C’Est dur d’être aimé par des cons, Le procès de Charlie Hebdo - La Révolution en Charentaises

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C’Est dur d’être aimé par des cons, Le procès de Charlie Hebdo

dimanche 26 octobre 2008, par Camille D., Marvin Flynn / 14842 visites

Souvenez-vous, en février 2006, Charlie Hebdo publiait les douze caricatures polémiques du prophète, avec en couverture ce dessin de Cabu, Mahomet débordé par les intégristes : « C’est dur d’être aimé par des cons ». En février 2007, le Conseil Français du Culte Musulman décidait d’engager une action en justice contre le journal. Le film de Daniel Leconte revient sur les instants de ce procès qui a tant fait parler de lui et de notre chère liberté d’expression.

Daniel Leconte ne s’en cache pas, il a toujours soutenu Philippe Val et son journal, pour avoir publié les douze caricatures, comme en témoigne le texte qu’il a rédigé pour Libé, intitulé « Merci Charlie ». Et lorsque que Philippe Val le contacte pour lui demander de témoigner au procès, il lui propose plutôt de réaliser un film, et de le soumettre aux chaînes de télévision françaises, qui, finalement se désisteront toutes. Et nous voilà au cœur du problème de société que soulève ce film : la liberté de la presse est-elle menacée ? Oui, sûrement si l’on constate que le limogeage du directeur de l’Express n’a ému personne ; mais tout n’est pas perdu tant que le débat demeure. Et débat il y a eu.

C'est dur d'être aimé par des cons

Le film prend la forme de mini-reportages de la vie pendant le procès ; si toutes les parties sont bien représentées - les interviews sont nombreuses et assez édifiantes il faut le dire -, le parti-pris évident du film ne manque pas de nous faire... rire !? A la REC, oui, car on a pris le parti, nous, d’en rire (et d’en écrire donc). Mais la manière dont les avocats des deux parties, hommes politiques divers et industriels (verreux ?)... placent leurs pions dans le grand jeu de la Justice fait tout de même un peu froid dans le dos.

De nombreuses personnalités se bousculent ainsi pour témoigner leur soutien, à quelques mois des présidentielles, François Hollande et François Bayrou font leur apparition. Nicolas Sarkozy se manifeste lui aussi, quant à Ségolène Royal, elle se fait plus discrète. Mais le débat, c’est la présence d’Elisabeth Badinter, philosophe féministe, qui le créé. En rappelant l’enjeu de cette grande "partie" - défendre la liberté coûte que coûte, ne pas céder à la peur, même si celle-ci est légitime - son témoignage émouvant laisse la partie adverse sans voix. Vient ensuite Mohamed Sifaoui, écrivain musulman, laïc et démocrate, réfugié en France. Il a consacré sa vie et son oeuvre à refuser la compromission avec l’islamisme, il ne craint donc pas d’avoir des propos engagés, et une argumentation qui fait mouche.

Et puis il y a le débat public, celui qui a lieu partout ailleurs que dans la salle d’audience, et notamment dans la salle des pas perdus. Caroline Fourest, journaliste de Charlie Hebdo, y rencontre des citoyens et citoyennes venu(e)s défendre leur opinion. Elle croise aussi Dieudonné qui fait d’avantage preuve d’opportunisme que de réflexion en scandant « Liberté d’expression ! ».

Au final, on le sait, les parties plaignantes ont été déboutées, y compris par la cour d’appel de mars 2008, qui a confirmé le verdict de mars 2007 en déclarant que ce procès avait permis « un débat public d’intérêt général ». L’affaire est grave, elle n’empêche pourtant pas la légèreté qui s’empare du film, à l’image de l’esprit de Charlie Hebdo. En écoutant les avocats des deux parties, on ne peut s’empêcher de sourire, chacun y allant de son bon mot, et de sa repartie. L’humour sans concession pour dénoncer ce que d’autres taisent, est l’arme tout autant que l’âme du journal. On constate par certaines audiences qui ont viré à la franche rigolade, que Charlie Hebdo n’est pas mort et que la presse française ferait bien d’en prendre note.

C’Est dur d’être aimé par des cons – 2008, 1h48 – Documentaire français de Daniel Leconte.



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