Arrêtez les frais ! - La Révolution en Charentaises

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Arrêtez les frais !

lundi 4 avril 2011, par Marvin Flynn / 15759 visites

Ce soir, en rentrant du boulot, je trouve sous mon paillasson une lettre de ma banque aux couleurs révolutionnaires. Objet : Information préalable au Rejet de chèque(s).

La Banque ou la VieImaginez une seconde ma stupeur en ouvrant ce courrier : "Objet : le solde de votre compte ne permet plus d’honorer le(s) chèque(s) présenté(s) au paiement".

Mettant un point d’honneur à ne pas céder plus de frais que nécessaire à mon banquier, un affreux doute me serre les entrailles. Heureusement, j’ai une petite idée de – l’unique – coupable : une prestation d’une soixantaine d’euros réglée dans un institut qui n’accepte que les paiements par chèque, pour "motiver les filles qui touchent une participation sur chaque prestation effectuée" [1]. Outre que je n’ai absolument pas compris en quoi le fait de régler en carte ne permettait pas d’offrir une participation aux employé(e)s, outre la détestable démarche libérale qui implique que les absents n’ont pas droit aux primes (sur lesquelles on ne paie pas non plus de charges sociales), cette boîte se permet d’être discourtoise au point d’encaisser – en fin de mois – un chèque émis longtemps avant (5 mois pour être précis, j’imagine que pendant ce temps, la fille n’a pas touché sa prime), sans même passer un petit coup de fil à l’émetteur du chèque pour lui dire que celui-ci avait été oublié au fond d’un tiroir et qu’il allait maintenant être débité...

Je n’ai qu’à faire mes comptes, me direz-vous. Soit.

Pris en flagrant délit de ne pas les avoir faits, la lettre m’informe donc qu’"à défaut [2], conformément aux dispositions de l’article L 131-73 du code monétaire et financier, nous vous informons que nous serons contraints de rejeter ce(s) chèque(s) pour défaut de provision suffisante."

Bon. Soit itou : je n’ai pas de sous sur mon compte, un "gros" chèque de 60 euros se présente au comptoir et dit "Salut, je viens me faire débiter", forcément, ils refusent. C’est de bonne guerre, je me dis. Mais je me dis aussi que ça va me coûter un max cette histoire : 50 euros de frais pour un chèque refusé de 60 euros... [3] Je déglutis péniblement.

Mais c’est la lecture du paragraphe suivant qui me laisse sans voix. Non seulement ils comptent rejeter ce chèque, mais en sus, ils m’informent que "la mise en œuvre de cette mesure qui s’impose à notre établissement entraînera votre interdiction bancaire". Glip.

Interdiction bancaire.

INTERDIT BANCAIRE !

Plus de chèques, plus de carte, plus de virements émis ou reçus, plus d’emprunts. Plus rien n’ayant un rapport de prêt ou de loin avec une banque. Finalement, ça serait presque tentant. Mais la galère des "sans-compte" est plus grande qu’on ne peut l’imaginer ; c’est comme lors des coupures d’eau : on se rend compte, tout à coup, que l’on ouvrait le robinet vingt fois par jour.

Chèque refusé, interdiction bancaire, un chèque de 60 euros émis il y a 5 mois ; je m’apprête à négocier âprement mon cas, au téléphone...

Bien évidemment, je suis rassuré de savoir que je dispose de tous les moyens possibles pour régler cette question rapidement : téléphone fixe, portable et email, tous connus de ma banque. J’empoigne donc la lettre, le combiné à la main, et cherche des yeux un numéro à appeler, puisqu’il me faut "régulariser sans délai cette situation". Mais la lettre ne comporte aucune référence, à part le nom de l’agence qui émet le courrier. Pas d’adresse postale, pas de nom de contact, pas de téléphone ni d’email, personne à contacter. J’étais stupéfait de constater que, sur tous les relevés de comptes, figurent l’ensemble des coordonnées permettant de gérer seul et de manière automatique ses revenus, de se connecter à sa banque en ligne, d’accéder à l’audiotel, et j’en passe... et que sur une simple lettre où ces informations auraient pris tout leur sens, elles en soient absentes. J’imagine que la loi n’oblige pas les banques à indiquer un moyen de les contacter sur ce type de courrier. Elle devrait peut-être.

Toujours est-il que je finis par dégoter le numéro d’appel de la banque, et je compose le numéro en 08 quelque chose. Bien évidemment, le numéro est surtaxé, impossible de joindre au coût normal d’une communication un conseiller ; il faudra payer le conseil 15 centimes la minute. Pendant l’attente, on me prévient que l’appel sera enregistré, sans me prévenir que j’ai le droit de m’y opposer. On décroche.

Une fois mes nom, prénom, numéro d’abonné et adresse postale déclinés (pour vérification d’identité, c’est d’une fiabilité à toute épreuve), j’explique enfin que j’ai reçu cette lettre et que je voudrais en savoir un peu plus. Hochement de tête au bout du fil, l’employée me répond qu’effectivement, un chèque est bien arrivé hier pour être débité, et qu’il avait été mis de côté, "la décision [d’accepter d’encaisser ou non le chèque] devant être prise le lendemain". Comme mon salaire m’avait été versé aujourd’hui, le chèque était passé sans problème. Mais si mon salaire avait été versé une journée plus tard, me serais-je retrouvé interdit bancaire pendant 10 ans ? Je n’ai pas osé poser la question...

Et, surtout, la lettre était partie automatiquement.

Automatiquement partie. Une lettre envoyée à mon domicile, fin août, en pleine période de retour de congés, sans un coup de fil, ni message sur le répondeur, sans un email et même pas en recommandé. Un simple courrier postal, tout bête, pour prévenir d’un problème à régler urgemment, sans délai. Automatiquement partie, la lettre qui m’annonce de but en blanc que je risque de devoir me marginaliser pendant plusieurs années, automatiquement partie, la lettre qui m’informe du montant exorbitant des "frais de rejet" et des "pénalités libératoires", sans même comporter la signature en P/O du Directeur d’Agence, qui pourtant met son titre en bas de la page.

Personne n’a lu cette lettre avant de me l’envoyer.

A quelque chose malheur est bon : je me demandais un peu ce qu’il en était de ce chèque, je suis rassuré maintenant. Je ne serais de toute façon pas retourné voir le Gérant Capitaliste pour lui dire qu’il faisait ses comptes comme ses pieds. Et comme je l’ai dit à la conseillère, je suis moins content de ma banque, maintenant...

P.-S. Mise à jour du lendemain matin de l’écriture de cet article : contrairement à ce que m’a affirmé (plusieurs fois) la "conseillère" au téléphone, 8,70 euros de frais ont été prélevés sur mon compte courant ce matin : la pitance de la "Commission d’intervention", qui ne lit ni ne signe les courriers au départ... Je finis par laisser tomber.


Notes

[1] dixit le patron de l’air de celui qui a trouvé l’idée du siècle

[2] "de régulariser sans délai cette situation", tout est dans le sans délai. Ndla

[3] avec un plafond journalier de 100 euros maximum, la descente peut être très rapide ; autant faire des gros chèques tout de suite...


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