Le bon Dieu sans confession : quand la France exporte ses pratiques de torture - La Révolution en Charentaises

Accueil du site > L’écrit du peuple > Le bon Dieu sans confession : quand la France exporte (...)

Le bon Dieu sans confession : quand la France exporte ses pratiques de torture

dimanche 15 novembre 2009, par Olivier Verdun / 23879 visites

« Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu… Être gouverné, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est, sous prétexte d’utilité publique, et au nom de l’intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! » [1]

On a récemment beaucoup parlé de la torture lorsque, le 16 avril dernier, sous l’impulsion de Barack Obama, l’administration américaine a rendu publics les documents relatifs aux exactions commises dans les prisons de la CIA. Les œuvres de Fernando Botero, consacrées aux sévices qui ont été perpétrés par des militaires américains à Abou Ghraib [2], nous rappellent que la barbarie n’est pas l’apanage de hordes islamisées livrant sans merci une guerre contre la civilisation. Il est de notoriété publique que les Etats-Unis, grands donneurs de leçons démocratiques au monde entier et hérauts de la lutte contre le terrorisme, bafouent allègrement les droits de l’homme. En quoi la première puissance mondiale, principale ordonnatrice de l’axe du Bien, a au moins un point commun avec Israël, terre promise à tous les retours du refoulé [3] : l’impunité totale, sanctifiée par le Droit international. La réputation de l’Oncle Sam en matière de cynisme n’est plus à faire tant il a toujours su tremper avec maestria dans les coups les plus tordus, que ce soit, au lendemain de la seconde Guerre mondiale, dans le rôle de protecteur des criminels de guerre nazis ou dans celui, guère plus amène, de fomentateur de coups d’Etat militaires. In God we trust…Il paraît que les choses sont en train de changer avec le providentiel Obama.

Campagne d'Amnesty International contre la torture

Dans le concert des nations, la France semble jouir d’un prestige inégalé. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Son anti-américanisme légendaire [4], certes aujourd’hui bien consommé depuis l’arrivée au pouvoir de qui on sait, son attachement scrupuleux aux libertés démocratiques, son intransigeance face au géant américain lors de la guerre en Irak, sa stature morale, son rayonnement culturel enfin lui valent peu ou prou les faveurs de la communauté internationale. On se gausse de ces cow-boys mal finis qui se croient tout permis et qui ont la gâchette facile. D’un côté donc un modèle de raffinement aussi bien intellectuel que moral. De l’autre, une civilisation où la brutalité est érigée en modèle dominant. Un fil relie néanmoins ces deux mondes d’un bout à l’autre de l’Atlantique : les Etats-Unis d’abord, la France ensuite sont à l’origine des deux premières déclarations des droits de l’homme. Mais ce lien historique entre deux nations si différentes accuse l’éternel hiatus entre les mots et les actes : tandis qu’outre-Atlantique la transgression des principes fondateurs est devenue un sport national, le pays de Voltaire incarnerait la fidélité aux valeurs.

Si l’Amérique ne fait guère, en effet, dans la dentelle, la France a toujours été championne toute catégorie des saintes nitouches. Dans un article du Japan Times en date du 11 mai 2009 [5], Cesar Chelala dresse un bilan très éloquent de la façon dont la patrie des droits de l’homme a mené sa barque durant la guerre d’Algérie. Il n’est pas sûr que les Américains aient à nous envier quoi que ce soit sur le plan de l’honnêteté intellectuelle. Alors que la guerre du Vietnam n’est plus guère un sujet tabou, la France a peiné et peine encore à assumer son passé colonial, voire collaborationniste. Les pays en voie de développement sont régulièrement mis à l’index pour leur violation des droits de l’homme. Les nations dites développées devraient faire l’objet des mêmes récriminations non seulement lorsqu’elles utilisent des procédés similaires mais surtout quand elles exportent ces derniers. L’exemple français est presque un cas d’école. Certes, la politique répressive de la France en Algérie, orchestrée notamment par le lieutenant-colonel Trinquier, bras droit du général Massu et théoricien de la guerre subversive, n’est un secret pour personne ; l’usage massif de la torture, des assassinats contre les opposants est bien connu ; la responsabilité de l’égérie de la gauche caviar [6] dans ces événements sanglants qui flétrissent à jamais notre propension quasi congénitale à juger l’histoire des autres [7] n’est plus à établir.

