Economisme libéral - La Révolution en Charentaises

Economisme libéral

dimanche 23 avril 2006, par Onno Maxada / 8370 visites

Religion de l’économie. Comme toutes les religions, l’économisme est un système de pensée totalisant dans lequel l’individu est quantité négligeable... et négligée.

L’économisme libéral (par opposition à l’économisme marxiste) promeut la vision d’un monde unidimensionnel qui réduit les hommes à de simples agents économiques. Autrement dit, si je suis dans un bateau qui menace de couler parce qu’il est trop chargé, je préfère balancer les pauvres par-dessus bord plutôt que de renoncer à mes bagages et à mon confort. Même chose si je suis patron d’une entreprise et que j’espère multiplier mes profits en remplaçant mes employés par des jeunes de moins de 26 ans taillables et corvéables à merci. Qui peut sérieusement me le reprocher, puisque c’est dans la nature humaine ? On le voit, l’économisme libéral ne s’embarrasse pas d’éthique et préfère laisser la question aux philosophes. Tout juste se borne-t-il à souligner - sans apporter aucune preuve scientifique - que la recherche du profit individuel conduit au bien être général, et qu’elle ne devrait donc pas être freinée (par le droit du travail par exemple).

Ce dogme - comme les autres dogmes fondateurs sur lesquels repose l’économisme libéral (la concurrence libre et parfaite, la "loi" de l’offre et de la demande, etc.) ne résiste pas à une analyse critique. Pourtant, la nouvelle religion connaît un succès planétaire. La faute au prosélytisme dynamique de ses prêtres (les économistes), oracles aussi constants dans l’erreur que dans l’arrogance avec laquelle ils traitent ceux qui ont l’outrecuidance de mettre en doute leurs prédictions. La faute aussi à la caste des seigneurs (rois de l’industrie, princes de la finance, sang bleu de l’actionnariat) qui a bien compris tout l’intérêt qu’elle avait à soutenir de tout son poids un courant de pensée légitimant sa domination.

Grâce à cette protection, l’économisme libéral s’est doté d’un grand nombre d’églises où enseigner son catéchisme (écoles de commerce), d’un martyrologue doublée d’une imagerie populaire frappant les imaginations (entrepreneurs pliant sous le joug des impôts, le boulet du Code du travail au pied) et d’un bataillon de croisés prêts à en découdre avec les hérétiques (FMI, Medef, presse économique). Régulièrement l’économisme libéral affirme sa suprématie sur tout autre système de pensée par le biais de rituels sacrificiels barbares : licenciement boursier de milliers de travailleurs, humiliation des syndicats, radiation des demandeurs d’emplois, etc.

Heureusement, le rouleau compresseur conceptuel a ses faiblesses : certaines choses ont du mal à rentrer dans le schéma étroit de la pensée libérale. Les économistes ont du mal à théoriser ce qui leur manque le plus : l’amour, l’amitié, la dignité et l’humour.


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1 Message

  • Economisme libéral 17 décembre 2008 01:38

    Ttt ttt ttt. Vous oubliez très cher les facultés d’économie (à ne pas confondre avec les écoles de commerce), où sont parfois, si on a de la chance, enseignées plusieurs théories économiques différentes, où il y a des profs de gauche, des profs keynésiens, marxistes ou néomarxistes qui vous font lire moults bouquins cassant certaines idées reçues issues de la théorie dominante...