The Ambassador - La Révolution en Charentaises

The Ambassador

jeudi 1er décembre 2011, par Onno Maxada / 17064 visites

Tapis rouge, diamants louches et passeport diplomatique : si vous n’êtes pas à table, c’est que vous êtes sur le menu !

Mads Brügger est un homme d’affaires occidental sans scrupules décidé à s’enrichir dans le commerce des diamants de sang. Pour réussir dans ce business à risque, rien de telle qu’une bonne immunité diplomatique. Dans un grand élan de générosité internationaliste, Mads Brügger troque sa nationalité danoise pour celle du Libéria et se fait nommer ambassadeur à Bangui, capitale de la République Centreafricaine, où il mène un existence de nabab néocolonial... et parvient à mettre la main sur les fameux diamants.

Dans ce scénario qui semble avoir été écrit en rentrant d’une soirée un peu trop arrosée à l’aquavit dans un restaurant africain de Copenhague, tout est vrai, à un détail près : Mads Brügger est en réalité un journaliste déterminé à mettre en évidence les mécanismes de corruption qui permettent à des individus mal intentionnés de bénéficier d’un statut qui les met au-dessus des lois.

The Ambassador est un film risqué à plusieurs titres. D’abord, parce que pour le réaliser, Mads Brügger a dû se livrer à des activités illégales, dont il montre une partie à l’écran. Ensuite, parce que lorsqu’on traite avec des criminels situés aux plus haut échelons de l’État, on peut y laisser sa peau. C’est d’ailleurs le triste (?) sort de certains des personnages clés montrés ou évoqués dans le film. Et puis, lorsque l’on filme on bonne partie d’un documentaire avec une caméra cachée, on peut trouver les bonnes informations tout en perdant ses spectateurs. Ce n’est heureusement pas le cas, le film tient tout à fait la route sur le plan esthétique.

A n’en pas douter, il y aura des beaux esprits pour s’offusquer des méthodes de Mads Brügger, de son cynisme et de son humour féroce, tout à fait politiquement incorrect. Qu’importe. Le sujet est tellement énorme qu’on aurait accusé le réalisateur d’affabulation s’il n’avait prouvé par le geste que tout ce qu’il affirme est bel et bien possible. Et puis, en ce qui me concerne, je trouve que le film regorge de moments hilarants qu’il faut savoir savourer au deuxième degré. Lorsqu’on s’attaque pêle-mêle à la corruption, à l’exploitation, au néocolonialisme en général et à la Françafrique en particulier, une bonne dose d’humour ne peut pas faire de mal.

Outre la situation dramatique des États-faillites africains saignés par des puissances coloniales s’appuyant sur des élites locales corrompues, The Ambassador met en évidence une problématique sur laquelle chacun de nous ferait bien de réfléchir : puisque les statuts d’exception rendent possible les crimes d’exception, n’est-il pas normal qu’ils attirent les pires malfrats ? En cette période de course à l’Elysée et compte tenu du lourd passif de certains locataires, il n’est pas interdit de s’interroger sur l’intérêt d’une suppression de toute forme d’immunité judiciaire.

The Ambassador from Zentropa on Vimeo.

The Ambassador vient tout juste d’être présenté au Festival International du Film Documentaire d’Amsterdam (IDFA). On espère pouvoir le voir prochainement sur les écrans de l’Hexagone.


Voir en ligne : Le site du film


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