Notre bonne conscience nationale se retranche toujours derrière l’ordre inéluctable des faits. - On ne savait pas. - C’était une autre époque. - On a collaboré, il est vrai, mais avec l’intention louable d’épargner des vies humaines ; il fallait bien lutter contre le terrorisme, liquider à la hâte le FLN. Cette mentalité de sainte nitouche, doublée d’une mauvaise foi chronique, est une constante de notre histoire. Or nous ne nous sommes pas contentés de collaborer : nous avons anticipé le mouvement de l’histoire sans y être toujours contraints par l’occupant ; après la Libération, nombre de salauds se sont refait tranquillement une vertu dans la haute administration, les pieds bien au chaud, au vu et au su de tout le monde. Quid de nos missions pacificatrices au Tchad, au Rwanda ou, plus loin dans le temps, en Indochine ? Même notre hymne national, dont on entend abreuver les tout-petits dès l’école primaire, n’est rien de moins qu’un chant belliqueux, sanguinaire, voire raciste.

Que les services secrets américains aient été mouillés jusqu’au cou dans des sagas dignes du cinéma hollywoodien [8], nul ne s’en étonne plus. Les frasques de Captain America font partie du décor. Mais que la France ait pu mettre sa longue expérience en matière de répression au service des dictatures les plus féroces, il y a de quoi en rester comme deux ronds de flan. Les Atrides intrigants d’outre-mer, frais émoulus de nos machines à fabriquer la noblesse d’Etat, font pâle figure à côté des barbouzes que les officiers français ont officiellement formés en Argentine dans le but de mater les opposants. Nous ne parlons évidemment pas de l’Argentine actuelle mais de celle qui, dans les années soixante-dix, sous la junte militaire de Jorge Videla, fit quelque trente mille victimes, sans compter les exilés. L’opération Condor, menée de main de maître par les services secrets et les escadrons de la mort (la fameuse triple A, Alianza Anticomunista Argentina ), permit de liquider jusque dans les pays voisins les nombreux réfugiés politiques.

Interrogé par le juge Roger Le Loire [9], le général Paul Aussaresses [10], grand amateur devant l’Eternel de révélations assassines, ne tarit pas d’éloges lorsqu’il s’agit d’évoquer le rôle éminent que ses services ont joué en Argentine dans l’enseignement des techniques de torture les plus en vue, - techniques qu’il a lui-même longuement peaufinées lors de la Bataille d’Alger, avant de devenir marchand d’armes pour Thomson. Aux dires du général Manuel Contreras, directeur de la DINA (Direccion Nacional de Inteligencia), le service de renseignement d’Augusto Pinochet, les officiers chiliens auraient été entraînés au Brésil par Aussaresses. Ce dernier acquit alors une solide réputation en matière de lutte contre les mouvements révolutionnaires dont il fit largement profiter les dictatures sud-américaines. Rien ne se perd, rien ne se crée…

C’est dans le même état d’esprit que récemment encore le très fréquentable général préconisait l’utilisation de la torture dans la lutte contre al-Qaida, l’ennemi public numéro un comme chacun sait. Fort de sa longue expérience en Algérie, flanqué de la Légion d’honneur (aux grands hommes, la patrie reconnaissante…), Aussaresses a su mettre à profit le concept de secret théorisé par Roger Trinquier dans son opus La Guerre moderne, considéré comme un manuel de référence dans la lutte contre-insurrectionnelle. Cette doctrine fort respectable insiste sur la nécessaire observance de la loi du silence concernant la détention et l’élimination des prisonniers politiques dont aucune trace ne doit subsister. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de victimes de ces doctes préconisations dont les corps furent jetés à la mer et retrouvés ensuite sur les plages argentines ou uruguayennes. Une façon tout à fait singulière d’illustrer la chanson de Georges Brassens, « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète ».

Grands seigneurs, nous n’avons bien sûr fait que rendre service au gouvernement argentin comme aime à le répéter, en premier de la classe, Pierre Messmer, chancelier de l’Ordre de la Libération, membre de l’Académie française, ancien ministre du général de Gaulle et de Georges Pompidou : « Argentina wanted the advisers so we gave them what they wanted. Argentina is an independent country and there was no reason for us to deny their request ». [11] Et Pierre Messmer d’enfoncer encore plus le clou en ajoutant que la formation à la répression dispensée par la France ne relevait pas de pratiques isolées mais d’une véritable politique d’Etat.

