Les Citronniers, Un verger entre deux femmes - La Révolution en Charentaises

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Les Citronniers, Un verger entre deux femmes

mercredi 1er décembre 2010, par Camille D. / 16945 visites

Le cinéaste israélien Eran Riklis, déjà auteur du très remarqué La Fiancée syrienne, signe un nouveau film au goût doux-amer. Il est question du conflit qui déchire les peuples à la frontière israélo-palestienne. Il est surtout question d’une rencontre entre deux femmes voisines et pourtant isolées, l’une est propriétaire d’un verger de citronniers, l’autre est l’épouse d’un ministre israélien.

C’est l’histoire d’une injustice, ou plutôt l’histoire d’une femme qui lutte pour la justice. Cette femme c’est Salma, veuve palestinienne qui a hérité de son père d’une plantation de citronniers. Elle vit en Cisjordanie, sur la ligne verte qui sépare Israël des Territoires occupés. Mais voilà que s’installe, dans la maison israélienne voisine, le nouveau ministre de la Défense, qui ordonne rapidement l’arrachage des arbres sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher. Sa femme, Mira, va peu à peu s’intéresser puis s’indigner du sort de Salma, qui de son côté, saisit la justice israélienne plutôt que de se considérer en martyr.

Les citronniers « J’ai décidé de réaliser à nouveau un film en poursuivant ma réflexion personnelle sur la folie qui règne au Moyen-Orient. […] Les Citronniers n’est pas un film politique, il y est juste question de gens qui se trouvent aux prises d’une situation inextricable. » commente le réalisateur, qui après La Fiancée syrienne (2004) voulait offrir à la comédienne Hiam Abbas (Salma), un rôle à sa mesure. De son côté, elle témoigne, « Politiquement, Eran est motivé par des choses dont il a envie de parler et il n’a pas cette peur de juger l’autre. De ce point de vue on sent qu’il donne l’espace à ses personnages d’exister. [Et] du moment où le rôle défend l’humain, c’est là où je me trouve. »

Ainsi né un film sans manichéisme, où des femmes (et des hommes) profondément seules, se retrouvent contraintes de faire des choix. Leur quotidien devient alors leur politique, mu par une formidable volonté de faire avancer les choses. En cela le message du film est positif, le partage humain de ces histoires individuelles, si banales, si réalistes et si touchantes prend soudain toute la mesure d’une réalité que l’on connaît trop bien. Interprétée par des comédiens Israéliens, Palestiniens israéliens ou Palestiniens, cette histoire dénonce bien plus les conflits sociaux que politiques.

Salma, aidée de son avocat, Ziad, ira jusqu’à la Cour Suprême pour tenter d’obtenir réparation. Quant à Mira, elle sortira peu à peu de sa bulle pour prendre part à la vie politique de son pays. Au terme de cette histoire rien n’est réglé et surtout pas les conflits qui opposent ces peuples depuis 3000 ans, mais chaque personnage a évolué vers une prise de conscience individuelle et surtout impliquée, gommant peu à peu l’écart entre sa situation personnelle et sa vie publique.

D’après le cinéaste Eran Riklis, « Les Citronniers n’est donc pas que l’histoire simple de gens qui se retrouvent opposés les uns aux autres. Mais les simples espérances représentent un grand pas en avant, comme on l’a souvent constaté dans de nombreux endroits du monde et à travers la tension qui règne dans cette région en particulier. »

Les citronniers (Etz limon) – 2007, 1h46, France/Allemagne/Israël – Un film d’Eran Riklis avec Hiam Abbas, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael, Doron Tavory. Prix du Public, section Panorama, au 58ème festival de Berlin.



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