Cauchemar consumériste ou rêves sans joie - La Révolution en Charentaises

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Cauchemar consumériste ou rêves sans joie

samedi 19 février 2011, par Onno Maxada / 16463 visites

Le bonheur est-il dans la (non-)consommation ?

Dans les villes danoises, la principale artère commerçante s’appelle toujours Strøget, un mot que j’ai décidé de traduire par « avenue des promesses non-tenues ». Que cette traduction fasse hurler n’importe quel linguiste n’a aucune importance : à défaut d’être correcte, elle décrit le réel avec vérité. Au Danemark comme ailleurs.

Multinationales et petits commerçants ont beau tapisser rues et boutiques de publicités glamours promettant jeunesse éternelle et bonheur, on devine sous les dessous chics des modèles photoshopé(e)s une maladie honteuse qui devrait faire rougir le plus dévergondé des (ir)responsables marketing s’il avait le moindre début de commencement d’éthique : c’est dans le malheur et nulle part ailleurs que la société de consommation plonge ses racines. Malheur des producteurs réduits à l’état de machines. Malheur des consommateurs dont les névroses sont savamment entretenues pour écouler les marchandises. Malheur des exclus de la consommation sacrifiés sur l’autel de la course au profit.

Partout où il y a du mal-être, de la violence, de la mort, il y a un marché. Les profits colossaux des entreprises présentes en Irak ou en Afghanistan en témoignent avec éclat. Dans une moindre mesure et plus proche de nous, les efforts de culpabilisation écologique des masses aussi. A l’heure où les gouvernements font tout pour favoriser la production de marchandises au plus bas prix et dans les conditions les plus effroyables, où les dirigeants encouragent les ventes de produits de mauvaise qualité (donc à la durée de vie très brève) à des populations appauvries, où les multinationales lavent les cerveaux au point que des générations d’êtres humains consomment jusqu’à en crever de diabète et de cholestérol… on trouve encore le moyen de faire violence aux populations dominées en les culpabilisant pour des pratiques que le capitalisme ne fait qu’attiser. Puis on transforme naturellement cette culpabilité en un secteur économique florissant sans jamais remettre en cause la logique néolibérale : la recherche du plus grand profit, le plus rapidement possible. Le capitalisme a beau se mettre au vert, il garde le même moteur dégueulasse.

Puisque le consumérisme se nourrit du malheur de l’homme et contribue à l’entretenir, il est logique que, au sein des cercles contestataires, on envisage la suppression de la consommation comme une voie d’accès au bonheur. Chacun à leur manière, partisans de la décroissance, écologistes radicaux, végétariens, croisés des ligues anti-alcool et autres spartiates du XXIème siècle tendent à combattre le consumérisme par une idéologie du dépouillement certes pas toujours exempte de dogmatisme, mais qui a le mérite d’être guidée par une volonté de cohérence entre la pensée et les actes.

Si je respecte ces choix de vie, j’avoue néanmoins mon scepticisme quant à la capacité de l’anti-consommation à ouvrir grandes les portes d’un bonheur défini comme la plus grande jouissance possible pour la plus longue durée possible. D’abord, parce qu’en partant d’une observation empirique totalement subjective (mon expérience personnelle), je constate que les partisans de l’ascétisme sont souvent des gens tristes qui trouvent dans le dégoût une façon de renforcer leur détermination. Je pense par exemple à la relation qu’entretiennent bon nombre de végétariens avec la viande. Cela ne me semble pas une façon d’aborder la vie de façon très joyeuse et l’athée que je suis voudrait qu’on en finisse avec des siècles d’idéologies du dégoût (de soi) et de la culpabilité.

Ensuite, parce que se focaliser sur la non-consommation, c’est finalement donner trop d’importance à la consommation et pas assez au bonheur. En ce qui me concerne, j’ai tendance à penser que si l’on veut être heureux, il faut sérieusement se préoccuper de son plaisir : réfléchir à ce qui le suscite et organiser sa vie de façon à atteindre au quotidien le maximum de bonheur possible. Dans ce contexte, la consommation n’est qu’accessoire et cède le pas à d’autres préoccupations telles que l’amour, l’amitié, la culture, l’art de jouir du présent et de savoir en faire profiter ceux qui nous sont chers. Rien n’empêche de moins consommer et de préférer les produits bios et équitables, mais là n’est pas l’essentiel.

Pour conclure, il me semble que la lutte contre la société de consommation doit s’inscrire dans la perspective plus large de la quête du bonheur sous peine de n’avoir à opposer au cauchemar capitaliste que des rêves sans joie.


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