La morale de cette sordide histoire est que la torture, la répression brutale, l’arbitraire participent des us et coutumes du pouvoir d’Etat, fût-il démocratique, et qu’ils ne sont pas l’apanage de l’axe du Mal selon la formule chère à George W. Bush (Axis of evil). Les brutalités policières et les manquements aux principes fondateurs n’appartiennent pas qu’aux vieilles lunes. La publication récente, par les éditions Zones, du rapport de Victor Serge sur la répression policière au lendemain de la révolution russe [12], a le mérite de rappeler que « fichage, surveillance, filature, écoutes, infiltrations, manipulations et provocations » sont « autant de techniques policières que les régimes de tout poil ont toujours employées contre ceux qui entendaient contester l’ordre établi ».

En 1999, il y a tout juste dix ans, la France fut condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour actes de torture sur la personne d’Ahmed Selmouni lors de sa garde à vue, en 1991, par cinq policiers de Seine Saint Denis, en violation de l’article 3 de la Convention européenne de Protection et de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales qui stipule que « Nul ne pet être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Les policiers incriminés n’ont été inquiétés par la justice que sept ans et demi après les faits. La France est le deuxième Etat, après la Turquie, à avoir été montré du doigt par la Cour européenne pour torture et durées excessives de détention provisoire. Amnesty international vient de publier son rapport annuel qui examine l’évolution des droits de l’homme dans 157 pays de janvier à décembre 2008. L’organisation internationale s’alarme des mauvais traitements infligés par les forces de l’ordre françaises [13], ainsi que de la situation des migrants et des demandeurs d’asile dans les centres de rétention administrative. [14] Amnesty international considère que la loi sur la rétention de sûreté, adoptée par le Parlement en février 2008, « autorise une prolongation indéfinie de la peine de privation de liberté, de l’interdiction de la détention arbitraire et du principe de présomption d’innocence ».

Récemment encore, on se souvient de l’affaire de Tarnac et de la façon dont les forces de l’ordre ont mis en pratique l’arbitraire répressif, prenant prétexte du sabotage de l’alimentation électrique d’une ligne de train. Julien Coupat a passé plusieurs mois en prison, après avoir été mis sous surveillance par la Sous-Direction antiterroriste (SDAT), malgré un dossier à peu près vide. Suspecté de diriger la « mouvance anarcho-autonome », un petit groupe établi à Tarnac et jugé dangereux pour la sûreté de l’Etat, sa bibliothèque d’environ 5000 livres fut passée au crible par les policiers : 27 de ces ouvrages furent considérés comme des preuves que Julien Coupat était un dangereux révolutionnaire, c’est-à-dire terroriste. Comme le souligne Francis Dupuis-Déri, « les policiers jouent sur l’imaginaire social en associant des lectures inquiétantes à des individus suspects [15] », dans un pays qui se pique pourtant de valoriser la culture, l’esprit critique, la liberté d’expression et de création.

Si l’ordre capitaliste fonctionne beaucoup plus à la séduction qu’à la répression, nous nous acheminons vers des formes de violence que les sociétés de contrôle auront de plus en plus de mal à contenir. Le rejet massif, à l’échelle planétaire, de l’ordre dominant va poser de sérieux problèmes aux appareils d’Etat. Les méthodes classiques de répression ne suffiront pas à endiguer la révolte, comme on le voit, aujourd’hui en France, avec la mise en place d’une politique de criminalisation de la contestation. Sous prétexte de défendre l’autorité publique, les poursuites pour délit d’outrage ont presque doublé en dix ans selon l’Observatoire national de la délinquance. Les Etats n’ont pas dit leur dernier mot. Le terrorisme d’Etat [16] a encore de beaux jours devant lui. Il a déjà les coudées franches depuis l’attaque aérienne du 11 septembre 2201 contre les Etats-Unis, même si, comme à l’époque de Victor Serge, « la répression policière d’aujourd’hui est à la fois exagérée, arbitraire mais aussi souvent improvisée, brouillonne, inefficace. [17] » Les universitaires qui étudient la répression policière constatent que, depuis les années 1990, la « militarisation du maintien de l’ordre marque une rupture avec les méthodes précédemment utilisées où nous étions dans une phase de gestion négociée et pacifiée des règles du désordre. [18] » A partir du début des années 1970, la tendance, en effet, était à une pacification relative de la répression, la police privilégiant plutôt un usage préventif, réactif et donc sélectif de la violence.

