Waste Land - La Révolution en Charentaises

Waste Land

samedi 10 mars 2012, par Hoopoe / 14388 visites

Quand les déchets deviennent de l’art et les trieurs d’ordures des philosophes.

Rares sont les documentaires qui donnent de l’espoir et qui rendent heureux tout en montrant la misère et l’inégalité sociale. La réalisatrice Lucy Walker a réussi cet exploit, à moins que ce ne soient les protagonistes de Waste Land qui y soient parvenus.

Pendant 3 ans la réalisatrice a suivi le projet Pictures of garbage de Vic Muniz, un artiste brésilien issu des quartiers défavorisés de Sao Paulo et habitant désormais à New York. Célèbre dans le monde entier, Vic a bien conscience qu’il doit son succès en partie à un coup de chance [1] et ressent l’envie d’en faire profiter les moins chanceux.

Il retourne à Sao Paulo, pour rencontrer les ramasseurs qui travaillent sur la plus grande décharge du monde : Jardim Gramacho. Ceux qu’on appelle les catadores sont obligés de gagner leur vie en ramassant les déchets recyclables. L’odeur des poubelles leur colle à la peau mais n’enlève rien à leur dignité. Ils impressionnent par leur facilité à s’exprimer, leur joie, leur intelligence. C’est le cas de Tiao, qui a crée un syndicat des ramasseurs, inspiré par un exemplaire du Prince de Machiavel trouvé dans les ordures. C’est aussi celui de Suelem, jeune mère de 2 enfants, qui a commencé à travailler à 7 ans et qui est fière d’avoir refusé la prostitution et la drogue. Zumbi est un autre personnage attachant, lui qui a commencé une bibliothèque pour les 13000 personnes vivant à côté de la décharge en utilisant les livres trouvés dans les poubelles.

Avec ces personnes Vic Muniz va créer des œuvres d’art dont les catadores ne sont pas seulement le sujet, mais aussi les co-créateurs. Cette collaboration va avoir un grand impact sur la vie des ramasseurs : elle les amène à découvrir leur force et change le regard que la société porte sur ces travailleurs pauvres. C’est émouvant de réaliser comment un projet d’art peut transformer la représentation qu’on se fait de soi-même et de la vie. L’artiste, que nous ne connaissions pas, est passionné et sympathique. Ses œuvres et sa façon de travailler sont une belle découverte.

Outre le charme des personnages, la beauté des œuvres et la force du projet, le film mérite d’être vu pour sa façon d’aborder le thème de l’écologie. A Jardim Gramacho, 200 tonnes de matériels recyclables sont enlevées tous les jours par les catadores, une goutte d’eau au regard des montagnes d’ordures qui s’accumulent à une vitesse prodigieuse. Les images des déchets qui arrivent sans cesse (70% des ordures de Sao Paulo sont déposées là) nous obligent à réfléchir sur l’énorme gaspillage entraîné par notre société de consommation.

Waste Land, WALKER, Lucy, 2010.

Le film sort en salle en France le 23 mars 2012.


Voir en ligne : Site officiel du film

Notes

[1] Au départ, le « coup de chance » ressemblait plutôt à un coup de malchance : jeune homme, il s’est fait tirer une balle dans la jambe alors qu’il essayait de s’interposer dans une bagarre. Il a reçu une compensation financière pour ses blessures et a utilisé cet argent pour partir à New York.


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