Sous les bombes, Fiction de guerre en décors réels - La Révolution en Charentaises

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Sous les bombes, Fiction de guerre en décors réels

vendredi 18 juillet 2008, par Camille D. / 12110 visites

Le réalisateur franco-libanais Philippe Aractingi, déjà auteur d’une quarantaine de films documentaires, nous présente un film novateur : une fiction dans un documentaire, parce que « le documentaire, d’une certaine manière, parle à l’esprit et pas à l’émotionnel, et j’avais envie de toucher les gens ». Il tourne pendant et après les bombardements de 2006, et plonge deux acteurs dans le chaos du pays en ruine pour nous raconter l’histoire d’une femme à la recherche de son enfant.

Août 2006, Zeina (Nada Abou Farhat) arrive à Beyrouth le jour du cessez-le-feu [1]. Elle n’a aucune nouvelle de son fils Karim, 6 ans, en vacances chez sa sœur Maha, qui vit dans le sud du Liban [2]. Un seul chauffeur de taxi, Tony (Georges Khabbaz) accepte de la conduire dans cette zone réputée dangereuse. Commence alors un road-movie à travers le Liban dévasté, décor réel d’une histoire fictive.

« La guerre a commencé le 12 juillet 2006. Deux jours plus tard, j’écrivais déjà une idée simple en quelques lignes. Le 22 juillet, dans un état de précarité absolue, sous les bombes, nous commencions le tournage. » Ainsi Philippe Aractingi se lance-t-il dans ce projet de film nouveau réaliste vidéo [3]. Par la suite, rapatrié en France, il trouvera l’appui d’Arte et d’Hervé Chabalier (Capa Cinéma) pour retourner au Liban continuer son projet.

Sous les bombes Après 11 jours de tournage et d’images prises sur le vif, il écrit avec Michel Léviant un véritable scénario. L’histoire de cette femme à la recherche de son enfant, mais aussi et surtout la rencontre de deux personnages que tout oppose. Zeina, musulmane chiite, subit la radicalisation du Hezbollah, sans pour autant prendre parti, « Non, ce n’est pas ma guerre », et Tony, chrétien, doit assumer l’engagement de son frère qui, par le passé, a coopéré avec Israël [4]. C’est ainsi que le film prend toute la mesure des émotions humaines, au-delà des conflits inter- communautaires. Tony et Zeina s’observent, se parlent, se méfient, se mentent, se font confiance et finalement, sans doute, se comprennent. Il y a peut-être aussi de l’amour, encore faut-il lui laisser de la place. Quant au dénouement, que nous ne vous dévoilerons pas, il a l’intelligence de nous surprendre.

Le film laisse aussi la place aux témoignages des vrais acteurs du drame ; au-delà des scènes écrites, les comédiens improvisaient au jour le jour avec les journalistes, les réfugiés, et les civils victimes du déluge des bombes qui ont accepté de participer au projet [5]. Ce film est donc plus qu’un témoignage, il exprime la tragédie humaine et le désarroi des Libanais qui n’ont connu que des guerres. « Le message du film est humain, ce n’est pas un film politique. » affirme l’actrice Nada Abou Farhat.

Pour Philippe Aractingi, « Cette aventure a été ma façon de faire front, de soulager ma colère. Même si un film n’a jamais changé le cours de l’Histoire, même si j’ai parfois l’impression d’être comme un enfant qui s’obstine à construire un château de sable face à la marée montante, en le rebâtissant encore et encore, je forgeais l’espoir absurde de le voir résister aux vagues. »

Sous les bombes – 2007, 1h38 – un film franco-libanais de Philippe Aractingi avec Nada Abou Farhat et George Khabbaz.

Le film a reçu de nombreux Prix dont : Prix ARCA CINEMA GIOVANI et Prix l’EEIUC Human Rights Film Award à la Mostra de Venise 2007, le Prix Coup de coeur du jury, Prix du Public La Dépêche du Midi, Prix de la Musique Originale - Festival de Luchon 2008, le Prix Junior au Festival International du Film de Namur 2007, et séléctionné à au Festival de Sundance en 2007.


Voir en ligne : Le site officiel du film

Notes

[1] Du 12 juillet au 14 août 2006, le Liban subit 33 jours de bombardements à la suite de conflits entre le Hezbollah et Israël

[2] Région frontalière avec Israël, longtemps abandonnée par les politiques, où vivent côte à côte chrétiens et chiites

[3] A l’image de Rosselini qui, en 1947, tournait Allemagne année zéro, sur les victimes de la seconde guerre mondiale

[4] Le Liban est une terre multiconfessionnelle où existent 18 communautés religieuses : 11 chrétiennes, 6 musulmanes (sunnites, chiites) et 1 israélite

[5] Un tiers des civils tués par les bombardements sont des enfants


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