La politique européenne du flingue sur la tempe - La Révolution en Charentaises

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La politique européenne du flingue sur la tempe

jeudi 7 juillet 2005, par Onno Maxada / 10017 visites

A l’heure des néo-dragonnades européennes, malheur aux « moutons noirs » suicidaires restés sourds aux « explications » du gouvernement et à la « pédagogie » de la jet set socialiste.

Dans un article daté du 23 mars 2005 [1], un journaliste de l’Humanité se demandait s’il allait pleuvoir des grenouilles en cas de victoire du « non » lors du référendum du 29 mai prochain. Il est vrai que les discours apocalyptiques des partisans du « oui » ont de quoi laisser perplexe. Si le chaos et l’isolement constituaient vraiment la seule alternative au « oui », pourquoi demander au peuple de s’exprimer ? Après tout, la majorité des pays européens ont décidé de se passer de referendum et de ratifier le traité par voie parlementaire [2]. En somme, les Français devraient s’estimer heureux d’avoir à dire « oui ». C’est du moins ce qu’essayent de leur faire rentrer dans le crâne l’UMP, le PS et leur rouleau compresseur médiatique. Le 29 mai, le peuple français ira voter avec un flingue sur la tempe. A l’heure des néo-dragonnades européennes, malheur aux « moutons noirs » suicidaires restés sourds aux « explications » du gouvernement et à la « pédagogie » de la jet set socialiste. Ils porteront l’entière responsabilité de la paralysie institutionnelle d’une Europe à 25, du chômage, de la faiblesse de l’Europe face aux Etats-Unis et de la montée du Front National par-dessus le marché ! Avant de les dézinguer sur la place publique, on préfèrera naturellement parler de leur obscurantisme souverainiste que des questions qu’ils soulèvent : qui a décidé d’élargir l’Union Européenne à 25 membres AVANT d’avoir modifié les institutions ? Pourquoi Chirac et Jospin ont-ils ratifié le traité de Nice - alternative imposée à la constitution européenne - s’il est aussi nul qu’on le prétend ? Pourquoi l’Europe n’est-elle pas à feu et à sang alors que ce même traité est entré en vigueur depuis le 1er février 2003 ? Pourquoi, depuis que l’Europe s’est convertie au dogmatisme libéral de Thatcher, le chômage et la xénophobie ne cessent-ils d’augmenter ? Pourquoi le projet de constitution accorde-t-il une large place à la concurrence et un espace minuscule au volet social ? Pourquoi la défense européenne devrait-elle être rattachée à l’OTAN, bras armé de l’impérialisme américain ? Pourquoi persiste-t-on à creuser la tombe de l’Europe des peuples en construisant celle des nantis ?

Et pour finir, la question qui tue : pourquoi vouloir mettre en place un système institutionnel impossible à réformer ? Une constitution, ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte de contrat fondateur fixant les règles du « vivre ensemble ». Les temps changent, les mentalités aussi. Une constitution doit donc pouvoir s’adapter à ces changements. Le projet de constitution actuel ne le permet pas car il instaure un système de triple unanimité pour effectuer toute révision constitutionnelle [3]. Autant dire qu’avec une Union Européenne à 25 membres (bientôt 27), cela relève du fantasme. Seul un esprit psychorigide à l’ego hypertrophié pouvait proposer un système pareil, VGE l’a fait ! Sa constitution vise à graver dans le marbre la domination d’un système économique et politique dans le but d’en imposer des règles à plusieurs générations d’Européens (en gros, jusqu’à ce qu’une révolution remette les choses à plat).

Fermez les yeux et imaginez vos arrières arrières petits enfants à l’heure de la cybergénétique et des télétransporteurs (on peut toujours rêver). Voulez-vous vraiment leur infliger la constitution Giscard ?

Maintenant, vous pouvez rouvrir les yeux et aller voter le 29 mai.

Notes

[1] MOUSSAOUI, Rosa, « Est-ce qu’il pleuvra des grenouilles si le non l’emporte ? », L’Humanité, 23 mars 2005.

[2] Voir la carte interactive de la Commission Européenne pour mieux comprendre comment l’Europe se construit sans consultation des citoyens.

[3] Unanimité d’une convention qui adopte un projet de révision par consensus, unanimité des gouvernements qui doivent accepter le projet de la convention et enfin ratification dans tous les États. Il suffit donc d’un seul Etat pour empêcher une révision. Voir article IV-443 de la constitution.


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