Rue de Cités, ou la Banlieue filmée par ceux qui l’aiment - La Révolution en Charentaises

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Rue de Cités, ou la Banlieue filmée par ceux qui l’aiment

dimanche 16 juin 2013, par Camille D. / 12627 visites

Le périphérique comme frontière vers un autre monde. Aubervilliers, ville en marge d’une autre. Deux jeunes cinéastes donnent à voir et à entendre la cité de leur enfance et de leur jeunesse.

« Notre film est un OVNI, c’est une fiction avec des inserts documentaires, il est en noir et blanc et dure une heure huit, il y a des images d’archives et des acteurs amateurs. Aucun producteur n’aurait accepté ça ! » Ainsi parle Carine May, co-réalisatrice avec Hakim Zouhani du film Rue des Cités, qui sort le 5 juin 2013.

Ce long métrage un peu trop court est né d’une énergie collective qui est l’essence même du film. Sur la scène du cinéma Le Studio d’Aubervilliers où ils sont venus présenter leur film, les membres de l’équipe du film n’en finissent pas d’arriver. A la question d’un jeune spectateur « Et vous avez gagné combien d’argent ? », Hakim Zouhani répond « Pour l’instant rien, notre film vient juste d’avoir ses papiers (et un producteur), c’est ce qui lui permet de sortir en salles. » La directrice du cinéma ajoute alors que ce sont les billets d’entrée qui vont payer l’équipe, par le biais de la part reversée au distributeur.

Leur film ils le défendent depuis maintenant sept ans. L’écriture du scénario, le tournage pendant les congés, le montage, la musique, tout se fait au ralenti, au rythme des coups de main qu’on leur donne. Quand on n’a pas d’argent, il faut du temps… et des amis. Et Karim Zouhani et Carine May n’en manquent pas. C’est d’ailleurs ce qui a motivé leur projet cinématographique. Raconter leur vie de jeunes de banlieue, dans leur ville, Aubervilliers, ni belle, ni laide, ni pire, ni meilleure qu’une autre. La ville dans laquelle ils ont grandi, où ils ont appris à lire et à sécher les cours, où ils se sont faits des amis d’enfance, des potes, des copains, des amoureux, où ils ont galéré, espéré, ragé, aimé.

En 2011, leur film est fini, ils le présentent à la programmation ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) de Cannes. Il est sélectionné parmi de nombreux films. Puis c’est au festival Premiers Plans d’Angers (le festival des premiers films européens) qu’on le découvre. Mais il faut attendre cette année, soit deux ans plus tard, pour que Nouvelle Toile le produise et qu’enfin Rue des Cités sorte en salles.

Rue des Cités, l'affiche

C’est ainsi qu’on découvre un condensé de gouaille qui fait la banlieue.

Le point de départ du scénario est un bidonnage télévisuel. En 2004, un reportage passe à la télévision, sur une chaîne publique, racontant le vol en direct d’une moto dans une cité d’Aubervilliers. Tout est faux, orchestré par une journaliste désireuse de montrer la banlieue comme le far-west moderne. Les futurs réalisateurs se découvrent une rage de dire, une envie de créer, l’idée du film naît.

Puis l’histoire se construit autour d’un personnage, Adilse, et de son acolyte Mimid, errants dans la ville à la recherche du grand-père d’Adilse. Tout est prétexte à découvrir la vie dans une banlieue faite d’immeubles immenses, de lieux publics pour tous et de petits commerces où l’on se raconte. La banlieue est jeune et pleine d’envies pour peu qu’on lui laisse sa chance.

Mais les politiques actuelles entretiennent le fossé qui sépare la Ville de sa périphérie. Comme en témoigne Didier Daeninckx, auteur albertivillarien de la première heure, la ville se vide ses substances créatrices. Pendant que dans le même temps on encourage le communautarisme en coupant les quartiers les uns des autres. Carine May et Karim Zouhani veulent défendre coûte que coûte leur banlieue qui les a faits tels qu’ils sont aujourd’hui.

L’aventure de Rue des Cités et la reconnaissance de leur travail est pour eux un point de départ vers d’autres aventures. Ils parlent déjà d’une nouvelle collaboration avec un autre albertivillarien talentueux Yassine Qnia. Il y a fort à parier que les thèmes abordés par leur premier film (la solidarité, les discriminations, les rapports hommes-femmes, le poids des traditions, le chômage, etc.) seront les sujets de leurs prochains films.

Rue des Cités - sortie le 5 juin 2013, 1h08, France - Un film de Carine May et Hakim Zouhani avec Tarek Aggoun, Mourad Boudaoud, Presylia Alves



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