L'incompétence règne... toujours - La Révolution en Charentaises

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L’incompétence règne... toujours

mercredi 7 juin 2006, par Hoopoe / 10171 visites

Et si les incompétents n’étaient pas les premiers licenciés ?

Je découvre dans la bibliothèque un livre qui s’appelle Le principe de Peter, avec comme sous-titre prometteur "Chaque employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence". Intriguée, je l’emmène. Je me retrouve dès l’introduction dans l’énervement de l’auteur devant autant d’incompétence partout : des vendeurs sans esprit de service, des fonctionnaires sans connaissance des règles et sans volonté de s’y intéresser, les aberrations bureaucratiques (renvoyer un dossier en disant qu’il fallait l’envoyer en recommandé), des professeurs et formateurs qui ne nous apprennent rien, des produits qui ne fonctionnent pas comme ils devraient, des trains qui ne roulent pas à moins deux degrés, etc. Et je ne parle pas des missiles de précision qui détruisent des hôpitaux, ni des syndicalistes qui défendent les intérêts des patrons, ni des socialistes qui font de même...

Selon monsieur Peter, l’incompétence règne parce que les employés sont promus jusqu’à ce qu’ils atteignent leur niveau d’incompétence. Ainsi un bon prof peut devenir un mauvais directeur d’école, un bon ouvrier un mauvais chef d’équipe, etc. Si on a atteint son niveau d’incompétence, on ne monte plus d’échelon. L.J. Peter explique qu’il y a des exceptions apparentes (la sublimation percutante, l’arabesque latérale, la lévitation) qui confirment la règle. Il décrit aussi comment juger si quelqu’un a atteint son niveau d’incompétence, les symptômes allant de l’ulcère à l’impuissance en passant par la phonophilie (avoir le plus de téléphones possible) et la manie de la classification. Finalement il donne des conseils pour éviter d’être promu à son niveau d’incompétence.

Les jeunes et les chômeurs sont-ils incompétents ?

A la lecture du livre, je me posais quelques questions : et si mon niveau de compétence était plus haut dans la hiérarchie, tandis que je me trouve à un poste pour lequel je n’ai pas les compétences et pour lequel je suis donc incompétente (et en dessus lequel je ne monterai plus) ? Combien de jeunes surdiplômés gagnent leur vie avec des petits boulots qui n’ont rien à voir avec leur formation et pour lesquels ils ne sont pas les plus aptes (ingénieurs condamnés au télémarketing, artistes faisant les cantines scolaires, historiens de l’art débarrassant les tables au Flunch) ? Est-ce que ça signifie aussi qu’une personne a atteint son niveau d’incompétence si elle est un mauvais chercheur d’emploi (c’est-à-dire quelqu’un qui ne sait pas se vendre, qui n’arrive pas à se remotiver après le énième refus, qui ne sait pas s’acharner auprès des entreprises qui ne daignent même pas répondre à ses lettres de motivation, qui n’est pas assez flexible pour pouvoir changer de métier, de ville, de passion, de personnalité si le boulot l’exige).

Mais la question la plus importante c’est sans doute celle-ci : comment ça se fait qu’avec toutes les réorganisations, les licenciements économiques et la flexibilisation du travail, il y a toujours autant d’incompétence ?

Le livre date de 1969. Le principe de Peter est maintenant enseigné à Stanford et dans d’autres universités prestigieuses. Il a été utilisé pour mieux réfléchir les politiques de promotion et pour la réorganisation des entreprises. Aujourd’hui l’automatisme de la promotion n’est plus aussi valable, mais l’incompétence est toujours d’actualité. Cela peut être expliqué par "l’inversion de Peter" (quand l’incompétent monte dans la hiérarchie).

Qui définit la compétence ?

Ce qui nous mène à la question : qui définit la compétence ? Ce n’est pas le bon sens (un guichetier devrait aimer le contact avec le public) ni le résultat du travail (un politicien élu est censé réaliser ses promesses), mais le supérieur dans la hiérarchie. Si celui-ci est incompétent, il ne peut embaucher que quelqu’un d’incompétent. Mais plus important est sa définition de la compétence : est-ce qu’il accorde plus d’importance au fait que tu travailles soixante heures par semaine qu’au travail accompli ? Est-ce qu’il t’encourage à toujours respecter à la lettre les protocoles et les ordres, même s’ils sont insensés, au lieu de t’inciter à les rendre plus efficaces ?

C’est pour cela que nous nous trouvons avec des directeurs de HLM qui se foutent de l’amélioration des logements des pauvres, des DRH qui n’aspirent pas à comprendre le personnel, des leaders de partis socialistes qui n’ont aucune affinité avec les ouvriers, etc.
L’incompétence règne parce que ça convient à la hiérarchie. Comme en général les dirigeants refusent d’être jugés par leurs subordonnés (qui ne leur accorderaient pas souvent une grosse prime à la fin de l’année), seul un renversement de la hiérarchie et des priorités peut mettre un terme au règne de l’incompétence !

PETER, L.J.et HULL, R., Le principe de Peter, Livre de poche, 1970.


Voir en ligne : Le principe de Peter dans Wikipedia


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