Wolfgang Master met le feu dans les églises - La Révolution en Charentaises

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Wolfgang Master met le feu dans les églises

samedi 16 janvier 2010, par Onno Maxada / 10631 visites

Cette fois c’est décidé, si Wolfgang Master va à l’église, c’est pour y mettre le feu. Son lourd manteau d’hiver à la main, il appuie sur l’interrupteur et plonge le salon dans une soudaine obscurité. Machinalement, son regard se pose sur la fenêtre de l’appartement d’en face. Il s’en échappe par intermittence une clarté multicolore qui contraste avec la lueur cathodique bleutée à laquelle l’ont habitué ses voisins. Il imagine la crèche au pied du sapin, les guirlandes et les anges en carton trompetant « joyeux Noël » d’une écriture enfantine. L’air résolu et le sourire aux lèvres, il referme la porte derrière lui.

L’église est désormais en vue. Chaque pas lui faisant l’effet d’une nouvelle injection d’adrénaline, c’est dans un état proche de l’euphorie que Wolfgang atteint enfin la sinistre bâtisse. Bien qu’il en ait grande envie, Wolfgang Master résiste à la tentation d’y pénétrer immédiatement. Des années de pratique de l’art de jouir - dans tous les domaines - lui ont appris tout l’intérêt de faire croître le désir, de le faire gonfler à l’extrême, jusqu’à l’explosion. Wolfgang s’appuie donc contre un réverbère et, les mains calés bien au fond de ses poches, il observe l’église en ouvrant grand les portes à ses réflexions.

Wolfgang met plus souvent les pieds dans les églises qu’il ne voudrait : amis et famille s’évertuent depuis des années à le trainer de mariages en baptêmes… jusqu’à la nausée. A bien y réfléchir, il n’a rien contre les monuments en eux-mêmes. C’est même avec plaisir qu’il va en visiter pendant ses vacances, par intérêt culturel. Ce qui l’horripile, c’est ce qui se passe dans les églises, à commencer par les propos tenus par les curés et la dévotion dont font preuve leurs ouailles.

Pour le croyant, dans une église, tout n’est que symbole. Pour Wolfgang aussi. Dans ce même lieu, les symboles de mort des catholiques et ceux de Wolfgang se font écho. Morts les martyrs de l’Église comme les suppliciés de l’Inquisition. Mort le Christ crucifié comme les « infidèles » empalés par le très catholique Vlad Ţepeş [1] et les victimes des croisés. Mort l’amour s’il n’est du divin, morts le sexe, la gourmandise, les plaisirs… Et surtout, pendant des siècles, morte l’intelligence sacrifiée dès le plus jeune âge sur l’autel de la foi. Là où trône le livre des chrétiens, Wolfgang voit les fantômes des innombrables ouvrages partis en fumée pour que la Bible règne sans partage sur les esprits.

Les catholiques ne bruleront jamais assez d’encens pour recouvrir l’odeur de chair calcinée des buchers allumés au nom de leur dieu. Et les murs de leurs églises ne seront jamais assez épais pour étouffer les cris de souffrance de leurs victimes.

Wolfgang est prêt à rentrer.

Ce soir, il va casser du symbole. Il se voit déjà exciter la foule en délire depuis la chaire du curé, se griser de vins fins sous le regards des saints, défendre un athéisme radical accoudé au bénitier, flirter dans les confessionnaux et surtout, mettre le feu à la piste de danse... en l’occurrence la nef. Wolfgang Master est heureux d’être à Gand, une ville où les églises peuvent devenir de parfaits écrins pour des fêtes d’une décadence jubilatoire. Il se plaît déjà à rêver d’une soirée du même type dans une mosquée ou une synagogue…

Quelques adresses sympathiques :

Pour se mettre une mine (classe) dans une église, je recommande :
- Le bar à vins du Kruisherenhotel à Maastricht
- Le bar très tendance ’Pitcher and piano’ à Nottingham

Pour mettre le feu comme Wolfgang :
- Le Club Paradiso à Amsterdam
- J’essaye de retrouver le nom de l’église à Gand

Pour poursuivre la réflexion sur la Révolution en Charentaises, voir les autres articles disponibles dans la rubrique "Athéisme"


Notes

[1] Le comte Dracula de Bram Stoker


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