La thématique du complot, finement décortiquée par Fredric Jameson, est entrée dans les mœurs et servira à justifier tout et n’importe quoi. Au nom de la lutte contre le terrorisme que le prétendu choc des civilisations est supposé engendrer immanquablement, des législations scélérates, attentatoires aux droits de l’homme, vont voir le jour. Le recours aux mesures d’exception [19] risque de devenir monnaie courante, quand ce n’est pas la liberté d’expression qui sera sacrifiée sur l’autel de la raison d’Etat. Si de surcroît les intellectuels se contentent d’être des animaux de compagnie ou des caisses de résonance des pensées molles, la banalisation de l’intolérable finira par laminer la capacité à s’indigner. Comme le rappelle Alain Brossat, « La question, infiniment sérieuse et irrésolue pour le temps présent, est bien celle-ci : que fait-on face à l’intolérable ? » [20]

Plus subtiles et efficaces sont les lieux d’emprise totalitaires où s’entasse régulièrement la meute social-sodomisée : les stades, les écrans géants, les centres commerciaux tentaculaires et, last but not least, l’immense machinerie à usiner les cerveaux que constituent, dans la légitimation de l’idéologie dominante, les médias et leurs relais institutionnels. A cet égard, les analyses visionnaires d’Herbert Marcuse sur l’utilisation de la technologie à des fins de contrôle social n’ont pas pris une ride. Il y a lieu de s’inquiéter, en effet, des prétendues promesses du livre numérique face auxquelles le monde de l’édition et de la culture est en émoi. Derrière ce processus apparemment innocent se profilent des enjeux à la fois culturels, politiques et moraux que pointe avec beaucoup de justesse Rémy Toulouse, directeur des éditions Les Prairies ordinaires. Dans une logique d’accélération des cycles de reproduction du capital, la gouvernementalité néolibérale trouve dans les nouvelles technologies immatérielles un outil idéal qui « promet à la fois de nouvelles perspectives de profit et de nouvelles formes d’assujettissement. [21] » C’est tout notre rapport au texte et à la lecture attentive, critique qui est menacé. La promotion du livre numérique et de ses avatars – e-reader, e-book store, e-library – ne vise rien de moins qu’à « maîtriser les rythmes sociaux liés à l’activité d’apprendre », « discipliner les corps devant leurs écrans », « soumettre les cerveaux “disponibles” aux flux incessants des “contenus” et de l’information. » La dématérialisation des savoirs ressortit ainsi à une logique de production de sujets à intensité faible, façonnés par « l’accélération des rythmes de sollicitation des écrans [22] », dont le sens critique sera nécessairement amoindri. Big brother is watching you. Nous vivons décidément une époque formidable…

Olivier Verdun est professeur de philosophie en France, a publié 2 recueils de poésie dont l’un qui vient juste de sortir (plus d’informations en pièce jointe à cet article). Un 3e ouvrage est également en cours de publication (un essai philosophique sur la domination).


Notes

[1] Pierre-Joseph Proudhon, Idées générales de la Révolution au XIXe siècle, pp 310-311.

[2] Ces œuvres ont été exposées en 2006 à New York et en janvier 2007 à l’université de Berkeley en Californie.

[3] Quand les victimes d’hier deviennent les bourreaux d’aujourd’hui…

[4] Sur cette question de l’anti-américanisme français, on lira avec profit, et avec la distance critique qui s’impose, American vertigo de Bernard-Henri Lévy, Grasset, 2006.

[5] “French role in the export of torture practices”, The Japan Times, 11 May 2009. http://search.japantimes.co.jp/cgi-.... Voir également le livre de Marie-Monique Robin, Les Escadrons de la mort, l’école française (La Découverte, collection « Cahiers libres », 2004), dont elle a aussi fait un film documentaire diffusé la première fois sur Canal+ le 1er septembre 2003.

