Livret A - La Révolution en Charentaises

Livret A

samedi 4 octobre 2008, par Montag / 11191 visites

Ce compte est le chouchou de l’épargne : pénard car avec un taux garanti et relativement sécurisé des fluctuations financières, mais c’est aussi l’emblême du placement pépère, avec une rémunération inférieure à 4.5 % depuis 1986, qui fut même rabaissée à 2.25 % en 1999 ...

Beaucoup moins funky donc que le système boursier boosté à partir des années 70 - en France notamment dans les années 80, à l’image des Etats-Unis et du Royaume Uni - par la doxa libérale visant à s’affranchir de "la rigidité et du cloisonnement" d’un système de financement piloté depuis l’après guerre par l’Etat, afin de "libérer l’ innovation économique" des grandes entreprises, en leur permettant de se capitaliser.

Alors le Livret A ou le trio traders/banquiers/politiques ?

Il serait facile de se baser sur la seule actualité pour désigner le perdant : sur l’échelle du flip planétaire, entre le tranquil/pénard/accoudé au flipper et le joujou qui fait Krach boum hue , on sait qui fait le highscore.

Sans parler des autres effets insidieux connus (l’obscession de la rentabilité qui déconnecte la sphère financière des besoins économiques, la réduction de l’emploi à une simple variable d’ajustement, la montée de la désespérance sociale quand son sort se joue à des milliers de kilomètres de soi ...), qu’induit la spéculation incontrôlée.

Pour laisser au système boursier une chance de prouver ses vertues, au moins dans le domaine du rendement où il est censé exceller, deux chercheurs [1] ont établi son bilan sur la période allant de 1921 à 1996 [2], qui a fait apparaître un rendement annuel moyen de 1.5 %. (avec 0.75% pour la France et 4.32 % pour les Etats-Unis) !

Pas si mal le taux du livret A, qui est donc une épargne à regarder d’un autre oeil !

Et ce à double titre puisqu’avec l’approbation cet été de la loi de Modernisation Economique, toutes les banques vont pouvoir le proposer, et utiliser 30% de cette épargne vers leurs propres placements. Autant de financement soustrait au logement social qui percevait depuis 150 ans l’intégralité des fonds épargnés, permettant la construction de 80 % des logements sociaux [3], qui devra alors être emprunté à un taux plus élevé.

Et dès cette année le "surplus" de cette épargne -l’émotion suscitée par les tentes Quechua au bord du canal Saint Martin aura fait déborder plus de larmes et de déclarations d’intentions que de projets sociaux-dégagé par notre "pépéritude" servira donc d’assurance tout risque au libéralisme financier !

And the winner is ... pas nous !

Notes

[1] Philippe Jorion et William N. Goetzmann, A Century of Global Markets, 1996 .

[2] qui n’ intégre donc ni l’éclatement de la "Net Economie" de 2002, ni le Krach de cette année.

[3] via la Caisse des Dépôts qui les centralisait avec pour mission de les sécuriser, et les orienter prioritairement vers le financement de prêts à la construction de logements sociaux. .


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