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Ce que lisent les politiques, ou l’inculture de nos élites

jeudi 5 mai 2011, par Anatole Ibsen / 16228 visites

Chacun se souvient de cette séquence télévisuelle dans laquelle un journaliste avait demandé à des hommes politiques le prix d’une baguette de pain. Très peu avaient alors su répondre, et cette incapacité à connaitre le prix d’un aliment de base avait, en son temps et à juste titre, fait jaser.

Dans le même esprit, Bastien Hugues, du Figaro.fr, a eu la salutaire démarche d’interroger les hommes politiques sur leurs lectures. Mais pas n’importe quels hommes politiques : ceux qui, pour avoir publié un livre dans l’année, étaient réunis, en avril dernier, à la Journée du livre politique. On s’attendait à y croiser de fins lettrés. La réalité fut toute autre.

Inculture crasse

Commençons par décerner la palme de la cuistrerie à Hervé Mariton, dont la face d’enfant de choeur et la voix nasillarde soulignent à merveille la vacuité littéraire du député UMP. Lorsqu’on lui demande quel livre l’a le plus marqué, il évoque, en coutumier du poncif, Belle du seigneur, qu’il qualifie de « livre épais mais chaleureux ». Preuve qu’il ne l’a pas lu : le livre est indéniablement épais (600 pages, bigre !), mais si on l’ouvre, l’inégalable beauté de ce roman d’amour fait oublier que c’est un pavé. Avez-vous d’ailleurs souvent vu un lecteur vanter un livre en évoquant son épaisseur ?

On aurait pu croire plus volontiers qu’il ait lu Un coeur simple de Flaubert, nouvelle d’à peine cinquante pages et deuxième référence citée par notre rat de bibliothèque, s’il ne la qualifiait de... « simple, claire, nette, efficace ». Ah, quel vocabulaire flaubertien, quel savoir, quelle glose époustouflante ! C’est beau comme le rapport télégraphié d’un sous-lieutenant à son capitaine d’infanterie.

Mais déjà, un autre âne de l’UMP, en la personne de Frédéric Lefebvre, apparait à l’écran pour évoquer sa lecture-phare. Vu la propension du type à sortir une bourde par jour, on piaille d’impatience. Et le passe-plat de Sarkozy ne déçoit pas, en confondant allégrement Zadig ou la destinée de Voltaire avec Zadig et Voltaire©, marque de fringues un peu bling-bling. Il faut dire qu’en fidèle du Président, Lefebvre suit le dogme établi par notre lettré chef d’État qui ne voyait pas, souvenez-vous, l’intérêt de « faire étudier la Princesse de Clèves à des futurs agents du service public ». Pour ces adeptes du libéralisme, la culture du management va en effet à l’encontre de la culture des lettres et de la pensée.

Goujaterie

Les hommes politiques se rattrapent par contre allégrement lorsqu’il s’agit de faire de la promo. Quand on leur demande quel livre ils offriraient à un ami, il répondent tous, à l’exception de Novelli, « le mien ». C’est un aspect du pouvoir : sans cesse vouloir montrer sa gueule, ouvrir sa fraise et se faire mousser.

Mais c’est justement là que le court reportage de Bastien Hugues revêt tout son intérêt, quand il parvient à clouer le bec de ces lecteurs d’opérette en une seule question : « quel livre lisez-vous en ce moment ? » Et là, c’est le drame. Pas un mot. Un silence gêné. Mariton, en Jourdain plus ridicule que celui de Molière (une référence qu’il ne doit pas avoir), se perd, mais enfin, après de pompeuses circonvolutions, baisse les armes. Arthuis sèche. Novelli est out. Rien qui vienne. Aucun n’a le bon titre qui impressionnera les électeurs. Diantre !

Lefebvre arrive tout de même à parler de « l’intégrale des paroles de Gainsbourg ». Sans doute veut-il parler de l’ouvrage de Gilles Verlant et Loïc Picaud, paru cette année, retraçant l’histoire de toutes ses chansons. A la vue de l’approximation du titre cité par Lefebvre, on eut préféré qu’il mentionnât plutôt les Mémoires d’un âne.

Finalement, seuls Jean-Pierre Chevènement et Jacques Myard semblent sincères, en citant des ouvrages visiblement lus.

Malhonnêteté

Aucun des autres n’a l’honnêteté de dire qu’il ne lit pas, ou plus, ou qu’il s’adonne à une autre passion. Non, ils sont trop habitués à mentir sans cesse, pauvres couillons accrochés à leur siège et à leurs fonctions, cumulards patentés dont le nombre de postes et de responsabilités les empêchent sans doute d’ouvrir un livre, ce qui leur aurait pourtant permis, sur ce coup-là, de paraitre moins cons. Résultat : ils pérorent devant d’hypothétiques électeurs, font semblant, comblent le vide. Où sont les De Gaulle, les Malraux, les Mitterand ?

Jean-Pierre Soisson, dont les fesses septuagénaires patinent toujours les sièges de l’assemblée, et qui incarne à lui seul tous les préalables (cumul, inculture, suffisance) termine le bal de fort belle manière : engoncé dans son col trop étroit pour son cou de bovin (le déjeuner fut bon, sans nul doute), il répète la question pour mieux réféchir à une réponse, et lâche finalement une énormité plus grosse que lui : « le dernier livre que j’ai lu qui ne soit pas le mien ? », avouant en un définitif lapsus que s’il ne lit pas, il n’écrit pas non plus ses livres. Mais d’ajouter, pour faire bonne figure : « je relis sans cesse des classiques, je relis Stendhal ». Stendhâââl, prononcé avec des accents circonflexes. C’est tellement plus classe...

Voir en ligne : Ce que lisent les politiques (vidéo)


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2 Messages de forum

  • Ce que lisent les politiques, ou l’inculture de nos élites 10 mai 2011 16:37, par J-aime-les-vrais-arguments

    Avant de critiquer les autres, en commençant par leur physique supposé, ce qui n’a de toute façon pas grand rapport avec leur culture, pensez à éviter les fautes d’orthographe.

    C.a.d. souligneNT