Agora - La Révolution en Charentaises

Agora

mercredi 20 janvier 2010, par Onno Maxada / 13945 visites

La liberté de penser du philosophe s’arrête là où commence l’amour du prochain des chrétiens.

Avec Agora, Alejandro Amenabar nous offre un péplum grandiose à la gloire d’Hypatie d’Alexandrie, femme philosophe, mathématicienne et astronome brisée par la montée en puissance du christianisme. Agora est un éloge de la raison aussi émouvant qu’atemporel, un avertissement contre les fanatismes de tous types et un grand moment de cinéma.

L’intrigue – basée sur des faits réels – se déroule à Alexandrie à la charnière entre le IVème et le Vème siècle. La ville est alors sous domination romaine et constitue l’un des plus grands foyers culturels de la Méditerranée, notamment du fait de sa bibliothèque et de son académie, où enseigne Hypatie. Païens, juifs et chrétiens se côtoient. Les premiers tiennent encore les rênes du pouvoir mais depuis la conversion de l’Empereur Constatin au Christianisme (en 337) se met progressivement en place ce que l’historien (catholique) Henri-Irénée Marrou appellera « l’Etat totalitaire chrétien ». Les faits relatés dans le film se déroulent au moment où le rapport des forces entre les différentes religions bascule.

Agora repose sur trois intrigues (sentimentale, religieuse, astronomique) qui s’entrecroisent pour le plus grand plaisir du spectateur. Si l’ensemble fonctionne, c’est aussi grâce aux différents personnages mis en scène, tous incarnés par d’excellents acteurs. On ne sort pas indemne de la rencontre avec Hypatie, cette femme qui se crée une place d’exception dans un monde profondément misogyne en s’appuyant sur la puissance de son intellect et son courage mais au prix de sa vie sentimentale... puis de sa vie tout court.

Tous les autres personnages gravitent autour de l’astronome, oscillant entre ombre et lumière : Davus, l’esclave affranchi par Hypatie devenu soldat de Dieu dans l’espoir de renverser un système qui l’opprime. Oreste, le Préfet romain converti au christianisme par opportunisme qui creuse sa propre tombe en donnant toujours plus de gages à ses coreligionnaires dans le vain espoir de contenter un jour les fous de Dieu. Cyrille, l’évêque d’Alexandrie (le futur Saint Cyrille) prêt à tous les bains de sang pour assurer la suprématie de son Eglise. Si Davus et Oreste sont tous deux épris d’Hypatie, Cyrille sait qu’il doit la supprimer pour gagner la partie.

Même en connaissant par avance le destin d’Hypatie et bien que le réalisateur l’ait très sensiblement adouci, on sort du cinéma avec une mélancolie dont on a du mal à se débarrasser. On pense aux millions de vie gâchées par des siècles d’obscurantisme religieux, aux centaines de milliers d’ouvrages brulés de la bibliothèque d’Alexandrie et surtout à la facilité déconcertante avec laquelle le quidam peut se transformer en bourreau sanguinaire pourvu qu’il soit passé par un bon « conditionnement psychologique ». On y pense et on se dit que tout cela est encore d’une effroyable actualité.

Et puis, on finit par se dire que nous, nous sommes encore vivants et que si nous voulons continuer à profiter de la vie, nous ferions bien de ne rien lâcher face aux fanatismes et aux superstitions.

Agora, Alejandro Amenabar, 2009.

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