Valse avec Bachir, La mémoire trouée d’un soldat - La Révolution en Charentaises

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Valse avec Bachir, La mémoire trouée d’un soldat

jeudi 17 juillet 2008, par Camille D. / 13027 visites

Le réalisateur israélien Ari Folman se replonge vingt-cinq ans en arrière pour démêler ses souvenirs de jeune soldat envoyé au Liban. Une introspection en images avec témoignages d’anciens compagnons d’armes et réminiscences dessinées et animées.

La première particularité de ce film est son originalité, voilà un film autobiographique sous forme de documentaire d’animation. Le double genre s’explique par la complexité de son sujet : raconter les souvenirs de jeunes soldats envoyés au Liban au début des années quatre-vingts pour tuer et/ou se faire tuer. [1] Comment raconter la guerre ? Que s’est-il vraiment passé, notamment dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatilla ? La réalité est relative quand elle est empreinte du vécu de chacun. Pour éviter de réaliser un film composé d’interviews de quadragénaires racontant de vieilles histoires, Ari Folman a voulu donner à voir. C’est ainsi qu’est né le film d’animation, alternant témoignages réels (Sept personnages sur neuf témoignent sous leur véritable identité, les deux autres ayant utilisé un nom d’emprunt) et scènes de guerre hautes en couleur et en horreur, avec leur part d’imaginaire et de sordide réalité.

Valse avec Bachir, l'affiche du film D’abord il y a le cauchemar de Boaz, il rêve chaque nuit qu’il est pourchassé par une meute de vingt-six chiens hurlant. Vingt-six étant exactement le nombre de chiens qu’il a dû tuer au cours de la guerre du Liban. Puis pour Ari réapparaît le souvenir lancinant d’un bain nocturne dans la baie de Beyrouth avec deux camarades soldats. La suite est un voyage à travers le monde pour retrouver sa vérité de soldat, acteur ou spectateur, victime ou meurtrier ? A coup sûr témoin traumatisé par l’horreur humaine. « Cette histoire est mon histoire personnelle. Le film retrace ce qui s’est passé en moi à partir du jour où j’ai réalisé que certaines parties de ma vie s’étaient complètement effacées de ma mémoire » déclare le réalisateur. Les souvenirs laisseront la place aux images d’archives dans les dernières minutes du film, sans doute pour faire le lien entre les fantasmes poétiques de l’animation et la réalité documentaire d’un massacre de l’homme par l’homme.

« J’ai réalisé Valse avec Bachir du point de vue d’un soldat quelconque, et la conclusion est que la guerre est si incroyablement inutile ! Ca n’a rien à voir avec les films américains. Rien de glamour ou de glorieux. Juste des hommes très jeunes, n’allant nulle part, tirant sur des inconnus, se faisant tirer dessus par des inconnus, qui rentrent chez eux et tentent d’oublier. Parfois ils y arrivent. La plupart du temps, ils n’y arrivent pas. »

A signaler outre la qualité des images tant pour leurs traits, leurs couleurs et leur points de vue [2], la richesse de la bande son où la musique joue un rôle tout aussi important dans le retour en arrière amorcé par le réalisateur. Valse avec Bachir est un film où la démarche artistique de son auteur est aussi riche que son message politique, où la chronique autobiographique s’apparente à la thérapie : « Si j’étais vraiment passionné de psychothérapie, je penserais que faire ce film m’a transformé en profondeur. Mais je dirais plutôt que réaliser le film était la partie agréable, et la thérapie la partie douloureuse. »

Valse avec Bachir – 2008, 1h27 – documentaire d’animation franco- germano- israélien de Ari Folman. Sélection officielle du 61ème festival de Cannes.


Voir en ligne : Le site officiel du film

Notes

[1] En septembre 1982, les troupes israéliennes envahissent le Liban et arrivent à Beyrouth ouest, après l’assassinat du président Bachir Gemayel, le jour de sa nomination.

[2] Le film est un mélange d’animation Flash, d’animation classique et de 3D.


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