Wolfgang Master veut aller bosser ! - La Révolution en Charentaises

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Wolfgang Master veut aller bosser !

jeudi 30 juin 2016, par Marvin Flynn / 415 visites

Et il ne supporte plus que le gouvernement qu’il a – malencontreusement – élu cherche à l’empêcher d’aller travailler !

Wolfgang ne sait pas si la manif du mardi 28 juin était une réussite ou non, il n’y était pas. Mais il a bien failli.

Ce mardi matin, vers neuf heures, l’heure à laquelle les rues sont pleines de râleurs klaxonnant à peine sortis de chez eux et sitôt exaspérés par le reste de l’humanité, en proportion inversement égale à la distance qui les en sépare et au nombre de décibels émis par les véhicules voisins, arrivant de Bastille [1] et cherchant à passer la Seine par le pont d’Austerlitz, comme chaque jour, Wolfgang se retrouva brutalement bloqué par une aussi inélégante qu’inopportune barrière, formée de plusieurs de ces véhicules qu’affectionnent tout particulièrement les CRS en goguettes, solidarisés par de belles et larges grilles, et attachés aux rambardes du pont par de solides chaînes empêchant tout passage.

À cette seule vue, le sang du Maître ne fit qu’un tour. Une simple barricade allait-elle l’empêcher, lui, Wolfgang Master, honnête fonctionnaire de son état, citoyen vigoureux et en pleine possession de ses moyens [2], d’accomplir son devoir laborieux mais néanmoins nécessaire au bon fonctionnement de l’État qui l’emploie dans une ambiance bon-enfant et volontariste ? Pouvait-il supporter que le gouvernement, empêtré dans des paradoxes politiques dignes des Shadoks, lui fasse perdre une précieuse journée de travail pendant laquelle, il le savait déjà, il allait accomplir de grandes choses [3] ? L’ombre d’une solution se profilait déjà au loin…

Car ces réflexions durant, Wolfgang n’était pas resté de marbre. Ni de bois d’ailleurs, et pas de caoutchouc non plus, ce qui l’aurait pourtant bien arrangé car son vélo était maintenant complètement coincé dans la grosse chaîne évoquée plus haut, sous laquelle il avait essayé de passer crânement et qui visiblement, ne l’entendait pas de cette oreille. Wolfgang bloquait maintenant complètement le passage…

C’est à ce moment-là que tel Zorro sur son Tornado Décathlon, un quidam aussi cycliste et décidé que lui à passer l’abjecte barricade apparut, descendit de son vélo et dit :

— Je crois que ça va pas passer.

— Oui, vous devez avoir raison… Bon et bien, je vais essayer de le faire reculer…

Bruits de sonnette arrachée, de fémur cogné, quelques jurons à destination de ceux pour qui Wolfgang s’est juré de ne plus jamais voter.

— Voilà, c’est bon, retour à la case départ.

Wolfgang propose alors, pour garder la tête aussi haute que froide :

— Vous m’aidez à passer mon vélo, et je vous rend la pareille ?

— On fait comme ça !

Un Peugeot aussi quarantenaire que son propriétaire et un VTT bien plus léger que le sien portés à bout de bras plus tard, Wolfgang repartit, tout heureux, et traversa cette rivière qui fait chaque jour la beauté de la capitale, petit coup d’œil à droite, salut à Notre-Dame ensoleillée, contrôle pollution grâce à la Tour Eiffel – aujourd’hui, on l’apercevait très nettement – la journée de Wolfgang pouvait enfin commencer...

Police polie ?

En repartant du boulot, en fin d’après-midi, Wolfgang a capté une alerte sur son téléphone, lui indiquant la présence, dans les environs, d’une de ces petites valisettes qu’ont maintenant le droit d’utiliser les forces de l’ordre, celles qui permettent de relever je-ne-sais-quelles-informations sur je-ne-sais-qui grâce à son téléphone portable... Il a éteint le sien, enfourché son vélo et s’est dit que vraiment, aujourd’hui, il avait bien fait de ne pas aller manifester. En rentrant, il ne lui resterait plus qu’à écrire un article.

C’est le prix à payer.

Notes

[1] Par la magnifique piste cyclable toute neuve qui relie maintenant les deux boulevards (merci la Mairie de Paris), piste malheureusement trop souvent utilisée par des deux-roues puants et pétaradants, qu’il est inutile de nommer ici.

[2] Ben oui, comme Wolfgang ne va pas dans les manifs, il ne fait pas non plus de garde à vue.

[3] Et cette prédiction s’est de surcroît avérée par la suite !


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