Portrait du Héros en Président de la République - La Révolution en Charentaises

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Portrait du Héros en Président de la République

jeudi 31 mars 2011, par Arnaud De Montjoye / 11455 visites

Souffrant de Sarkozia volubilis, Jean-Jacques Reboux, auteur de polars et éditeur, s’est auto-médicamenté. Résultat, un roman de « politique-friction » relatant les derniers mois du quinquennat de Nicolas Minus, Président de la République devenu, bien malgré lui on imagine, personnage littéraire.

Je Suis Partout, Jean-Jacques RebouxC’est l’histoire de l’un de nos plus célèbres personnages littéraires. Un individu de sexe masculin, plutôt petit, plutôt teigneux, plutôt têtu. Un de ces personnages sans importance collective, « tout juste un individu » aurait dit Céline. Le genre de type que certains auteurs adorent traiter tant il correspond au cliché instantané d’une époque. En fait, ils sont comme une muette allégorie de ce qui, à la fois, nous attire et nous révulse : une insignifiance absolue soudain transformée en omnipotence remarquable... A cet égard la trajectoire dudit personnage est exemplaire : fils de famille en quête de père, élève médiocre, étudiant approximatif, rien ne prédispose notre personnage à devenir le 23ème président de la République. Rien, sinon cette formidable volonté infantile qui, à l’instar d’un autre ambitieux célèbre, à dû lui dicter « A nous deux Neuilly ! », (On tient les Paris qu’on peut !) puis lui a permis de conquérir allégeance des cœurs et bulletins de vote. Petite ville certes, mais grandes espérances... Les choses étant ce qu’elles sont, on retrouvera l’individu se hissant à la force du « moi je » et du « je suis partout » et lorsque son rêve s’accomplit, qu’il se retrouve au faîte de la gloire et aux ors de la République, le lecteur comprend que ce n’est pas qu’une fiction, que ces choses existent, qu’il va falloir en tenir contes et comme en plus, l’histoire est pleine de rebondissements, il va falloir qu’il suive. Ne serait-ce que pour mieux anticiper les évènements... Ceux qui concernent notre confortable landernau politico-littéraire et trouvent leur ultime sacralisation dans l’accession, pour notre personnage à la plus haute distinction nationale « putain 5 ans ! », et pour son auteur aux plus hauts sommets de la « politique-friction »...

Car à situation particulière littérature appropriée : ou à maladie maligne, la Sarkozia volubilis, remède de cheval et sang d’encre ! Mais revenons à notre histoire, pour rire bien sûr et dûment précédée par cette phrase en filigramne, « toute ressemblance et caetera et caetera ». Laquelle montre notre héros en proie à toutes les crises, morales, économiques, sociales, nationales, identitaires, plus les angoisses métapolicées... Bref, sous la rampe, le feu ! Fin du spectacle et du quinquennat, quant aux morales, emboîtées, enchevêtrées même, les protagonistes en recevront leur paquet. Il est vrai que l’époque s’y prête, qui confond discours politique et verbosités adipeuses. Monsieur de Villepin émettra son fameux appel à la chose publique tandis que de folles rumeurs circuleront... Ne dit-on pas que la Seconde Première Dame trompe son Époux ?, que ce dernier s’est laissé pousser la moustache, qu’il se bunkerise en son palais ?... Mais on dit tant de choses. N’empêche, l’histoire se doit, comme tout bon feuilleton de « politique-friction », de rebondir. De chutes en chutes... Jusqu’à la chute finale.

Publié en 2010, « Je suis partout » a fait l’objet d’un remarquable silence de la critique. Sans doute un effet indésirable lié aux maladies textuellement transmissibles...

Je suis partout
Jean-Jacques Reboux
Ed. Après la Lune
384 p. – 18 Euros.



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