’informatique et des langues vivantes. Pardon je veux dire de l’anglais, car une des plus grande hypocrisie des programmes c’est de faire croire que les élèves auront droit à l’enseignement d’une langue vivante ; ce qui, en soit, est un gage d’enrichissement et d’ouverture sur le monde. La réalité est autre : la langue enseignée ne peut être que celle qui est proposée en première langue vivante dans le collège de rattachement, donc dans la plupart des cas, l’anglais ! Qui va l’enseigner ? Les professeurs des écoles, autrement dit les instits, dont le certificat multidisciplinaire permet d’endosser tous les enseignements. Cependant l’apprentissage des langues ne s’improvise pas, et mérite une attention particulière afin que les élèves acquièrent, dès le début, une bonne prononciation. Mais ce n’est pas tout, on instaure aussi le retour à la morale, au vouvoiement, et à l’apprentissage systématique de la Marseillaise ! Pour finir, mentionnons l’éducation artistique : arts plastiques, musique, théâtre et l’enseignement des sciences, de l’histoire et de la géographie, qui, s’ils n’ont pas (encore) disparus des programmes, ne sont certainement plus une priorité. Et on voit mal comment enseigner plus (de matières) en moins de temps (de classe). Si ! En privilégiant l’apprentissage systématique sur la réflexion, l’entraînement sur la création. L’école de demain veut fabriquer, non plus des citoyens capables de pensée, mais des travailleurs capables de soumission !

Quant aux deux heures d’enseignement perdues pour les élèves, elles restent présentes dans l’emploi du temps des enseignants. En effet ces deux heures seraient, seront, consacrées au soutien aux élèves en difficulté. Quand ? Comment ? Aucune information ministérielle n’a encore éclairci ces questions. Ce qui est sûr c’est que cela vise à faire disparaitre les Réseaux d’Aide et de Soutien aux Elèves en Difficulté (RASED), présents dans les écoles, et composés de psychologues scolaires, de ré éducateurs et d’enseignants spécialisés. Ces personnels de l’Education Nationale qui suivent actuellement les élèves en difficulté durant le temps scolaire, et qui travaillent en collaboration avec les enseignants, verraient, verront, leurs fonctions disparaitre puisque assumées par d’autres. Voilà une façon efficace de supprimer des postes dans l’Education Nationale !

Manif d'enseignants, dimanche 18 mai 2008 D’où les (fausses) revendications d’enseignants en colère : « La soustraction en petite section ! La racine carrée au CP ! » ou encore « Moins de Chorale ! Plus de Morale ! Moins de récréations ! Plus d’évaluations ! ». Le but n’étant pas d’en rire (jaune), mais de faire réfléchir, en particulier les parents d’élèves. Et puis c’est le retour des revendications, comme il y a quarante ans, quand les gens descendaient dans la rue pour gueuler leur ras-le-bol, et non pas, comme on le voit trop aujourd’hui, pour défiler, couverts d’autocollants sponsorisés par les syndicats, derrière une camionnette hurlant de la musique. Enfin des manifs où l’on crie, on râle, on beugle. Enfin des manifs qui posent question. [3] Car on ne fait pas grève pour faire la fête, mais parce qu’on en a marre de la politique du « Expliquez-nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer. » Des slogans dont on pourrait rire s’ils n’étaient pas si tristes, comme une démonstration par l’absurde pour dire que non, les enseignants ne sont pas fainéants, et que ceux qui malgré tout, le pensent (il y en aura toujours), n’hésitent pas, le concours est ouvert à tous !

Notes

[1] Les enfants du baby-boom de l’an 2000, ont aujourd’hui 8 ans

[2] Rappelez-vous la déclaration de Bernard Laporte, secrétaire d’Etat chargé des sports, visant à augmenter de 3 à 4, le nombre d’heures hebdomadaires d’Education Physique et Sportive, à l’école primaire

[3] voir les réactions aux premières manifs de droite lancées en 2003 par des intermittents du spectacle en colère


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