[6] Rappelons que François Mitterrand, alors Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Pierre Mendès-France, était opposé à l’indépendance de l’Algérie.

[7] Cf. la loi adoptée le 12 octobre 2006 par l’Assemblée nationale punissant d’un an de prison et de 45000 euros d’amende la négation du génocide arménien.

[8] Exemple de l’affaire Irangate qui, dans les années quatre-vingts, a défrayé la chronique.

[9] Roger Le Loire fut en charge, de 1995 à 2001, des poursuites engagées en France contre le général Pinochet, ainsi que de celles diligentées suite à la disparition de seize Français, en Argentine, sous la dictature de Videla.

[10] On se souvient des démêlés avec la justice française du truculent général Aussaresses suite à la publication, en mai 2001, de son ouvrage Services spéciaux, Algérie 1955-1957 : Mon témoignage sur la torture (éditions Perrin), dans lequel l’auteur révèle les exactions commises par la France en Algérie, dans le but, selon lui, de liquider le FLN « aussi vite que possible ». Le 4 mai 2001, Jacques Chirac, alors président de la République, se déclare horrifié par les déclarations du général Aussaresses et demande non seulement que la Légion d’honneur lui soit retirée mais que des sanctions disciplinaires soient engagées à son encontre. Les éditions Plon, propriétaires des éditions Perrin, seront condamnées par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour apologie de crimes de guerre, jusqu’à ce que le 15 janvier 2009 la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour violation de l’article 10 de la Convention européenne relatif à la liberté d’expression.

[11] Cité par Cesar Chelala, in “French role in the export of torture practices”, op. cit. : « L’Argentine voulait des conseillers et nous avons accédé à leur demande. L’Argentine est un pays indépendant et il n’y avait aucune raison de décliner leur requête ».

[12] Victor Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, Zones, Editions de La découverte, Paris, 2009. Ce rapport de Victor Serge, publié pour la première fois en France en 1925, est tiré des archives secrètes de la police politique tsariste et constitue une « sorte de guide pratique des techniques de répression policière ».

[13] Exemple d’Abdelhakim Ajmi, décédé le 9 mai 2008 à Grasseou, dont l’autopsie a révélé qu’il avait succombé à une asphyxie provoquée par les méthodes policières d’immobilisation.

[14] Amnesty international donne l’exemple du centre de rétention de Mayotte.

[15] Francis Dupuis-Déri, « Postface. La répression policière, encore et toujours », in Victor Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, op.cit., p.121.

[16] Le carnage de Gaza, du 27 décembre 2008 au 21 janvier 2009, qui a fait quelque 1330 morts et 5450 blessés du côté palestinien, est un exemple récent d’un acte de terrorisme d’Etat de grande ampleur. « Gaza, c’est un nouveau plongeon dans la barbarie moderne qui se situe dans la continuité de Dresde, Hiroshima, Sétif, non par le nombre de victimes ou par les moyens utilisés, mais par la volonté délibérée de massacrer des civils » (Michel Warschawski, « Le Moyen-Orient sous les ruines de Gaza », in revue Contretemps, nouvelle série n°2, mai 2009, éditions syllepse, p.64.).

[17] Francis Dupuis-Déri, ibid., p.136.

[18] Nathalie Bayon et Jean-Pierre Masse, « L’altermondialisme au prisme de l’exceptionnalisme : les effets du 11 septembre 2001 sur le mouvement social européen », Cultures et Conflits, octobre 2004.

[19] Exemple, aux Etats-Unis, du patriot act adopté par le Congrès américain le 26 octobre 2001. Sont autorisés perquisitions, arrestations, déportations, mise en quarantaine des suspects, écoutes téléphoniques, contrôles du courrier et des communications par internet, sans que l’autorisation préalable d’un juge soit requise. La France sarkozyste est sur la même voie. A ce sujet, on peut consulter en ligne le dossier consacré aux lois antiterroristes par le groupe juridique des Comités de soutien aux 9 inculpés du 11 novembre.

[20] Alain Brossat, Bouffon Imperator, Politis, Nouvelles Editions Lignes, 2007, p.76.

[21] Rémy Toulouse, « Tout ce qui est solide se dissout dans le numérique. La lecture attentive et critique menacée de marginalisation », Le Monde, n°20145, samedi 31 octobre 2009, p.19.

[22] Ibid.


Partager