Grande foire aux illusions : tout doit disparaître ! - La Révolution en Charentaises

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Grande foire aux illusions : tout doit disparaître !

jeudi 6 avril 2006, par Onno Maxada / 13543 visites

Pour en finir avec Alain Minc, Jésus Christ, la Française des Jeux, Benjamin Castaldi et Mahomet.

Sur la place Fréhel, à Paris, se dresse une installation de l’artiste Ben figurant deux mannequins juchés sur une nacelle à 8 mètres de hauteur en train d’installer un énorme panneau sur lequel est écrit "Il faut se méfier des mots". L’avertissement au passant prend une dimension toute particulière à l’heure où le gouvernement baptise "loi pour l’égalité des chances" un texte qui institutionnalise la précarité des jeunes (CPE) et fragilise un peu plus les familles en situation difficile (suppression des allocations familiales aux parents d’enfants turbulents). Dans le même temps, il ouvre la voie à de nouveaux abattements de cotisations et d’impôts pour les employeurs. Pour l’égalité, il faudra repasser plus tard.

Produire, consommer et la fermer

Le cas de la "loi pour l’égalité des chances" à valeur d’exemple dans notre société du verbe trompeur et de l’image "décérébrante". Publicités, discours présidentiels, émissions de télé-réalité : partout on leurre, on ment, on escroque et... on se laisse tromper. A notre décharge, on nous y habitue très tôt. Le dressage qui vise à faire de nous des moutons apathiques et dociles commence dès l’enfance et s’avère très efficace : apprentissage des règles de politesse et du respect de la hiérarchie dès la maternelle, formatage idéologique en primaire et éradication des premiers germes d’esprit critique au collège. A 14 ans, on peut relâcher les gosses : ils ne représentent plus un grand danger pour l’ordre établi. Pour les quelques moutons noirs qui résistent (volontairement ou non), il reste toujours la marginalisation, la prison, l’hôpital psychiatrique ou le cimetière (auxquels ils s’envoient généralement eux-mêmes). Quant au reste du troupeau - l’immense majorité - il peut mener une vie bien réglée : produire, consommer et la fermer.

Le bonheur est-il réalisable ici et tout de suite ?

Bien que tout soit mis en œuvre pour légitimer cette conception étriquée de l’existence, il est difficile d’empêcher l’être humain de se poser des questions un jour ou l’autre : le bonheur est-il réalisable ici et tout de suite ? Le nihilisme consumériste est-il l’horizon indépassable de l’intelligence ? A qui profite mon travail (ou le fait que je sois au chômage) ? Qu’est-ce qui m’empêche d’être libre ? Etc. Parce qu’elles induisent des réponses nécessairement révolutionnaires, ces questions sont des bombes à retardement pour l’ordre établi. Celui-ci (comme tous ceux qui l’ont précédé depuis que les individus ont décidé de renoncer à leur liberté pour confier le monopole de la violence à un tiers) s’efforce donc de retarder au maximum l’émergence de ces questions, voire de les tuer dans l’œuf.

Il faut se méfier des mots ! {JPEG} Ce qui est véritablement prodigieux, c’est qu’il y parvient en faisant avaler au plus grand nombre des couleuvres toutes plus grosses les unes que les autres. Plus le mensonge est énorme, plus il a de chances d’être accepté car au final, ce qui compte, c’est que le bobard soit réconfortant. Le système économique et politique actuel semble en effet plus supportable si on croît que l’objectif du gouvernement est de réduire la misère, que le rôle de la police et de l’armée est de protéger le peuple, que chacun peut devenir millionnaire ou star de la chanson du jour au lendemain et qu’une vie de croyance aveugle ouvre les portes du paradis. Ces illusions - et les milliers d’autres dont nous nous berçons - anesthésient notre conscience et notre instinct de révolte.

En finir avec Alain Minc, Jésus Christ, la Française des Jeux, Benjamin Castaldi et Mahomet

C’est précisément cette tendance naturelle à vouloir tout foutre en l’air face à l’injustice et l’aliénation que nous devons protéger à tout prix. Sans elle, nous n’aurons bientôt pas plus de droits que les serfs du Moyen Age face à leur seigneur. Lutter contre l’idéologie libérale, les religions, la télé-poubelle et la publicité relève de l’autodéfense la plus élémentaire. Alain Minc, Jésus Christ, la Française des Jeux, Benjamin Castaldi et Mahomet nous incitent à accepter le monde tel qu’il est (parce qu’il tend déjà vers la perfection ou parce qu’il n’est que l’antichambre du paradis). Il est grand temps de dénoncer ce marché de dupes et de botter le cul à tous ces marchands d’illusions.

Si nous voulons que nos vies changent vraiment, nous devons nous débarrasser des faux espoirs qui masquent la véritable nature de l’ordre établi : un système fondé sur l’exploitation du plus grand nombre par une poignée de privilégiés concentrant tous les pouvoirs et prêts à tout pour les conserver. Autrement dit, vous ne gagnerez JAMAIS au loto. Vous ne deviendrez JAMAIS riches et célèbres. Vous gratterez TOUTE VOTRE VIE pour remplir les poches de votre patron, des banques, de l’Etat et des marchands de yaourts. En prime, vous n’irez JAMAIS au paradis. Moi non plus. Il est des vérités qui font mal et des mensonges qui pourrissent la vie. En ce qui me concerne, j’ai choisi.

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