Des nazis à Hollywood ? - La Révolution en Charentaises

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Des nazis à Hollywood ?

mercredi 10 octobre 2012, par Holopherne Longpas / 17930 visites

Et si aller voir le dernier Schwarzy ou le dernier Stallone avec une bande de potes au multiplexe du coin était collaborer avec le pire des ennemis ? C’est un peu gros mais pas forcément plus que les bastons et les explosions proposées… Explication.

Chaque été, les blockbusters américains débarquent sur les écrans des cinémas du monde entier, avec effets spéciaux derniers cris et prouesses techniques (3D, IMAX, dolby surround, THX, etc.) qui finiront tôt ou tard dans votre salon contre un paiement en dix mensualités (avec frais), le tout accompagné de campagnes publicataires massives. Et remplissent les salles autant que les comptes en banque de leurs producteurs. Pourquoi un tel succès pour des films aux scénarios souvent légers et répétitifs ? Que se passe-t-il quand on plonge la main dans le seau de pop-corn, le cerveau bombardé d’explosions et de destructions, de plans séquences toujours plus courts, de superhéros, d’apocalypse et de fins du monde ? Décorticage avec deux exemples récents.

Expendables 2 (Simon West, 2012), pesante suite de gun fights et de cascades, réunit une ribambelle de stars (un peu) fatiguées du cinéma d’action, genre bourrin : Stallone, Staham, Schwarzy, Jet Li, Van Damme, on en oublie un ou deux, et, visiblement le clou de cette suite, Chuck Norris. Ne manquait plus que Steven Seagal à l’appel. Sans doute pour le 3. Tout ce beau monde, pour se sortir de la panade, fait le ménage dans le tiers-monde, vu comme un lieu de barbarie et d’arriération, distribuant sans états d’âme les rafales de mitraillettes et autres armes lourdes, comme qui rigole. Voilà pour le scénario, le but étant de montrer, à l’envi, et jusqu’à l’écœurement, des gros bras dézinguer des petits hommes bronzés dans la joie et la bonne humeur. Un peu comme dans un jeu vidéo ou un honnête chef d’entreprise qui se défoulerait au golf après une semaine de travail intensif.

Pour Hollywood et le cinéma d’action qui remplit les salles, l’ennemi est toujours fondamentalement mauvais. Nulle rédemption sinon la destruction totale. Cela favorise l’action, certes, mais à ceci près que cela cache aussi une certaine vision du monde. L’ennemi vit toujours loin des USA, du progrès et de la civilisation, il est coloré, souvent barbu, voire islamiste, fondamentalement abruti, toujours assoiffé de sang et de chaos. Mais toute personne imperméable aux diktats de la mondialisation peut aussi bien faire l’affaire.

Deuxième exemple. Dans un futur proche, la Terre envoie un message de paix à une lointaine planète hypothétiquement habitée avec le bel espoir de nouer le dialogue, et plus, si affinités. La réponse ne se fait pas attendre sous la forme d’une violente attaque extraterrestre. Voilà pour l’intrigue de Battleship (Peter Berg, 2012). Les USA, suivis en première ligne par les Japonais, visiblement bons perdants après deux bombes atomiques, et le reste des nations, valets soumis réduits au rôle de seconds couteaux bas de gamme, initient et dirigent la bataille, qui sera surtout navale, contre l’invasion.

Les extraterrestres, disposant pourtant d’une écrasante supériorité technologique mais devant, pour l’utiliser, établir sur Terre un réseau de communications, seront pris de vitesse par un marines courageux, une fille d’amiral aussi amoureuse que têtue, des vétérans de guerre, barbe blanche et fleur au fusil, un mutilé au grand cœur et une bonne dose de nationalisme US. Puis ratatinés, purement et simplement, dans un vaste feu d’artifice final et salvateur. Difficle de ne pas y voir l’apologie des Bill Gates et autres Zuckerberg comme prophètes d’un nouvel ordre mondial numérisé et connecté qu’il faut sauvegarder à tout prix. Quiconque souhaiterait concurrencer le grand réseau sera pulvérisé. Pas de répit pour les ennemis de la communication.

Les blockbusters, sous des dehors d’inoffensifs divertissements, cachent une vision géopolitique du monde furieusement violente et hiérarchisée. Celui qui domine a tous les droits car il est dans le camp du bien. Qui est aussi le camp de la liberté. Personne ne saurait le remettre en cause. Le reste du monde, périphrase yankee désignant tout ce qui n’est pas américain, s’il ne veut pas sortir des ténèbres, peut bien périr. Doit même crever pour être réformé. La main plongée dans un seau de pop-corn, le regard fasciné, tout le monde peut assister à la juste vengeance d’une puissance sans limites.


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