Wolfgang Master teste un échantillon gratuit de sexe payant - La Révolution en Charentaises

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Wolfgang Master teste un échantillon gratuit de sexe payant

mercredi 30 mars 2011, par Onno Maxada / 10842 visites

Exubérance sexuelle, euros et excitation font-ils bon ménage (à trois) ?

Sur le chemin l’amenant au petit théâtre, Wolfgang ne peut s’empêcher de penser que même si la brochure de l’office du tourisme dit vrai (« un divertissement qui ne laisse rien à l’imagination »), le spectacle sera au moins parvenu à titiller sa curiosité et son imagination avant d’avoir commencé.

Jusqu’à ce jour, Wolfgang Master n’avait jamais mis les pieds dans un peep-show et n’avait pas non plus éprouvé l’envie de le faire. Cependant, puisque l’opportunité s’était présentée sous la forme d’une invitation professionnelle, c’est sans trop d’états d’âmes qu’il avait décidé d’accepter la proposition du patron des lieux. Il est des métiers qui, en dépit de leur banalité, amènent très exceptionnellement à fréquenter cabarets, bars à serveuses topless et boîtes à streep-teases. Wolfgang Master occupe un de ceux-là.

Adults OnlyUne fois passée les deux malabars à oreillette barrant la porte d’entrée, Wolfgang s’étonne de devoir jouer des coudes pour se frayer un chemin jusqu’à sa place. Les 150 sièges que compte le lieu sont à peu près tous occupés et, depuis le balcon, Wolfgang observe les visiteurs pendant que son hôte s’efforce de lui obtenir une bière. Bien que les hommes soient en majorité, les femmes représentent un bon quart de la clientèle. A en juger par le tapis de chevelures abondantes, clairsemées, blanches ou grisonnantes qui séparent Wolfgang de la scène, le spectacle trouve des amateurs dans toutes les classes d’âge.

Tout à coup, des touristes chinois manifestent bruyamment leur enthousiasme. L’un d’entre eux monte sur les planches où une « artiste » l’attend dans son plus simple appareil. Elle le cloue à terre et lui déboutonne sa chemise avant d’écrire « sexy boy » sur sa poitrine… un feutre enfoncé entre les cuisses. Sans doute impressionné par les talents de calligraphe de la dame – après tout, les Chinois s’y connaissent – le public applaudit à tout rompre. Venue des hauts parleurs, une voix grave casse alors un peu l’ambiance en demandant à un gorille de confisquer l’appareil photo d’un touriste : interdiction formelle d’immortaliser les performances des « artistes ».

Le contact de Wolfgang est enfin de retour avec un énorme verre en plastique rempli d’une pils insipide. Le patron de lieux ayant tout prévu, une petite tablette est intégrée à chacun des sièges pour pouvoir poser sa bière et profiter du spectacle les mains libres. Une discussion à caractère professionnel s’engage alors, avec de larges pauses réservées à la contemplation des turpitudes des employés du monsieur. Pour aller vite, disons qu’en une heure de show, Wolfgang aura vu quantité de sexes hypertrophiés, de femmes nues de toutes mensurations et couleur de peau, constaté qu’il était possible de danser le smurf et de copuler en même temps, découvert l’usage du godemichet frontal et de la dégustation de bananes à même le vagin, remarqué que les seins siliconés n’étaient pas du meilleur effet sur les adeptes du pole dancing la tête en bas et confirmé sa certitude qu’à tout prendre, il préfère encore se farcir les exercices d’un joueur de cornemuse que d’écouter de la musique techno libre de droits.

Surtout, Wolfgang tire de cette expérience la conclusion que le sexe offert en spectacle sous sa forme marchande a beau être exubérant, il ne suscite pas (au moins chez lui) l’excitation sexuelle. En clair, ce sexe-là n’est pas bandant. Dans l’expression travailleur du sexe, il y a le mot travailleur. A moins d’être aveugle ou complètement idiot – et Wolfgang n’est ni l’un ni l’autre - il est facile de se rendre compte que les hommes et les femmes qui se produisent sur scène fournissent un travail abrutissant dont ils ne tirent pas plaisir. Le travailleur enchaîne les poses et les scènes supposées sexy mais leur répétition et leur caractère contraint leur ôtent toute charge érotique. De même, l’aspect très léché – sans jeu de mots – des performances et le choix extrêmement réfléchi des différents physiques font de chaque numéro un produit aussi standardisé que les motifs d’un sac à main Vuitton. A part Bernadette Chirac, qui pourrait s’exciter sur ce genre de produits ? En tous cas, pas Wolfgang.


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