L’expérience de Asch - La Révolution en Charentaises

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L’expérience de Asch

mercredi 27 janvier 2010, par Onno Maxada / 21695 visites

De la tendance au conformisme et de l’intérêt des minorités dissidentes.

Ce qu’on appelle communément l’expérience de Asch, du nom du psychologue Solomon E. Asch (1907-1996), consiste en une série d’expériences menées dans les années 50 visant à mesurer la capacité des individus à se conformer ou non à l’opinion d’un groupe. En dépit de résultats inquiétants, l’expérience met en valeur le rôle essentiel que peuvent jouer les minorités dissidentes et peut donc être interprétée comme un encouragement pour tous ceux qui s’interrogent sur l’intérêt de lutter seuls contre une majorité de moutons de Panurge.

L’expérience

L’expérience sous sa forme la plus connue se déroule de la manière suivante. Tout d’abord, une annonce est passée pour inviter des étudiants de 17 à 25 ans à participer à un prétendu test de vision. Lorsqu’un volontaire (le « sujet ») se présente , on l’amène dans une pièce dans laquelle se trouvent neuf chaises côte à côte. On demande alors au sujet de s’assoir sur l’avant-dernier siège. Les huit autres participants arrivent progressivement et prennent place sur les chaises restantes. Il s’agit de complices de l’expérimentateur, mais le sujet ne le sait pas.

Une fois tout le monde installé, l’expérimentateur montre simultanément deux affiches. Sur la première, on peut voir une ligne et sur la seconde 3 lignes de taille différente (voir illustration). L’expérimentateur demande alors aux participants d’indiquer tour à tour laquelle des trois lignes de la deuxième affiche correspond à la ligne figurant sur la première affiche. Ce sont les participants situés à l’opposé du sujet qui donnent leurs réponses les premiers, à haute voix.

Dans un premier temps, les participants donnent les bonnes réponses mais ils se mettent très rapidement à commettre systématiquement des erreurs. Par exemple, si la première affiche montre une ligne de taille moyenne et la seconde affiche trois lignes de taille petite, moyenne et grande, tous les participants complices de l’expérimentateur vont répondre que c’est la grande ligne de la deuxième affiche qui est de la même taille que la ligne moyenne de la première affiche.

L’objectif de l’expérience est évidemment d’observer comment le sujet réagit à la pression d’un groupe manifestement dans l’erreur.

Résultats

Les résultats font froid dans le dos. Pas moins d’un sujet sur trois se rallie à l’opinion du groupe et soutient donc une position contraire à l’évidence pour une grande proportion de questions. Quant à la part de sujets ayant donné au moins une fois une mauvaise réponse, elle atteint 75% ! Afin de vérifier l’influence de la pression du groupe sur la qualité des réponses, on a montré les mêmes affiches à un autre groupe dans lequel l’expérimentateur n’avait aucun complice : seul un sujet sur 35 a donné une réponse incorrecte. En d’autres termes, c’est bien la pression du groupe qui explique le haut pourcentage de mauvaises réponses.

Pourtant, lorsque l‘on demande aux sujets d’expliquer les fautes, ils les attribuent à des erreurs de jugement et des problèmes de vue, refusant donc de reconnaître qu’ils se sont pliés à la pression du groupe.

L’expérience a été menée avec toutes sortes de variantes pour aller plus loin dans la compréhension de ce qu’il faut bien appeler une tendance au conformisme. Ces variantes ont par exemple permis de déterminer qu’à partir de trois complices donnant une réponse erronée, le sujet à tendance à se rallier au point de vue du groupe.

Une autre variante met en évidence un élément encore plus intéressant. En effet, si les complices de l’expérimentateur ne donnent pas tous la même réponse, le sujet est beaucoup plus susceptible de résister à la pression du groupe. Il suffit qu’un seul des complices exprime une opinion dissidente pour que le sujet ose donner une réponse différente de celle de la majorité.

Interprétations possibles

Il est facile de railler l’esprit de troupeau mis en évidence par l’expérience de Asch. Pour ma part, je m’en garde bien. Comme pour l’expérience de Milgram, il est plus facile de s’imaginer en résistant qu’en collaborateur et pourtant… seul le fait de vivre ce type de situation permet de remplacer les spéculations par des certitudes.

L’expérience de Asch apporte à mon sens au moins deux contributions majeures. Tout d’abord, elle nous incite à nous méfier de nous-mêmes à une époque où les politiciens de métier, les sociétés de relations publiques et les départements marketing des entreprises du monde entier exploitent à plein la tendance au conformisme mise en évidence par Asch.

Ensuite, elle montre l’importance fondamentale de l’existence de voix dissonantes. Ce sont elles qui rendent possible une émancipation par rapport au groupe en redonnant au sujet la force d’oser penser par lui-même. Alors que le gouvernement et ses amis du Big Business s’efforcent de mettre les médias au pas et s’évertuent à marginaliser les résistances, ne nous laissons jamais museler !

Pour en savoir plus :

Studies on independance and conformity : a minority of one against an unanimous majority, Asch Solomon Psychological Monographs, 1956, 70, 416.



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