Notes d'espoir - La Révolution en Charentaises

Notes d’espoir

jeudi 9 octobre 2008, par Onno Maxada / 14063 visites

Quel est le rapport entre une saucisse, les néonazis autrichiens, les bourgeoises aux hormones de la Commission Européenne et la révolution mondiale ? Réponse en deux cartes postales.

Carte postale n°1 : L’Internationale viennoise

D’habitude, quand je pense à eux, j’ai envie de vomir et quand je les vois, c’est pire : je rêve de leur mettre la tête au fond d’un mur. Pourtant, ce jour là – peut-être à cause du soleil ou de la perspective d’une aventure exaltante quelques heures plus tard – je décidai de déguster une bradwurst [1] et une bière en terrasse pour les observer tranquillement.

C’était un samedi, sur la place d’un marché viennois dont j’ai oublié le nom. Entre les baraques à saucisses et les marchands de fruits et légumes, les néo-nazis avaient installé deux stands. Des jeunes grassouillets aux visages de poupons mal finis distribuaient des ballons et des tracts aux chalants. Visiblement, leur présence n’émouvait pas les Viennois du quartier et c’est le plus naturellement du monde que de jeunes mères avec enfant(s) venaient chercher des ballons aux couleurs du parti.

En voyant un petit groupe de hardos s’approcher des stands, j’ai repris une gorgée de bière et retenu mon souffle : ça allait peut-être chauffer pour les fachos. Hélas, les hardos étaient du type polis et à en juger par la façon dont ils demandaient des tracts, ils devaient avoir les idées aussi puantes que leur haleine un lendemain de biture.

Écœuré, j’ai donné le coup de grâce à ma saucisse et sombré dans des réflexions sur l’absurdité du spectacle auquel j’étais en train d’assister. Je regardai en face la bête immonde qui serait prête à ravager à nouveau l’Europe à la première occasion : elle avait le visage de ces adolescents attardés, à l’allure porcine et au regard aussi bête que méchant. Les jeunesses hitlériennes devaient être pleines de crétins du même tonneau.

Alors que je m’apprêtai à quitter les lieux, résigné à broyer du noir à défaut de casser du brun, j’entendis un sifflement qui me toucha droit au cœur. Quelque part sur le marché, un camarade dont je ne connaitrais jamais le visage s’était mis à siffler l’Internationale. A lui seul, il faisait souffler sur la place du marché l’esprit de résistance et c’est le moral remonté à bloc que je me mis à l’accompagner, faisait sonnant chaque note comme un avertissement. Ce petit acte de défis, c’était peu de chose et pourtant, je suis prêt à parier qu’il a redonné du baume au coeur à tous les antifascistes, les arabes et les noirs présents sur le marché ce jour là. Un grand merci au siffleur anonyme !

Carte postale n°2 : Les partisans italiens enflamment la Commission Européenne à Bruxelles

Benito Mussolini & Silvio Berlusconi C’était ma première soirée avec les eurocrates et aspirants eurocrates de la Commission Européenne. Pour un coup d’essai, c’était un coup de maître : j’en enchainais deux dans la même nuit !

La première se déroulait chez une connaissance d’un ami Bruxellois d’adoption et malgré l’ambiance festive, la musique et un choix de bouteilles impressionnant, je réalisai très vite que j’étais en milieu hostile.

Au bout de quelques minutes à peine, on m’identifia comme l’une des rares personnes présentes ne travaillant pas à la Commission. L’Irlande venait juste de se prononcer contre le nouveau traité européen et c’est le plus naturellement du monde qu’une blondinette UMP de bonne famille me demanda mon opinion sur ce thème.

L’occasion était trop belle et c’est avec la plus grande délectation que je lui composai une réponse pleine d’ironie provocatrice justifiant le « non » irlandais et fustigeant une Europe qui non contente de se construire sans les citoyens, s’édifiait contre eux. Inutile de dire que cette saillie et les échanges qui ont suivi ne m’ont pas rendu très populaire. Ils m’ont même valu d’être traité de « communiste », ce qui m’a fait particulièrement plaisir compte tenu du contexte. Une autre chose qui m’a réjoui, c’est le soutien de mon ami qui était lui aussi d’humeur à remettre ses collègues néolibéraux à leur place.

Au bout d’une heure et demi environ, nous avons quitté tous ces expatriés de la Commission pour aller en retrouver d’autres, réunis dans le Palais de l’Automobile où se déroulait une soirée géante placée sous le signe de l’Italie [2]. Ceux qui ont déjà eu l’occasion de se rendre dans une soirée de grande école pourront sans peine s’imaginer l’ambiance : musique assourdissante, corps ondulants au rythme des basses et niveaux d’hormones à faire exploser les compteurs. Ça sentait la sueur, l’alcool et le sexe des bourgeoises. La seule différence, c’était la moyenne d’âge un peu plus élevée des participants.

Dans une des salles, un groupe de musique pop italien chantait des tubes en anglais. Le tout était parfaitement apolitique et semblait taillé sur mesure pour un public de yupis gratte-papiers. Je désespérai définitivement d’une Commission Européenne au sein de laquelle même les jeunes sont des vieux. Une fois le dernier morceau terminé, le chanteur du groupe commença à s’exciter. En italien, il invita le public à monter sur la scène pour chanter avec lui un morceau dédicacé à Berlusconi. Un ange passa dans la salle. Le concert prenait tout à coup un tour imprévu.

Il fallu peu de temps pour comprendre si le morceau était pour ou contre Berlusconi. Les amplis se mirent à cracher Bella Ciao à plein volume et la scène se remplit progressivement d’Italiens et d’antifascistes de toutes nationalités reprenant à l’unisson l’emblématique morceau des partisans. Une partie du public se mit à sauter en scandant « Va te faire foutre Berlusconi ! » alors que l’autre quittait la salle. Le groupe chanta la chanson plusieurs fois en boucle dans une atmosphère survoltée et je me dis que finalement, la Commission Européenne n’était peut-être pas totalement irrécupérable.

Éloge de la musique rebelle

Au final, la principale protagoniste de ces deux anecdotes de voyage, c’est une petite musique rebelle qui se joue des frontières et des barrières de langage. A travers le monde, elle saute de bouche en bouche et de jour comme de nuit, elle se cale sur des rythmes changeants et s’adapte à la diversité infinie des voix et des instruments. Mais quelle que soit la langue, quel que soit le lieu, elle emporte dans son souffle la même espérance rebelle et forme le ciment d’une communauté d’individus en lutte pour un monde meilleur.

Notes

[1] Saucisse locale

[2] Soirée organisée par les stagiaires italiens de la Commission


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