Wolfgang Master et le mélange des corps - La Révolution en Charentaises

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Wolfgang Master et le mélange des corps

vendredi 8 avril 2011, par Anatole Ibsen / 9266 visites

Lorsque Cléa glissa dans l’oreille de Wolfgang ces quelques mots - « tu sais, mon chéri, j’aimerais bien qu’on invite une fille pour s’amuser avec nous », notre héros ressentit une vive émotion.

En guise de réponse, il s’assura d’abord que la demande de son amie ne constituait pas un ersatz à une quelconque insatisfaction sexuelle. Dans un rire mutin, elle lui dit au contraire qu’elle se sentait parfaitement épanouie en sa compagnie et qu’elle souhaitait donc tenter de s’amuser avec un troisième partenaire. En toute confiance. A ces mots, la virilité de Wolfgang gonfla à vue d’oeil. Et surtout - mais il n’en dit mot à Cléa ce soir-là - ça lui rappela d’un coup de merveilleux souvenirs de jeunesse.

Ce qu’il n’avait pourtant pas prévu, c’est que Cléa, le week-end suivant, à l’occasion d’un dîner entre amis, fît part à la petite assemblée de ses nouvelles envies et de ses récents fantasmes. D’une nature réservée, Wolfgang s’en trouva tout gêné et garda pudiquement le silence en bout de table. Mais ce ne fut pas le cas de tout le monde. Au contraire, certains ne se génèrent pas pour rebondir sur les propos de Cléa et d’aucuns se laissèrent même aller à quelques aveux touchants. Une des invités proposa même, à demi-mots, ses services. La conversation allait bon train quant elle finit par dévier, entre deux sourires mal assurés et trois paroles gênantes, sur les épineuses questions de l’échangisme et du libertinage. Cléa fut décontenancé d’entendre que la plupart des invités disaient trouver ces pratiques dégradantes, et affirmaient haut et fort se refuser à un tel partage, un commerce aussi malsain. Elle aurait même parié que certaines postures n’étaient là que pour aller dans le sens commun et la morale admise, voire pour éviter les foudres de Simone, le soir venu, rentré à la maison.

Alors Wolfgang, qui était resté tout ce temps bien silencieux, se mit soudain à rire bruyamment. Tous les regards se tournèrent vers lui : « L’échangisme et le libertinage ne sont pas condamnables. Les clubs ne sont pas malsains. En tout cas, la plupart d’entre eux ne le sont pas. Je ne dis pas cela parce que je les fréquente - j’ignore en vérité tout d’eux - mais parce que leur mode de fonctionnement est bien plus sain que la plupart des boîtes de nuit ou des bars musicaux. Les boîtes, sous leurs lumières vertes et rouges, sont le lieu du mensonge : la plus vilaine fille, sous cet éclairage artificiel, peut paraître jolie tandis que 4 centilitres d’un mauvais whisky sont vendus dix euros dans un verre en plastique. Et la pire arnaque est celle consistant à faire croire que la boîte de nuit est un lieu de danse alors que tout le monde, dans le fond, il va pour draguer (au moins) ou baiser (au mieux). La preuve, c’est que les couples établis ne vont presque jamais en boîte de nuit. Ou alors entre amis, histoire de rigoler et de se pinter la tronche. »

Tandis que Clea chuchotait des choses inavouables à sa voisine, Émilie, qui avait proposé ses services en milieu de soirée, Wolfgang, qui ne voyait rien de cette saynète continua son propos. « Alors qu’en club, dans ceux dignes de ce nom, tout est parfaitement clair dès l’entrée. Celle-ci est d’ailleurs hors de prix - rien de mieux n’a malheureusement été trouvé pour éloigner les pervers notoires et les couples sans savoir-vivre - le dress-code est strict et la vulgarité est exclue, on y boit du champagne et non du Jack Daniel, et surtout, surtout, quand les envies vous gagnent, vous souriez, vous discutez calmement, tout en chuchotement et en suggestions, puis vous allez dans les alcôves de l’arrière-salle vous amuser entre adultes. C’est tout sauf le lieu du mensonge : c’est celui de la liberté et du savoir-vivre, où le tabou reste à la porte, tandis qu’on laisse entrer le consentement mutuel. » Personne ne répondit. Il faut dire que la maîtresse des lieux venait d’apporter un splendide dessert. Cléa le regarda avec appétit, fit un sourire gourmand à Wolfgang et jeta enfin un regard plein de sous-entendus à Émilie.

Certains des invités affirmèrent plus tard, en rumeurs murmurées, qu’ils firent, ce soir-là, tous trois l’amours.

C’est n’est pas faux, mais pas tout à fait vrai. Puisqu’après le café, Wolfgang, Cléa et Émilie hélèrent un taxi, traversèrent la place du Louvre sous ses splendides lumières du samedi soir, attérirent ensemble aux Chandelles, burent quelques coupes, croisèrent un joli couple, et finalement, dans l’anonymat de la nuit parisienne, c’est à cinq qu’ils s’amusèrent.


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