Wolfgang Master regarde une soirée Bleu-Mitard - La Révolution en Charentaises

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Wolfgang Master regarde une soirée Bleu-Mitard

mercredi 31 mai 2006, par Marvin Flynn / 7723 visites

Nous sommes vendredi soir. Wolfgang est fatigué de sa semaine de labeur, il faut dire que les douze bières qu’il vient de s’enfiler avec ses vieux potes n’ont pas aidé les choses. La gueule pâteuse, sachant pertinemment que ses cheveux lui feront mal demain matin, Wolfgang décide ne pas en rajouter. Il se colle devant la télé.

Le vendredi, au moins, Wolfgang n’a pas de mal à se décider. La première chaîne parvient à nous coller deux divertissements le même soir. Sur la Trois, il flotte, et Wolfgang n’aime pas la mer (les poissons baisent dedans). Arte a oublié d’activer les sous-titres, et la soirée Théma spéciale « Plombier polonais » est en version originale. La Six n’émet pas assez fort, il ne reste que la Deux, car Wolfgang n’a pas le satellite (il ne paye pas non plus sa redevance télé d’ailleurs) ; allez, une dernière bière quand même, les chaussons et pouf, direction : le fauteuil Télé. C’est le seul dans lequel on a le droit de bouffer, chez Wolfgang. Et c’est parti pour une soirée bleu-connard... En attendant que la pub se termine, il tire un article de la REC [1] de sous la table du salon...

"France 2 le vendredi, c’est plein de bons sentiments (ça fait du bien après la semaine de boulot). Suivi d’un commissariat de la banlieue parisienne, série phare dans laquelle tout le monde trouve son compte.

Il suffit de lire la description de la série sur le site de France 2 pour s’en convaincre : «  cambriolages, rackets, viols, femmes et enfants maltraités, immigrés clandestins, locataires expulsés, prises d’otages, trafic de drogue...  » En gros : du cul, de la violence et de la drogue ; le vieux cocktail n’a jamais si bien fonctionné, et pris dans cette posologie, il reste tout ce qu’il y a de plus légal ! Heureusement qu’il y a « [...] ces hommes et [...] ces femmes qui forment une équipe soudée et luttent pour imposer les valeurs de solidarité et le dialogue social.  » Valeurs de solidarité ? Dialogue social ? Ca, pour sûr ma p’tite dame ! Au kilo. A la tonne même... Et à force d’en abreuver les cerveaux de nos contemporains (107 épisodes à ce jour), ceux-ci pourraient même finir par croire que les flics ne sont que de braves citoyens comme les autres...

Ils sont même allés jusqu’à leur coller des tronches de bébé à tous ces flics, les rendant presque humains. Résultat : toutes les nanas craquent. Quant aux femmes-flics de la série, mixité oblige, elles savent concilier leur rôle de mère, d’amante et de flic sans ciller. Mais qu’ils tentent de nous convaincre que, dans la police, on embauche des maghrébins à la fin de leur emploi-jeune, là c’est trop fort ! Ils iraient jusqu’à nous faire douter de nos propres leitmotiv de gauchistes chaussons-révolution !

Et non contents de nous faire culpabiliser, ils en profitent aussi pour nous éduquer. A chaque épisode, son lot d’actualités, souvent brûlantes : avortement (épisodes 95 et 100), insécurité (épisode 99), barbarie (dernier épisode à ce jour, le 107, qui aborde le thème d’un « jeune noir » retrouvé « brûlé au troisième degré dans les vestiaires d’un stade » ; étonnante similitude avec certains évènements récents n’est-ce pas ?"

Mais le générique du feuilleton débute, et Wolfgang arrête sa lecture ; de toute façon, il connaît déjà la suite. L’article, c’est lui qui l’a écrit.

S’enfonçant au fond de son fauteuil, il engouffre la dernière gorgée de sa bière ; il écrase le volume de la télécommande et éteint la lumière. Machinalement, Wolfgang fredonne : Ti da da Ti da da Ti da da Ti da da Ti daaaaaa Tadaaaaaaa [2]...

Voir en ligne : Juste une petite piqure de rappel...

Notes

[1] Révolution en Charentaises

[2] Ceux qui ont reconnu l’air regardent certainement la même chaîne que Wolfgang le vendredi soir !


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