Paul Watson et la Sea Shepherd Conservation Society – Regards croisés - La Révolution en Charentaises

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Paul Watson et la Sea Shepherd Conservation Society – Regards croisés

samedi 30 janvier 2016, par Onno Maxada / 2677 visites

Héros pour les uns, criminel pour les autres, Paul Watson ne laisse personne indifférent et est plutôt du type à s’en réjouir.

De fait, le fondateur de la Sea-Shepherd Conservation Society aime la controverse tant qu’elle offre une couverture médiatique à ses activités. Souvent aux frontières de la légalité et en marge du monde habité, celles-ci lui ont valu plusieurs mandats d’arrêt d’Interpol et quelques séjours derrière les barreaux. C’est que, depuis qu’il a pris la décision de dédier sa vie au combat pour la défense des océans, le capitaine Watson est prêt à utiliser les mêmes techniques que celles des brigands qu’il pourchasse pour les empêcher de nuire. En somme, Paul Watson fait flotter sur ses navires le pavillon noir des pirates pour la bonne cause.

Le constat dressé par Sea Shepherd, c’est que les gouvernements et les organisations internationales chargées d’empêcher les braconniers de pêcher les espèces protégées et de respecter les sanctuaires marins ne se donnent pas les moyens de faire appliquer les lois en vigueur. Du coup, les océans et leurs habitants sont victimes de toutes les violences, à commencer par la surpêche et la pollution. La situation, déjà catastrophique, est en passe d’empirer sous l’effet du réchauffement climatique.

Pour combattre ce fléau, Paul Watson préconise et applique l’action directe. Il n’hésite pas éperonner en pleine mer les braconniers, à couvrir le pont des bâtiments ennemis d’acide butanoïque ou de crème pâtissière et est même parvenu à couler la moitié de la flotte de baleiniers islandaise à quai. Quand il s’agit de faire des dégâts, Paul Watson et ses amis ne sont jamais à court d’idées mais ne s’en prennent jamais aux personnes.

Depuis longtemps, Paul Watson a compris la force des médias et s’organise pour que tous ses faits et gestes soient enregistrés. Diverses campagnes de Sea Shepherd ont d’ailleurs été diffusées sur le petit écran sous la forme d’une émission de télé-réalité intitulée Whale Wars. Les images ne manquent pas, mais ne remplacent pas un bon documentaire à la fois structuré et critique retraçant le parcours de Paul Watson et de son organisation. En réalité, ce documentaire existe : il y en a même au moins deux, apportant chacun leur propre éclairage sur le personnage.

Sorti en 2010, Confessions of an eco-terrorist est un excellent film réalisé par un activiste de Sea Shepherd de la première heure : Peter Brown. Souvent drôle et un peu brut de décoffrage, le documentaire est le récit des aventures du réalisateur en compagnie du capitaine Watson et des militants de Sea Shepherd. Les nombreuses images d’archives proposent une plongée au cœur de la vie sur les navires, abordent le sujet épineux du végétalisme imposé à leur bord et montre avec humour les tensions que cette approche peut susciter. Avec un curieux mélange d’admiration et de méfiance, on découvre surtout avec quel brio Paul Watson arrive à manipuler les médias pour atteindre ses objectifs. L’homme est doué, a du charisme et aussi beaucoup de chance !

Eco-Pirate : the Story of Paul Watson est un autre documentaire sorti un an après le film de Peter Brown. Avec une esthétique plus soignée, la réalisatrice Trish Dolman parvient à rendre le souffle épique des campagnes de Sea Shepherd. Elle retrace l’histoire personnelle de Paul Watson depuis son enfance, enquête sur l’origine de ses querelles avec Greenpeace et s’immisce jusque dans ses affaires de cœur. Le tout est extrêmement bien fait et tient le spectateur en haleine pendant près de deux heures. On apprécie particulièrement ces moments de vérité pendant lesquels Paul Watson est mis devant ses contradictions ou confesse qu’il a bien un ego surdimensionné. Cela n’en rend le personnage que plus attachant.

Pour ma part, j’avoue être tombé sous le charme. Chez Paul Watson, il y a du panache, une dose de romantisme et suffisamment de travers pour qu’il reste un héros à taille humaine. Une belle rencontre le temps d’un film, peut-être deux, ou pour la vie.

Brown, Peter, Confessions of an Eco-Terrorist, 2010.

Dolman, Trish, Eco-Pirate : The Story of Paul Watson, 2011.

Pour poursuivre la réflexion, on pourra aussi lire l’autobiographie de Paul Watson : Watson, Paul, Ocean warrior : la Genèse de Sea Shepherd, 2013.


Voir en ligne : Site français de la Sea Shepherd Conservation Society


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