En finir avec les clips de rap sexistes - La Révolution en Charentaises

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En finir avec les clips de rap sexistes

jeudi 10 février 2011, par Anatole Ibsen / 16853 visites

Il gesticule au centre de l’image, tout en cadence, lunettes noires sur le nez, mains en avant, pleines de gourmettes et de bagues. On hésite un instant entre le clown et le singe, c’est en fait un chanteur.

Mais la scène ne dure pas, comme si ce genre de clips devait répondre au diktat d’un plan par seconde. Scène suivante : zoom sur les fesses rebondies d’une pseudo-danseuse. Après quelques images qui lui frappent l’œil comme un papillon s’autoflagellant sur une lampe halogène, le spectateur comprend aisément la situation : il a envie de la sauter, elle a envie de se faire prendre, mais pour notre plus grand malheur, ce n’est ni du Bollywood mièvre, ni de la chansonnette frivole, mais du rap américain sexiste.

Puisque ces images sont diffusées sur toutes les chaines à heure de grande écoute, sans le moindre avertissement parental, continuons à décrire la sérénade. Habillé en jogging, le chanteur, qui n’a aucun talent puisqu’il ne semble connaître que le rythme binaire et les rimes pauvres (celles à un seul son), éructe devant la caméra et on sent, dans ses yeux qui reflètent principalement la bêtise, que le jeune homme, à l’époque où, boutonneux, il se tenait encore la nouille dans sa chambre d’étudiant (mais le fut-il ?), on sent qu’il en a passé, du temps, devant son miroir, à mimer les chanteurs de rap, uniques références culturelles. Et puis un jour, par un coup du sort, il est passé de l’autre côté. Et dorénavant, il fait comme dans sa chambre : il n’invente rien, mêmes rythmes, mêmes paroles, même ignorance du ridicule (qui ne tue pas, et dans de tels moments, on le regretterait presque). Haussements d’épaule façon Sarkozy sous acide, index et pouces tendus, la chorégraphie est époustouflante : ce qu’ignore ce branleur d’opérette, ce qu’ignore ce petit être qui crie « j’existe ! », c’est que de son petit nombril, justement, tout le monde, sauf peut-être ses congénères, se fiche, et la casquette Kangol qui cache mal un crâne désespérément vide n’y change rien : il a fait une chanson, en commettra peut-être, au dam de nos oreilles sensibles, une autre, puis disparaitra. Rappeurs et Boys Band, même combat.

Tournons-nous vers la fille, deuxième protagoniste, essentielle puisque le rap sexiste, c’est ainsi, ne fait que parler d’amour. Affirmation sans doute précoce si l’on en juge par la tenue de la demoiselle : semelles compensées, jupe ras-le-bonbon comme on disait dans ces années 50 où l’on savait encore manier la grivoiserie autant que l’élégance. Haut qui se réduit à une ficelle, décolleté profond, c’est-à-dire vulgaire. Pas farouche, elle se déhanche outrageusement devant les mains du chanteur, et à la voir ainsi, la qualification est malaisée : danse nuptiale ou racolage ? Là où l’on veut nous faire voir une femme et un homme qui se draguent, on nous montre un mâle dominant en survêt’ et une prostituée tout juste majeure. Joyeuse vision du couple, saine représentation de la femme ! Pur objet, elle n’est là que pour son cul – rebondi, ses lèvres – épaisses, sa bouche – grande, ses yeux – de biche, ses seins – siliconés. Au premier coup d’œil, cette jeune femme noire est belle, mais au second , tout s’effrite, les paillettes de la jupe ne rehaussent rien, elles ne soulignent que l’absence totale de classe et de charme. C’est beau de loin et vide de près. C’est le syndrome Ophélie Winter, qui est vraiment jolie quand elle ne parle pas.

Mais que dire de tout ça ? Non, ce n’est pas, comme on nous le fait abusivement croire, une question de génération, et il faut reconnaître et crier que ce genre de clips, c’est de la merde en barre qui, insidieusement, participent à ce lent processus d’abêtissement général. Oui, ces programmes télévisuels pervertissent durablement les jeunes générations, et il suffit de fréquenter n’importe quel établissement scolaire de banlieue pour s’en rendre compte : Natacha, 13 ans, est habillée comme une pute pour aller à son cours de gym et Samir, un an de plus, déguisé en rappeur, la prend pour une cruche en la draguant en verlan. Drôle d’époque.

On en viendrait presque à rêver, c’est dire, qu’un De Gaulle, comme au temps de La Religieuse, interdise tout bonnement ces inepties télévisuelles. Mais alors, une armée de bienpensants (qui, eux, vont à l’opéra et regardent les films d’Éric Rohmer sur Arte) en appelleraient à la liberté d’expression, et la peur que les cités ne s’embrasent finirait de convaincre les politiques frileux de ne pas mener une censure pourtant légitime. Frédéric Mitterand a remplacé André Malraux, et les clips de rap, eux, continuent de faire des ravages...


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